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Article : [1] - Le burlesque involontaire des écrivains


mardi 1er janvier 2002

Par Jean-Eudes Gadenne

Il s’agissait de recueillir des « perles » d’écrivains.

NB : Comme le fait fort justement remarquer un visiteur dans le forum attaché (voir-dessous), si certaines de ces perles d’écrivains sont attestées, d’autres sont contestées et certaines sont probablement des blagues. On pourra vérifier avec Google (en mettant la citation entre guillemets) si celle-ci figure ou non dans le texte intégral d’une Å“uvre...

  « Victorine continua sa lecture en fermant les yeux », Edmond ABOUT, Les Mariages de Paris.

  « La salle à manger sera aussi accueillante que la maîtresse de maison. On doit être heureux d’y pénétrer et n’en sortir qu’à regret », Pierre ANDRIEUX, L’art de la table.

  « J’habite à la montagne et j’aime à la vallée », vicomte d’ARLINCOURT, Le Siège de Paris.

  « Mon père, en ma prison, seul à manger m’apporte », vicomte d’ARLINCOURT, Le Siège de Paris.

  « Le Roi Louis s’avance avec vingt mille francs », vicomte d’ARLINCOURT, Le Siège de Paris.

  « Sur le sein de l’épouse, il écrasa l’époux », vicomte d’ARLINCOURT, Le Siège de Paris.

  « Il l’atteignit si furieusement de son poignard qu’il le manqua », BALZAC, La Femme de trente ans.

  « [La femme de chambre] lui cria deux mots à voix basse », BALZAC, La Muse du département.

  « Il est onze heures, répéta le personnage muet. », BALZAC, La Bourse.

  « Je n’y vois plus clair, dit la vieille aveugle », BALZAC.

  « Le misérable se précipita sur l’enfant. Il lui saisit la tête et lui en vida le contenu dans la bouche »,
Alexis BOUVIER.

  « La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord. », CHATEAUBRIAND, Voyage en Amérique.

  « Je m’amusais à voir voler les pingouins. », CHATEAUBRIAND, Le Génie du Christianisme.
Correctif : N’en déplaise à certains, les pingouins volent bien (cf. la revue de la LPO L’Oiseau magazine n° 57 p. 12), et l’Enchanteur en bon Breton qu’il était le savait pour avoir pu les voir de ses yeux...

  « Car c’est ne pas régner d’être deux à régner ! », CORNEILLE, La Mort de Pompée.

  « Je suis Romaine, hélas ! puisque mon époux l’est ! », CORNEILLE, Horace, I, 1 (version de 1641 modifiée en 1656 par « Je suis Romaine hélas, puisqu’Horace est Romain »).

  « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule », CORNEILLE, Polyeucte, I, 1.
Remarque : En ce qui concerne Corneille, il ne s’agit peut-être pas d’une « perle ». On prétend en effet que le grand homme était assez coquin, voire grivois sinon pire, à l’occasion. Il existe d’ailleurs d’autres textes de lui, plus explicites...
Voir par exemple cet acrostiche burlesque, bien évidemment volontaire - dans Horace, Horace s’adresse à Curiace (vv. 444-450) :
S’attacher au combat contre un autre soi-même,
Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d’une femme et l’amant d’une sÅ“ur
Et rompant tous ces noeuds, s’armer pour la patrie
Contre un sang qu’on voudrait racheter de sa vie,
Une telle vertu n’appartenait qu’à nous ;
L’éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux...

  « Fécamp, port de mer et qui entend le rester. », DE GAULLE.

  « Ah ! Ah ! dit Don Manoël en portugais », Alexandre DUMAS, Le Collier de la reine.
Remarque : Dumas père, un spécialiste qui faisait galoper ses mousquetaires dans des champs de pommes de terre et dont un personnage qui tenait serré entre les dents un mouchoir contenant un bébé s’élance en criant : « Place à l’enfant de la morte ! ».

  « Vous êtes, dit Colbert, aussi spirituel que Monsieur de Voltaire », Alexandre DUMAS, Le Vicomte de Bragelonne.

  « Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort / J’aurai montré du moins comme un vieillard en sort », Adolphe DUMAS, Le Camp des croisés.
Attention : cette citation n’est pas d’Alexandre Dumas... A propos de cette homonymie et de cette « perle », voici ce qu’écrit Alphonse Karr dans Les Guêpes d’octobre 1842 :
« M. Adolphe Dumas - qui n’est nullement parent d’Alexandre Dumas - rencontra celui-ci dans un couloir le jour de la première représentation du Camp des Croisés (drame joué à l’Odéon en 1838), pièce dudit M. Adolphe Dumas, dans laquelle les ennemis de l’auteur ont prétendu avoir entendu ce vers : Et sortir d’ici-bas comme un vieillard en sort, qu’ils écrivent et prononcent : comme un vieil hareng saur.
"Monsieur, dit M. Adolphe à M. Alexandre, pardonnez-moi de prendre un peu de votre place au soleil, mais il peut bien y avoir deux Dumas, comme il y a eu deux Corneille."
"- Bonsoir, Thomas" dit Alexandre en s’éloignant. »

  « La forêt vierge est une forêt où la main de l’homme n’a jamais mis le pied », Claude FARRERE.

  « Soixante et quinze francs en pièces de quarante sous », FLAUBERT, Madame Bovary.

  « Ces belles qui, toujours sages, couraient les champs sur leur palefroi et mouraient à quatre-vingts ans, tout aussi vierges que leurs mères... », FLORIAN, traduction de Don Quichotte.

  « Dans cette famille, ils étaient stériles de père en fils », Alain HEADSON.

  « Je ne l’avais jamais revu depuis sa mort », Paul HERVIEUX, La figure filante.

  « Le roi de Perse habite, inquiet, redouté... », HUGO, La Légende des siècles.

  « Le péché de la chair est le plus abominable de tous les péchés et ce crime est si bien le plus grand de tous les crimes qu’il faut être à deux pour le commettre. », Cardinal Etienne LE CAMUS.

  « On avait marché onze heures, ce qui, avec les deux heures de repos laissées en quatre fois aux chevaux pour manger l’avoine et souffler, faisait quatorze. », MAUPASSANT, Boule de suif.

  « L’amour a vaincu Loth », Abbé PELLEGRIN, Loth (opéra du XVIIIe siècle).

  « Bon ! Bon ! maugréa-t-il en silence et en bas-breton », PONSON DU TERRAIL.

  « La main de cet homme était froide comme celle d’un serpent », PONSON DU TERRAIL, Rocambole.

  « Il avait un pantalon de velours et un gilet de la même couleur. », PONSON DU TERRAIL, Rocambole.

  « Il rentra chez lui il vit le lit vide, il le devint aussi », PONSON DU TERRAIL.

  « Leur mobilier se composait d’une simple malle et d’un cadavre », Pierre SOUVESTRE et Marcel ALLAIN, Fantomas, La mort qui tue.

  « Il avait 77 ans et en paraissait facilement le double », Léopold STAPLEAUX, Les Ingénus de Paris.

  « Avant l’indépendance on était au bord de l’abîme, nous avons fait un pas en avant », Sekou TOURE (déjà attribué à d’autres sous la forme « La France était au bord du gouffre, mais depuis elle a fait un grand pas en avant »).

  « Monsieur vous suivez une route et moi j’en suis une autre », ZEVACO, Pardaillan.

  « Puis, c’était un capitaine, le bras gauche arraché, le flanc droit percé jusqu’à la cuisse, étalé sur le ventre, qui se traînait sur les coudes. », ZOLA, La débâcle, chapitre 7.

  « Jeantrou avait gardé sur le coeur les coups de pied au cul de la baronne », ZOLA, L’Argent.

  « Il était inquiétant, ce gamin, avec toute une moitié de la face plus grosse que l’autre, le nez tordu à droite, la tête comme écrasée sur la marche où sa mère, violentée, l’avait conçu. », ZOLA, L’Argent.

  « Alors elle aperçut un pied qui riait dans un rayon de soleil », ZOLA.

  « Le perroquet dit en roulant terriblement les r : Ah le cochon ! Ah le cochon ! », traduction d’un roman policier danois.

  « La diarrhée et son traitement rationnel, voilà certes un titre alléchant », Bulletin Médical de Paris, année 1907.

  « D’une main il ouvrit la porte et de l’autre il cria : Vive la République ! », AUTEUR INCONNU !

  « Elle entendit le bruit d’un cheval dans la cour. C’était son père qui rentrait », AUTEUR INCONNU.
Réaction : La citation rappelle les vers 228-230 de L’École des femmes de MOLIERE, où Georgette répond à Arnolphe qui demande si Agnès a été triste pendant son absence : « Elle vous croyait voir de retour à toute heure. / Et nous n’oyions jamais passer devant chez nous / Cheval, âne ou mulet, qu’elle ne prît pour vous. » (Acte I, scène 2).

Sources

  DETAMBEL R., La Comédie des mots, ed. Gallimard, coll. Page Blanche.
  Citations françaises, Dictionnaire de Poche de la langue française, ed. Larousse.
  GAGNIERE C., Pour tout l’or des mots, ed. Laffont, coll. Bouquins (un chapitre complet intitulé « Sottises »).
  FERRAN P., Les Perles de la littérature.

Pour aller plus loin :

  Ruggero Druetta, Quand le français s’amuse avec ses... maux : calembours, holorimes, contrepèteries et tutti quanti, Bouquets pour Hélène, 1, 2007-02-05,
http://www.publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=24

  Consultez aussi l’article récréations littéraires de Wikipédia.

  Avec l’aimable et sympathique collaboration de Françoise Chatelain, B. Saint-Requier, Roger Berthet, Jean-José, Jacques B., Edmonde Barenton, Marchiani, Claudine, Jeg. Mention spéciale à Jacques Mauger et pardon à ceux qui auraient été oubliés.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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Forum relatif à cet article

  • [1] - Le burlesque involontaire des écrivains - 19-03-2006

    Ce qui est dommage ici, c’est que la plupart de ces "perles" sont déformées. Un exemple, parmi ceux que l’on peut vérifier directement sur internet, sans même avoir à chercher le passage cité dans le livre : concernant la phrase de Zola sur Jeantrou, dans L’argent, si l’on voulait être précis, il faudrait citer : ... "si cette fripouille de Jantrou avait gardé sur le coeur les coups de pied au derrière que lui allongeait, dit-on, le père de la baronne, [...] il est bien vengé aujourd’hui."

    Le reste est à l’avenant.

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