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Article : [182] - Le thème de la guerre


mercredi 21 juillet 2004

Par Servane Peran

Cette vaste synthèse recense de nombreuses sources écrites liées au thème de la guerre. On y trouve également des pistes de séquences pour des Secondes ou des Premières.
D’autres synth√®ses plus sp√©cifiques sont en ligne.
Synth√®se n°89 : Images de la guerre
Synth√®se n°186 Guerre d’Espagne
Synth√®se n°180 Premi√®re guerre mondiale
Synth√®se n°240 Romans sur la 2e guerre mondiale

Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges
Complétée le 25/02/06

Références de textes

  AGRIPA D’AUBIGNE, Les tragiques
Un po√®me int√©ressant que l’on retrouve souvent dans les manuels (Hatier par ex.)
  ANTELME R., L’esp√®ce humaine (sur la 2e guerre mondiale)
  ARAGON, Diane Fran√ßaise
  ARAGON, Le Roman inachev√©.
  BALZAC, Le Colonel Chabert
  BARBARANT O., des extraits de Douze lettres d’amour au soldat inconnu ( 1993).
  BARBUSSE H., Le Feu ; Journal d’une escouade (1916).
  Collectif, Les √©crivains et la grande guerre, collection « √Čtonnants Classiques » (Garnier-Flammarion).
  BARRES M., Colette Baudoche (roman)
Guerre et nationalisme.
  BATAILLE G., La part maudite
Sur le r√īle de la guerre dans la r√©gularisation de l’√©conomie (mais ce n’est pas pour des Secondes).
  BERNANOS G., Les Grands cimeti√®res sous la lune (1938).
  BOUTOUL G., La guerre Que sais je ?
L’auteur est sp√©cialiste de « pol√©mologie ». Il cite une phrase du mar√©chal de Saxe : « Pour faire la guerre, il faut trois choses : premi√®rement de l’argent ; deuxi√®mement : de l’argent ; troisi√®mement : de l’argent ».
  BRECHT
  CAMUS, article sur « Hiroshima » dans le journal Combat 6 ao√Ľt 1945.
  CELINE, Voyage au bout de la nuit
Au choix parmi les tous premiers chapitres.
La fin du 3e chapitre (Pléiade p. 29).
L’√©pisode du Tir des Nations √† la fin du roman.
  CENDRARS B., La Main coup√©e (1946) Folio.
  Chanson de Roland
La guerre épique.
  CHATEAUBRIAND, M√©moires d’Outre Tombe, livre 2, ch. 1¬ß (posthume)
  CLAUSEWITZ, De la guerre
Guerre et politique.
Une des figures les plus marquantes de son si√®cle qui √©crivait « la guerre est un acte de violence pouss√© √† ses limites extr√™mes...engager un combat √† chances √©gales est une ineptie dangereuse...la tendance √† la destruction de l’ennemi est inh√©rente √† l’id√©e de guerre : victoire est synonyme d’an√©antissement ».
  COBB, Les sentiers de la gloire.
  Collectif, Au nom de la libert√© : paroles de la R√©sistance, collection « √Čtonnants Classiques » (Garnier-Flammarion).
  Collectif, Les lettres de Poilus (poche)
Pour les écrits autobiographiques
  COLLINS, Fortitude
  DAMILLAVILLE, article « Paix ».
  DONGALA E., Johnny chien m√©chant. Le roman se d√©roule au Congo.
  DORGEL√ąS R., Les Croix de bois, prix Goncourt 1919, Livre de Poche, Hachette.
Chapitre IX, sur l’ex√©cution de deux soldats pour l’exemple ; et la fin du chapitre XI sur le retour du front.
  DOS PASSOS J., L’initiation d’un homme (1917) Folio.
  L’Encyclop√©die, articles « guerre » et « paix ».
  ERASME, Institution du Prince Chr√©tien (1516).
  ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d’un Conscrit de 1813
  FERNEY Alice, Dans la guerre (sur la premi√®re guerre mondiale).
  FERRAT, « Nuit et brouillard »
  Max FRISCH
  GENEVOIX M., « Ceux de 14 », dans 1916 √† 1923, Seuil, Points.
  GIRAUDOUX J., La guerre de Troie n’aura pas lieu
Guerre et ruse du destin.
  GIRAUDOUX J., Amphytrion 38
  GIONO J., Le Grand troupeau (1931).
Son pacifisme vaudra √† Giono d’√™tre emprisonn√©, en 1939, puis en 1944.
  GIONO J., Ecrits pacifistes (1938).
  GRACQ, Un balcon en for√™t (il s’agit surtout de l’attente sur la ligne Maginot).
  HANOTTE X., Derri√®re la colline (Pocket).
Sur la guerre 14/18
  HEMINGWAY E., Pour qui sonne le glas (1940) ; L’adieu aux armes (1948).
  HUGO V., « Depuis six mille ans la guerre... »
  HUGO V., « B√™tise de la guerre »
  HUGO V., « L’expiation ».
  HUGO V., Apr√®s la Bataille
  HUGO V., « Soldats de l’an deux » dans Les ch√Ętiments.
Guerre patriotique.
  HUGO V., Quatre-vingt-treize.
Guerre et malheur des peuples
  J√úNGER E., Orages d’acier (1920) Folio.
  KANT, Projet de paix perp√©tuelle
  KESSEL J., L’√©quipage (1924) ; Une balle perdue ; Le bataillon du ciel ; L’arm√©e des ombres
  KRISTOF A.
  LA BRUYERE, « Du Souverain ou de la R√©publique » dans les Caract√®res.
Voir à ce sujet, le site Magister
Voir une explication sur cette page
  LA BRUYERE, Caract√®res ch XII, « Des jugements »
D√©rision de l’art militaire.
  LA BRUYERE, « Contre la guerre ».
  LA FONTAINE, « La ligue des rats ».
  LEVI P. Le Devoir de m√©moire
  MACHIAVEL, Le Prince
Guerre et art de gouverner : « toute guerre est juste d√®s qu’elle est n√©cessaire ».
  MAILER N., Les nus et les morts
  MALRAUX A., L’Espoir (1937).
Combat d’un peuple.
  MALRAUX A., Le temps du m√©pris
  MAO TSE TOUNG, « le pouvoir politique est au bout du fusil »
  MARTIN DU GARD R., « L’√©t√© 1914 », dans sa saga Les Thibault.
  MARX K., Manifeste
  MAUPASSANT, Boule de suif
Le d√©but devrait vous donner quelques passages croustillants sur l’occupation, les r√©actions de la population, etc.
  MAUPASSANT, Mademoiselle Fifi.
  MAUPASSANT, Sur l’eau.
  MERLE, Week-end √† Zuydcoote.
  MICHAELS Anne, La M√©moire en fuite (sur la 2e guerre mondiale)
  MONTAIGNE Essai III, 13 : « Il n’est occupation plaisante comme la militaire »
La guerre et les valeurs aristocratiques.
  MOPURGO, Cheval de guerre.
  Mythologies des peuples germaniques : le Walhalla et Odin, le dieu des Batailles.
  Mythologies grecques : Zeus combattant les Titans, Mars qui s’honore du titre de « Tueur d’hommes ».
  PREVERT, « Barbara »
  PEGUY , « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce f√Ľt dans une juste guerre »
Guerre et patriotisme.
  PROUDHON, La guerre et la paix
  RABELAIS, Gargantua ch. XLVI : discours de Grandgousier √† Touquedillon
Guerre et évangile.
  RABELAIS, Gargantua « Les guerres picrocholines »
  RACZYMOW Henri, Un Cri sans voix (sur la 2e guerre mondiale)
  REMARQUE, A l’Ouest rien de nouveau (1929)
  RIMBAUD, « Le Mal » ; « Le dormeur du val »
  ROUAUD J., Les Champs d’honneur (1990).
  SAINT-EXUPERY, Pilote de guerre
Guerre et solidarité.
  SIMON C., La route des Flandres
  STENDHAL, La Chartreuse de Parme, chapitre 3.
Rêve épique.
  TOLSTO√Ź, (Guerre et Paix)
A comparer sur l’√©pisode de Waterloo.
  VERCEL, Capitaine Conan
Le passage du chap. XIII o√Ļ l’ami et d√©fenseur de Conan essaie de lui expliquer qu’il est coupable d’avoir massacr√© un civil bulgare.
  VIAN B., « Lettre √† Paul Faber » ; « Le d√©serteur »
  VIAN B., L’√©cume des jours
Avec la fabrique de fusils
  VIAN B., « Les fr√®res » dans le recueil Je voudrais pas crever, ou « La java des bombes atomiques ».
  VOLTAIRE, « Article Guerre » dans Dictionnaire philosophique
Guerre, caprice des princes.
  VOLTAIRE, Candide, chapitre 3.
  VOLTAIRE, Micromegas
  WILKOMIRSKI Benjamin, Fragments (sur la 2e guerre mondiale)
  ZOLA, La D√©b√Ęcle, 2e partie, ch 7.
Guerre et défaite.
  ZOLA, La B√™te Humaine
La dernière page du roman.

Sp√©cial « Lecture Jeunes » :
  AMILA J., Le Boucher des Hurlus (1982).
Un orphelin de la guerre 14-18 cherche √† « venger » la mort de son p√®re √† Verdun.
  ANDERSEN, La Petite marchande d’allumettes ( Nathan).
  ARNOTHY C., J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir ( 1964).
Le siège de Budapest.
  CALVINO I., Le Corbeau vient le dernier, Juilliard, 1981.
  CASTILLO M. del, Tanguy (1978).
  FERDI S., Un enfant dans la guerre, Seuil, Point-Virgule, 1981.
Un enfant pris dans la guerre d’Alg√©rie.
  JOFFO J., Un sac de billes
  JONQUET T., Un enfant dans la guerre (1990) Folio Junior.
Guerre Iran-Irak.
  MOSCOVICI J.C., Voyage √† Pitchipo√Į, √Čcole des Loisirs Medium (1995).
Deux enfants s’√©vadent du camp de Drancy pour √©chapper √† Auschwitz.
  NOZI√ąRE J.P., Un √©t√© alg√©rien, Gallimard, collection "Page Blanche", 1990.

Références picturales

  Douanier Rousseau, L’All√©gorie de la guerre.

Revues générales

  Esprit (avec liste des th√®mes)
  La Revue des deux mondes
  Le D√©bat chez Gallimard

Revue de culture contemporaine
  Les temps modernes (Gallimard)

Groupements et s√©quences envisageables :

Premi√®re proposition : un corpus

  ARAGON, La Diane fran√ßaise, « Celui qui chanta dans les supplices »
  Un article, paru dans Lib√©ration
  TAYLOR C.K., Inconnu √† cette adresse
  RENELLE Victor, lettres de prison (extraits)
Voir une approche critique d’Inconnu √† cette adresse par Bernard Busser, inspecteur p√©dagogique r√©gional de Lettres (avril 2001)
  ROOSEVELT Franklin D., « Discours prononc√© le 8 d√©cembre 1941 » par le pr√©sident am√©ricain au Congr√®s des Etats-Unis.
  Documents iconographiques : affiche allemande, photos et dessins (Hitler)

Un devoir
  Le Pr√©sident X invite √† rechercher une situation pacifique √† un conflit Y. Il s’adresse, comme Roosevelt, √† la nation...

Deuxi√®me proposition : un devoir

Corpus
  BALZAC, Le Colonel Chabert
Le Colonel Chabert a √©t√© tenu pour mort √† la bataille d’Eylau. On peut lire le r√©cit qu’il en fait apr√®s coup √† Ma√ģtre Derville :
« Monsieur, dit le d√©funt, peut-√™tre savez-vous que je commandais un r√©giment de cavalerie √† Eylau.[...]. Enfin je vis le jour (...) Je me haussais en faisant de mes pieds un ressort dont le point d’appui √©tait sur les d√©funts qui avaient les reins solides. Vous sentez que ce n’√©tait pas le moment de leur dire : Respect au courage malheureux ! »
  VOLTAIRE, Candide (chapitre 3)
  ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d’un Conscrit de 1813
« Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napol√©on dans les ann√©es 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais √† quel degr√© de puissance peut monter un homme [...] Mais il hochait la t√™te et disait : « Ceux que tu n’as pas vus revenir sont morts, comme des centaines et des centaines de mille autres mourront, si le Bon Dieu n’a pas piti√© de nous, car l’Empereur n’aime que la guerre. Il a d√©j√† vers√© plus de sang pour donner des couronnes √† ses fr√®res, que notre grande R√©volution pour gagner les Droits de l’Homme. »
  HUGO V., « L’expiation ».
« Il neigeait. On √©tait vaincu par sa conqu√™te. [...]
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
O√Ļ l’on entrevoyait des blessures difformes !
  HUGO V., Apr√®s la Bataille
Mon père, ce héros au sourire si doux,
Donne-lui tout de même à boire, dit mon père.

I. Questions sur 10 points
1. Repr√©senter la guerre : l’envers du d√©cor
Plusieurs de ces textes ont en commun de vous pr√©senter √† la fois le « d√©cor » et « l’envers du d√©cor » de la guerre. Lesquels ? R√©digez √† partir d’eux, en les citant, deux paragraphes qui pr√©ciseront ces deux aspects, tant√īt glorieux et tant√īt odieux de la guerre.
2. Le comique
Définir la nature du comique dans le texte 1 et dans le texte 2.
Quelle est sa fonction dans l’extrait de texte Le colonel Chabert ? Quelle est sa fonction dans l’extrait de texte Candide ?

II. Dissertation sur 10 points
Quel peut-√™tre l’int√©r√™t de traiter de sujets graves sur le mode comique ? Vous appuierez votre r√©ponse sur le corpus, et sur des exemples emprunt√©s √† d’autres formes d’expression (dessins, cin√©ma, etc.)

Troisi√®me proposition : un devoir pour une Premi√®re g√©n√©rale

Documents :

  La FONTAINE, « Les vautours et les pigeons » Fables VII, 8 (1678)
  SWIFT, Les Voyages de Gulliver Livre II, extrait du chapitre 7 (1725) (extrait dans le Delagrave de Premi√®re, page 236)
  VOLTAIRE, Candide (d√©but du chapitre 3) (1759)
  GOYA, Los Desastres de la Guerra (s√©rie de 80 gravures imprim√©es en 1863). Gravure n°39 : « Grand fait d’armes ! Avec des morts ! » (dessin dans le Delagrave, page 238)

Question (4 points)
  Par quels proc√©d√©s ces quatre documents d√©noncent-ils la guerre ?

√Čcriture (16 points)

Sujet I Commentaire
  Vous ferez le commentaire de la fable de La Fontaine.
Sujet II Dissertation
  En quoi l’apologue (fable, conte, etc.) vous para√ģt-il un mode privil√©gi√© de d√©nonciation des travers humain ?
Vous r√©pondrez √† cette question dans un devoir argument√© et organis√©, que vous illustrerez d’exemples emprunt√©s √† ce corpus, aux textes que vous avez √©tudi√©s en classe et √† vos lectures personnelles.
Sujet III Invention
  Transcrivez la conversation entre Gulliver et le roi, √©voqu√©e lignes 38 √† 48, sous forme d’un dialogue. Vous devrez imaginer ce que Gulliver a pu r√©pondre aux reproches du roi.

Proposition de corrigé

Question :
  Pr√©senter le corpus
  Nombreux sont les √©crivains et artistes qui ont d√©nonc√© la violence, et particuli√®rement sa forme la plus meurtri√®re, la guerre. La Fontaine en fait le sujet d’une de ses fables, « Les vautours et les pigeons » (1678) ; Swift montre comment elle est per√ßue dans un pays imaginaire, plus sage que le n√ītre, dans le chapitre 7 des Voyages de Gulliver (1725) ; Voltaire place son h√©ros √©pouvant√© au milieu d’un champ de bataille dans Candide (1759) ; Goya consacre √† ce th√®me, en 1863, une s√©rie de 80 gravures Los desastros de la guerra, dont l’une, particuli√®rement frappante, est intitul√©e « Grand fait d’armes ! Avec des morts ! »
  Annoncer l’√©tude en reprenant les termes de la question
  Ces quatre documents d√©noncent la guerre par des proc√©d√©s comparables.
  Proc√©d√© 1 : le genre de l’apologue
Tout d’abord on remarque l’emploi par les √©crivains d’un m√™me genre : l’apologue. En effet les trois textes sont des r√©cits dont le lecteur peut tirer un enseignement, que cet enseignement soit clairement formul√©, comme dans la fable de La Fontaine, ou qu’il soit implicite. La fable « Les vautours et les pigeons » a une port√©e politique. Elle s’adresse aux chefs d’√©tats des petits pays, leur montrant qu’il faut se m√©fier des nations puissantes, qui ont souvent des vis√©es expansionnistes et qui ne reconnaissent pas les services rendus. Le souverain de Brobdingnag, imagin√© par Swift, nous fait r√©fl√©chir aux cons√©quences meurtri√®res d’une technologie moderne appliqu√©e aux machines de guerre. L’exp√©rience militaire de Candide en semble une illustration directe, qui provoque l’horreur et justifie la d√©sertion.
Goya lui-m√™me, par le titre donn√© √† sa gravure : « Grand fait d’armes ! Avec des morts ! », semble vouloir inscrire le tableau qu’il repr√©sente dans un contexte narratif : il raconte, m√™me s’il n’en montre que le r√©sultat, une sc√®ne d’atrocit√©.
  Proc√©d√© 2 : la fonction de la description
Outre l’usage du discours narratif propre √† l’apologue, les quatre documents font un usage d√©nonciateur du discours descriptif. Il s’agit, dans tous les cas de montrer la violence sous une forme repoussante pour la d√©noncer. Dans le texte de Swift, on voit les « boules » bourr√©es de poudre « projeter en l’air les pav√©s, pulv√©riser les maisons, exploser elles-m√™mes et projeter des √©clats de tous les c√īt√©s, fracassant le cr√Ęne de tous ceux qui se trouvent par l√† » ; Candide sur le champ de bataille constate tout cela, et bien d’autres horreurs, par exemple « des filles √©ventr√©es apr√®s avoir assouvi les besoins naturels de quelques h√©ros » ; quant √† La Fontaine, il pr√©f√®re pudiquement se taire, tant la description serait interminable : « Il plut du sang : je n’exag√®re point./ Si je voulais conter de point en point/ Tout le d√©tail, je manquerais d’haleine. » Goya de son c√īt√© insiste sur la cruaut√© des ch√Ętiments inflig√©s aux ennemis par les soldats ; la guerre semble un pr√©texte pour laisser se d√©fouler les comportements les plus sadiques, et son tableau d√©crit sans concessions les mutilations abominables inflig√©es par des hommes √† d’autres hommes.
  Proc√©d√© 3 : le registre ironique
La d√©nonciation est renforc√©e par l’emploi du registre ironique dont font usage chacun des auteurs. La Fontaine fait sourire en utilisant le registre √©pique, avec toute sa batterie de comparaisons mythologiques pour cr√©er le d√©calage ironique. En effet, le registre √©pique s’applique √† une engeance qui en est indigne : les vautours. Or le peuple vautour est une m√©taphore des grands √©tats europ√©ens. Ainsi l’auteur d√©nonce ces √©tats puissants en se moquant d’eux. Swift lui aussi utilise l’ironie, d’une fa√ßon plus directe, en faisant faire par son h√©ros Gulliver l’apologie des machines de guerre et en lui faisant condamner les « principes √©troits et les vues born√©es » d’un prince qui est en r√©alit√© un mod√®le de sagesse. Ainsi, le lecteur doit comprendre exactement l’inverse de ce qui est √©crit. De la m√™me fa√ßon, Voltaire, au d√©but de l’extrait, semble chanter la beaut√© et l’efficacit√© des arm√©es (tout en r√©glant leur compte aux philosophes optimistes √† leur « meilleur des mondes » et √† leurs « raisons suffisantes »), pour mieux d√©noncer, par l’insistance sur le nombre des morts et par l’emploi dans le deuxi√®me paragraphe du registre path√©tique, l’atrocit√© des faits de guerre. Le personnage de Candide « tremblant comme un philosophe » et d√©sertant le th√©√Ętre du combat donne la position de l’√©crivain en ce qui concerne la guerre. Goya use lui aussi du registre ironique en pr√©sentant les actes sadiques perp√©tr√©s sur les soldats comme un « Grand fait d’armes ! Avec des morts ! » On pense entendre un crieur public annon√ßant un superbe spectacle ...
  Phrase de conclusion
Ainsi par l’usage du genre de l’apologue, de descriptions d√©nonciatrices et du registre ironique, les quatre documents font impression sur le public pour lui faire d√©tester la guerre.

Quatri√®me proposition : une s√©quence « Critique de la guerre »

Objectifs
  Les tonalit√©s √©piques et ironiques
  Lecture m√©thodique
  Initiation √† l’E.A.F. 1&2

Exercices
  Lecture m√©thodique guid√©e
  Construire un plan de CL
  R√©diger une introduction
  Comparer des textes
  Pratique d’√©criture : r√©sumer
  Argumenter avec ironie
  D√©crire un sc√®ne √©pique

Textes

Louis Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit, extrait 1, Anthologie de textes p.511-512.
  Questions 1 (s√©quences textuelles) et 3 (m√©lange des tons), p.512.
  Lecture m√©thodique (ironie et expressionnisme)
  Pr√©paration d’un plan de CL

VOLTAIRE, Candide, chap.III, « Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares et ce qu’il devint », Anthologie de textes p.255.
  Composition du passage
  Champs lexicaux
  Identifier les figures de style et les proc√©d√©s de l’ironie (vis√©e ?)
  Pr√©paration d’un plan de CL
R√©daction d’une introduction

Arthur RIMBAUD, « Le Dormeur du Val », 1870.
  Composition du sonnet (int√©r√™t de cette forme particuli√®re)
  Effet de surprise et relecture
  Euph√©misme et critique de la guerre
  Construire d’un plan de CL

Victor HUGO, « Waterloo ! morne plaine ! », Les Ch√Ętiments
  Observer la ponctuation et les adjectifs.
  Identifier les figures de style
  D√©finition de la tonalit√© √©pique

STENDHAL, La Chartreuse de Parme, I, 3, extrait 1, Anthologie de textes p.364.
  Composition du passage
  Etude du syst√®me √©nonciatif
  Identifier l’ironie

RABELAIS, « Comment un moine de Seuill√© sauva le clos de l’abbaye du sac des ennemis », Gargantua, chap. 27, Anthologie de textes p.46.
  Parodie de l’√©pique
  Critique de la guerre
  Comparer les diff√©rentes sc√®nes de guerre

PICASSO, Etude de Guernica
  Comment peindre la bataille ?
  Description d’une sc√®ne √©pique

Sixi√®me proposition : sujet de l’E.A.F. de 2002

Ces quatre textes dénoncent la guerre. Vous analyserez les différents procédés littéraires utilisés à cette fin.
  La BRUYERE, « Du Souverain ou de la R√©publique » dans Les Caract√®res (1688)
  Article « Paix », L’Encyclop√©die (1750 - 1772)
  VOLTAIRE, « Guerre », Dictionnaire philosophique (1764)
  GIRAUDOUX, La guerre de Troie n’aura pas lieu 1935
  PICASSO, Guernica

Quelques remarques à propos du tableau

La guerre d’Espagne a suscit√© l’engagement de nombreux artistes et √©crivains.
Cet engagement a pris les formes de l’action. Ainsi Malraux a organis√© l’escadrille « Espa√Īa » mais aussi les formes de la cr√©ation. Malraux a √©crit en 1937 L’Espoir dans lequel il retrace l’atmosph√®re de cette √©poque et la fraternit√© des combattants. C’est un autre √©v√©nement qui a inspir√© Picasso (peintre n√© en 1881, qui repr√©sente la rupture entre la peinture classique et la peinture moderne.)
Guernica est petite ville situ√©e √† trente kilom√®tres de Bilbao dans un vallon au nord de l’Espagne, dans le pays basque. Le 26 avril 1937, jour de march√©, des escadrilles apparaissent au-dessus de Guernica. La place du march√© est pleine de monde. Le bombardement fasciste va durer plus de quatre heures sans interruption. Ce fut le premier bombardement de la population civile durant la guerre d’Espagne. Ce massacre s’est sold√© par 1654 morts et 889 bless√©s.
C’est ce fait qu inspire √† Picasso Guernica, un immense tableau tragique qui mesure 7,82 m√®tres sur 3,35 m√®tres.
Picasso a r√©alis√© quarante-cinq croquis, c’est sur ces croquis qu’appara√ģtront d√®s les premi√®res esquisses les √©l√©ments principaux du tableau : le taureau, le cheval et la source de lumi√®re.

Quelques observations
Absence presque totale de perspective : il n’y a que deux plans.
Lumi√®re caract√©ris√©e par une lampe symbolisant un Ňďil cf. la Bible : l’Ňďil de Ca√Įn, qui est son remords ; ici, Dieu regarde, mais n’intervient pourtant pas.
Disposition des personnages : le d√©sordre de ce tableau exprime en fait le bouleversement ; Guernica est le premier bombardement civil, √©tat de stup√©faction qu’exprime le tableau : les personnages sont saisis en pleine action, regardant le ciel dans une posture d’imploration. Ils ont la bouche ouverte, exprimant une violente douleur face √† un ennemi invisible.
Au centre, dans la partie la plus éclairée on voit un cheval qui représente la population espagnole meurtrie.
Le cheval tombe sur un guerrier √©cartel√© dont la main tient encore un glaive bris√©, √©vocation les morts au « champ d’honneur » traditionnels des monuments aux morts. (cf Arc de Triomphe)
A gauche, au-dessus d’une femme assise, un enfant mort dans les bras, on voit la t√™te d’un taureau rappelant la passion de Picasso pour la tauromachie mais √©voquant aussi le mythe du Minotaure, qui d√©vore les enfants de la cit√©.
Guernica de Picasso est un Ňďuvre t√©moignage d’une r√©alit√© sanglante et d’une guerre civile qui d√©chire l’homme et le m√®ne √† sa perte. Une phrase de Paul √Čluard traduit bien la douleur et l’horreur : « Toutes les figures des √©tudes de Picasso pour Guernica souffrent de la douleur supr√™me, elles n’expient rien, elles re√ßoivent l’injure de la souffrance imm√©diate. Et elles n’acceptent pas, elles suent de fureur ».
Avec Guernica, en 1937, Picasso r√©alise l’une des Ňďuvres les plus c√©l√®bres du 20e si√®cle. Cette Ňďuvre est aussi le premier signe tangible de l’engagement politique de Picasso. En repr√©sentant l’horreur de la guerre civile, il prend parti contre l’Espagne de Franco et les r√©gimes totalitaires.
Outre le contenu engag√©, Picasso d√©couvre un style de dessin totalement nouveau pour lui : le dessin d’enfant.
Picasso combine un style qui lui est propre, lin√©aire (n√©o-classique) avec des apports surr√©alistes, comme un type de cr√©ation spontan√©e enfantine, issus de l’inconscient.
La dissociation cubiste, la figuration et la symbolique enfantine constituent les trois axes sur lesquels s’articulent « le style Picasso ».

R√©f√©rences en ligne :

  La guerre selon Maupassant sur geocities.
  Th√©orie et technologies de la guerre psychologique sur Infoguerre.
  Voir aussi, « Concept civil : Les th√©ories et Les technologies de la guerre psychologique » sur Infoguerre.
  La nature et la guerre un texte de Bergson sur Philagora.
  Un sujet argumentatif √† partir d’un texte de Maupassant, extrait de Sur l’eau sur le site de Fran√ßois Collard.
  Un dossier sur Webencyclo "Un si√®cle de guerres"
  L’ONU est producteur de documents mais beaucoup sont en anglais.

Quelques r√©flexions de colistiers :

  Une petite remarque en passant. Lorsqu’on √©tudie le th√®me de la guerre, et cette synth√®se le montre bien, il y a toujours une probl√©matique implicite qui est : "la-guerre, c’est-pas-bien". Je n’ai rien contre (ni rien pour, d’ailleurs), mais il vaudrait mieux le pr√©ciser, quand m√™me, parce que √ßa ne va pas de soi. Lorsque Musset, dans le d√©but de la Confession d’un enfant du si√®cle, √©voque les campagnes napol√©oniennes, il n’adopte pas vraiment le m√™me point de vue... La Chanson de Roland non plus. J’ai parfois l’impression, en lisant certains descriptifs par exemple, que l’enseignant de fran√ßais aime bien se transformer, parfois, en pr√™cheur... Or, l’esprit critique ne peut na√ģtre que de la confrontation [...].

  A propos de La Petite marchande d’allumettes texte d’Andersen, illustrations de Georges Lemoine (Nathan).
Voici la 4√®me de couverture √©crite par l’illustrateur, qui par quelques phrases manuscites sous ses illustrations √©tablit le parall√®le entre le conte et la guerre de Bosnie.
Celui-ci a travaillé avec une journaliste présente à Sarajévo pendant le siège de la ville et deux reporters photographes.
"Il peut arriver qu’un r√©cit litt√©raire classique plus ou moins ancien soit consid√©r√© par nos contemporains, √† juste titre, comme faisant partie du patrimoine de l’humanit√©, et se superpose aux √©v√©nements que le temps pr√©sent nous donne la possibilit√© de vivre. "La petite marchande d’allumettes" appartient sans doute √† cette cat√©gorie.
Comment cela s’est-il pr√©cis√©ment pass√© ? Je ne sais plus exactement mais un jour, le visage d’une petite bosniaque retenue prisonn√®re dans la ville assi√©g√©e, entre 1992 et 1995, s’est impos√© √† moi comme le symbole d’une enfance victime de la folie barbare des hommes.
La distance s√©parant le conte d’Adersen de la r√©alit√© d’une guerre qui ravageait un pays de notre Europe moderne n’existait plus ... l’innocente inconnue rejoignait dans la souffrance sa soeur jumelle, celle √† laquelle Andersen avait, au XIXe si√®cle, donn√©, puis √īt√© la vie. "


Ce document constitue une synth√®se d’√©changes ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lyc√©e) ou en priv√©, suite √† une demande initiale post√©e sur cette m√™me liste. Cette compilation a √©t√© r√©alis√©e par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni √† titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est prot√©g√© par la l√©gislation en vigueur en mati√®re de droits d’auteur. Toute rediffusion √† des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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