Conte enfant
A Misia
Comment les minuscules devinrent majuscules.
Au pays des livres, une communauté d'enfants réunis auprès d'Alice (qui n'avait presque pas vieilli) contemplait les multiples illustrations du Petit Prince sans se lasser du dessin de l'aviateur et de son chapeau BOA. Il est vrai que ce dernier équivalait à une œuvre expressionniste. Le talent était bien là : tous, bouche bée, n'avaient en aucune façon besoin d'en être convaincu. D'ailleurs, après une rêverie commune, chacun prit ses crayons de couleurs et commença à illustrer les contes qu'ils avaient autour d'eux (secrètement ils espéraient parvenir à égaler cet aviateur qu'il chérissait sans le connaître).
Le premier, Peter, multiplia les personnages d'un livre d'aventures. Avec excitation, il croqua de multiples estropiés : des cul de jatte, des borgnes avec une préférence vive pour les manchots. Il se servait de son crayon comme d'une épée.
La suivante, Candy, ne cessait de croquer des personnages d'un conte asiatique avec des têtes disproportionnées et surtout des yeux énormes pour conjurer le sort des enfants aux yeux bridés. Ses amis oubliés.
La petite fille aux allumettes dessinait les personnes âgées qu'elle chérissait. Leurs rides à leur tour dessinaient des visages infiniment reproduits.
Hansel dessinait Gretel et Gretel Hansel.
L'un plus facétieux osa même ajouter des moustaches à Martine comme Dali à la Joconde…
Le plus petit, qui ne savait pas bien lire, le seul qui n'avait pas encore l'âge de raison, se contentait de colorier, rêveur, les signes d'imprimerie. Les voyelles prirent des couleurs o bleu… Arthur !
L'un d'eux s'étonna toutefois d'une lettre gigantesque qui figurait au début de beaucoup de leurs amis et désira en savoir plus sur cette lettre-dessin appelée « lettrine ».
Etait-ce un enfant qui le premier avait eu cette idée folle ? Après tout chaque lettre n'est-elle pas déjà un dessin ?
Pour percer ce mystère, il fallait pénétrer les secrets de la calligraphie. Pourquoi ne pas demander à l'une des 26 copines comment elles avaient « grandi » ?
« Par accident, dit l'une d'elle qui avait une belle jambe. Un jour de l'eau tomba sur moi et, comme une plante ou un haricot, je mis à pousser démesurément. Un enfant ému aux larmes avait négligemment verser »
« Pas du tout, s'exclama une autre, les lettres deviennent adultes elles aussi tout naturellement. »
« Il ne s'agit pas de cela, les filles, mais d'un concours de beauté que nous avions organisé. Toutes plus coquettes les unes que les autres, on s'inventa des boucles et des jambages parfois rocambolesques.
à suivre