Jusqu'au jour où sa vie ordinaire, au quotidien sans embellie possible bascule, où elle se retrouve confrontée à la réalité de sa ville et ces réfugiés qui tentent le tout pour le tout au péril de leur vie pour passer en Angleterre. La fermeture de centre tristement célèbre n'arrange rien à la situation économique déprimante que connaît cette ville du Nord.
Marie se lance à c½ur et corps perdu dans une activité d'aide, parfois bascule dans l'illégalité pour apporter un peu de nourriture, des vêtements, de chaleur humaine à ces hommes, ces femmes et aussi enfants venus du bout du monde pour vivre une autre vie. Elle décide de leur porter secours, de tout leur donner au risque d'y laisser aussi sa peau, son âme et le dernier lien avec sa famille.

Même si l'on est habitué aux sujets graves, noirs traités par l'auteur, ce roman est un nouvel uppercut. Dans un style incisif, sec, presque clinique, qui donne l'impression que Marie la narratrice semble détachée de tout, on se prend en plein c½ur, cette région sinistrée où tout semble gris, sans avenir, sclérosé, d'une tristesse sans nom. Mais rien n'est comparable au sort de ces réfugiés de plus en plus nombreux, ces sans-papiers. On en a bien entendu parlé aux informations ou dans la presse mais on ne sait rien tant que l'on y est pas soi-même confronté. C'est l'expérience que va vivre Marie et le lecteur par son truchement. C'est poignant, fort. Cela vous blesse comme une lampe torche soudainement braquée sur les yeux. On se demande si Marie « en fait trop ou pas assez ». On est vite emporté par le flot des sentiments qui la bouleversent. Le lecteur a seulement la chance d'être protégé par les pages qu'il tourne avidement. Mais l'émotion sourd à chaque phrase comme écrite sous tension, par nécessité.

Une lecture bouleversante, où l'être humain est au centre de tout, instructive sans pour autant se briser sur l'écueil de la polémique. Comme Laurent Gaudé avec son Eldorado, Olivier Adam est assez fin pour laisser le lecteur à ses réflexions sur ces situations de détresse sans nom, les rapports Nord-Sud. Ils nous aident à rester lucides. Tout peut arriver dans nos petites vies ordinaires. Parce que de nos jours, on est à l'abri de rien.

Du même auteur : Les Lisières, Des vents contraires