Poème à apprendre classes de seconde
"L'Amoureuse" de Paul Eluard (1924)
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Le poème l'amoureuse est le quatrième poème de la seconde section "Mourir de ne pas mourir", de Capitale de la Douleur, un recueil publié en 1924 écrit presque entièrement au présent, d'une voix qui semble n'être la voix de personne en particulier, mais le murmure d'un homme et de tous les hommes tenant dans leurs bras la première femme avec l'illusion que le temps s'est suspendu dans la sensation presque physique de l'éternité. Capitale de la douleur fait une large place au regard, il suffit que les deux amants se contemplent pour qu'ils prennent vie et lumière, l'½il miroir de chacun devenant alors un ressort, un foyer de vie. Capitale de la douleur retrace l'itinéraire d'Eluard dans sa tentative désespérée et douloureuse de surmonter l'épreuve d'un amour agonisant, l'infidélité de Gala avec le peintre allemand dadaïste Max Ernst, et son départ avec un autre peintre, Salvador Dali. Le poème "L'amoureuse" comme l'ensemble des poèmes de la section "Mourir de ne pas mourir" sont des poèmes de brisure du lien amoureux suivis de méditations, de nuits spirituelles, de solitude, de réflexions sur la fin d'un amour fou qui l'a dynamisé pendant sept pour échapper à sa maladie. Eluard se livre également, à cette époque à des expériences mystiques pour combattre son abandon, ses échecs sentimentaux, et envisage même, un moment, de renoncer à écrire. Ce poème "L'amoureuse" doit se lire comme le poème lyrique d'un être sentimental en souffrance ; les éléments euphoriques s'entremêlent donc avec d'autres plus complexes, plus malheureux, dysphoriques.