Comment rédiger un paragraphe de commentaire de texte
Afin d'éviter le défaut majeur de la paraphrase (raconter un texte sans le commenter), vous pourrez établir pour chaque paragraphe un tableau à trois entrées :
1) relevés (citations, références) ; 2) identifications des procédés utilisés ; 3) effets produits/intentions probables.
|
1. Relever 2. Identifier 3. Interpréter « jour noir » figure d'opposition : oxymore image troublante qui marque l'angoisse de l'auteur |
Un paragraphe (sous-partie) n'est complet que s'il comporte ces trois composantes essentielles. L'ordre de ces trois composantes peut varier dans le paragraphe. N'oubliez pas de relier chaque paragraphe au suivant à l'aide de mots de liaison (en effet, par conséquent, de plus, en outre, ainsi, de surcroît). Chaque transition permet d'effectuer un bilan et d'annoncer la partie suivant. Un paragraphe débute par un alinéa (pas moins de dix lignes). La citation est indispensable elle est une preuve fournie par le texte de la remarque effectuée.
Choisir les exemples et les citations : il est nécessaire, au cours du développement, d'effectuer des références au texte qui permettent de justifier l'interprétation, les axes de lecture choisis, tout en montrant l'art de l'écrivain. On peut faire des allusions rapides à tel ou tel passage précis mais plus généralement on aura recours à des citations : termes, expressions, propositions, phrases entières. L'élève doit éviter l'énumération laborieuse : l'essentiel reste le commentaire que l'on développe sur le texte (la citation seule n'est jamais une explication). Se demander : qu'y a-t-il d'inhabituel dans la formulation ? Comment aurait-on pu dire cela autrement ? Vos citations doivent impérativement être : courtes, précises, entre guillemets, référencées (= indication des lignes ou des vers).
A l'écoute de deux lectures comparées pour démarrer la lecture analytique :
http://wheatoncollege.edu/academic/academicdept/French/ViveVoix/Resources/spleen1.html
LXXVIII - Spleen
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire
I) La montée de la crise.
A) Les quatre premiers quatrains développent une seule phrase qui progresse avec trois subordonnées et aboutit à un paroxysme dans la proposition principale. L'anaphore "quand" (répétée 3 fois) rythme cette progression.
Par ailleurs les coordinations "et qui" (v. 3-11) les enjambements continuels, tout cela donne l'impression d'un mouvement lent et enchaîné inexorablement.
B) Les impressions que ressent la victime du spleen sont pesantes, douloureuses, de plus en plus malsaines et de plus en plus inquiétantes.
Le climat est pesant (v. 1) un accent irrégulier tombe sur "pèse".
Le climat est douloureux (v.1-16) => les sonorités dominantes sont douloureuses, nasales en "en", sifflantes en "s", l'assonance en "i" est très souvent à la rime (v.8) => l'ensemble ramène à "l'esprit gémissant".
Le climat est de plus en plus malsain: "jour noir" (v.4) oxymore inquiétante; la nuit est pire, la terre devient un cachot humide, l'eau se fait pourriture.
Le climat est de plus en plus menaçant, le poète est hanté par des présences menaçantes, "peuple muet d'infâmes araignées" (v. 11) => son cerveau n'est plus qu'une toile d'araignée.
C) La prison d'abord extérieure au poète en proie au spleen finit par être intérieure.
Le ciel est un couvercle qui enferme l'esprit à la manière d'un cercle infernal.
La pluie dessine une immense prison, vaste (v.10) mais extérieure.
La prison finit par s'installer à l'intérieur de l'homme, de physique la prison devient psychique; filet dans le cerveau, la météo montre un délire intérieur.
=> Tout ces éléments de plus en plus inquiétant permettent une montée de la crise avant son paroxysme et la défaite finale de l'esprit.
II) Le paroxysme de la crise et la défaite de l'esprit en proie au spleen.
A) La défaite était prévisible
L'espérance avec une majuscule est une allégorie (= notion abstraite personnifiée) dévalorise l'anéantissement.
L'espérance est déjà condamnée avant que la crise n'ait atteint son paroxysme.
B) Le paroxysme de la crise se manifeste par des hallucinations sonores, plus violentes, car elle vient après la menace sourde des mouches: sonorités violentes en "que" et en "te" (v. 13-14).
Les cloches lancent un appel vers le ciel, un hurlement (v. 14). Cet appel au ciel est opiniâtre (= obstiné), c'est un gémissement d'esprit condamné à l'exil, les cloches implorent le ciel de demander pardon.
C) Dès lors la défaite de l'esprit est consommé.
Après les hallucinations sonores, il y a les hallucinations visuelles, "sans tambours ni musique" (v. 17), la défaite s'exprime à travers la vision d'un convoi funéraire interminable marqué par un rythme régulier et solennel.
L'enjambement étire la vision du défilé, de la défaite de l'esprit, l'angoisse a pris possession de l'esprit en plantant son drapeau noir.
L'espoir est en contre rejet, l'espoir est hors-jeu.
Le drapeau noir symbolise soit le drap noir du corbillard, soit le drapeau de pirate.
Conclusion
Un poème dramatique qui a dépeint la montée de la crise (v. 1 à 12) puis son paroxysme (v. 13 à 16) et la défaite finale (v. 17 à 20), le tout de manière de plus en plus malsaine, démente.
Ici le spleen s'exprime à trois niveaux:
- Le mauvais temps
- moral et psychologique
- métaphysique (strophe quatre)