Le sonnet contemporain existe-t-il ? Combes, Rouzeau, etc.
Oui !!!!!
Il existe des formes retouchées du sonnet liées à sa dimension didactique des premières formes satiriques puis "engagées" (sonnet de la Résistance).
France Culture permet de découvrir Francis Combes qui vient de faire paraître un recueil de sonnets : L'Aubépine : cent un sonnets pour un amour frondeur (Le Préau des collines, 2011).
Les poèmes contiennent tous 14 vers répartis en distique (et non plus en quatrains et tercets).
http://franciscombes.unblog.fr/presentation/
Il y a si longtemps qu''écrivent les poètes
Aubes, pastourelles, rondeaux, sonnets d''amour
À tant chanter l''amour à la fin c''est assez
Pensent certains, la chose est pour eux dépassée
Le lyrisme à leurs yeux est un type à descendre
À coller contre un mur pour s''en débarrasser
Mais il a la vie dure et il nous survivra
Et ceux-là qui l''enterrent seront vite oubliés
Ils peuvent toujours dire : « Défense d''afficher
En vers des sentiments ou des idées », qu''importe
L''amour, la poésie des interdits se fichent
Leurs vers depuis longtemps seront bouffés aux vers
Qu''il s'écrira toujours des poèmes d''amour
Car le désir toujours de ses cendres renaît.
Francis Combes est né le 31 mai 1953, à Marvejols, en Lozère. Après une enfance cévenole, il est venu s'installer avec sa famille dans la banlieue parisienne, à Aubervilliers. C'est là qu'il vit aujourd'hui, avec sa femme, la journaliste Patricia Latour.
Il est diplômé de Sciences Po et a fait des études de langues orientales. Il a été l'un des responsables de la revue Europe et, de 1981 à 1992, directeur littéraire des éditions Messidor.
En 1993, avec un collectif d'écrivains, il a fondé les éditions Le Temps des Cerises, dont il est le directeur.
Poète, il a publié une quinzaine de recueils. Ainsi que des anthologies et quelques ouvrages de proses. Certains de ses poèmes ont été traduits dans diverses langues (arabe, anglais, allemand, italien, tchèque, portugais…)Pendant quinze ans, il a été, avec le poète Gérard Cartier, à l'initiative de la campagne d'affichages poétiques dans le métro parisien.
Il a traduit en français Maïakovski, Heine, Brecht, Attila Joszef, des poètes américains comme Eliot Katz ou Jack Hirschman. Et adapté des poètes de différents pays (tchèques, espagnols, persans…)
Il s'écrit des poèmes d'amour dans toutes les langues du monde, mais des troubadours aux poètes surréalistes, la poésie amoureuse est sans doute le fil rouge qui traverse toute l'histoire de la poésie française. Et ceci continue (et continuera) tant que des poètes n'entendront pas réduire le poème à un travail d'écriture sur le poème ou à un exercice rhétorique de déconstruction linguistique.
Qu'ils fussent d'oc ou d'oïl, les poètes de cet espace géographique qui allait devenir la France ont beaucoup fait pour que ce qui est un besoin naturel et universel, l'amour, devienne une culture, voire un art, pour ne pas dire une civilisation.
Francis Combes s'inscrit dans cette tradition qu'il revisite, tant du point de vue de la forme (à travers cent un sonnets désarticulés, rimés ou non) que du point de vue du discours amoureux. Au thème dominant, des Arabes à l'Occident, de la « passion amoureuse », de l'amour fou et maudit, il cherche, à la suite notamment d'Éluard ou Brecht, à substituer celui de l'amour nécessaire, non pas l'amour fatalité mais l'amour besoin, non pas le malheur d'aimer mais son bonheur ; l'amour qui n'est pas qu'un accident mais qui est aussi une production et un sentiment productif.
Dans ces poèmes, la femme aimée n'est pas une idole idéalisée, mais une compagne réelle, égale et différente.(4e de couverture)
Sur le sonnet
http://www.cafe.edu/genres/n-sonnet.html
Sur le sonnet version OULIPO :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cent_mille_milliards_de_po%C3%A8mes
Dans la préface de son livre-objet, Raymond Queneau écrivait en 1961
« Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C'est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d'années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre) ».
http://www.franceculture.fr/emission-ca-rime-a-quoi-valerie-rouzeau-2012-03-11
Pour la première fois, Valérie Rouzeau se frotte au sonnet. Quatorze vers pour canaliser l'énergie surnuméraire ; 14, comme il y a 14 tomates dans une boîte de coulis. Elle veut être moderne mais "actuelle, plutôt crever". J'ai le droit de préférer les abeilles au téléphone portable.
Du crépitement de ses vers très libres jaillit une tristesse allègre :
Ma quarantaine sans amour sauf
Ses poignées qui ne fondent pas
ou une drôlerie rêveuse :
Pendant qu''elle digitale envoie textos
Ses orteils dansent nus vernis vernis nus
Sur son trône d''un moment siège de tram
Elle pianote joliment ses jtm.
Elle se tient au coeœur du monde, en même temps qu''à sa marge. Sa vie chahute entre les lignes. Elle dit le plafond qui grince, le jeune homme pâle dans le métro, la visite chez le gynéco ("ABC la culotte, pieds dans les étriers"), les nuits blanches et les nuits noires ("je sens pousser mon c½ur navré"). Elle s''empare du quotidien et fait violon de tout bois.
Vrouz est publié aux
éditions de la Table Ronde
