Une nouvelle du professeur !
Nouvelle, section adulte, salon du Livre Montargis.
Nouvelle cuisine
Le compte à rebours a commencé sur l''horloge de la cuisine. Onze mètres carrés tous dédiés à l'art culinaire. Le four, à peine allumé, chauffe déjà l''étroite pièce à la cadence, aléatoire, d''un thermostat aussi âgé que facétieux. Le frigidaire vrombit du choc thermique. Le chaud et le froid doivent apprendre à cohabiter même en pleine crise énergétique. Les ustensiles sont sortis fébrilement des tiroirs. On y trouve, au fond, un peu de poussière et de vieux bonbons périmés. Sur la table épongée des ingrédients hétéroclites sont posés, comme dans un atelier pour la création d''une nature morte.
La cuisine qu''il mijote, visuelle, picturale, se devra aussi d'être éloquente. Il rêve d''un dîner presque parfait. Une disposition pythagoricienne des couverts, hérités de grand-mère, sera son exorde, sa « captatio benevolentiae ». Il sait distinguer un verre bombé, si utile pour humer un bourgogne rouge, de celui, au pied plus haut, telle une patte de cigogne, du blanc alsacien. Il se rêve oeœ½nologue. Les mots « bouquet, corps, fumet » l''enivrent. Il ne sait s''il servira un Meursault plâtré ou un clos Piquette chaud et généreux. Quoi qu''il en soit, pour retenir l''attention de son hôte, la ménagère familiale en argent est époussetée depuis la veille. Le hors-d'½uvre, bien choisi, devrait ensuite ouvrir à son invitée toutes les portes torrides et langoureuses des saveurs. Bouchées, croquettes, fricots ; pamplemousses farcis, cocktail de crevettes,½ufs en gelée : tout cela danse sous sa toque étoilée.
Suite ?