Elèv/ation

Des haïkus au kiosque Place du Pâtis : une forme brève et fixe ; un sonnet oriental?

Par Laucun - publié le 2009-sept.-20 à 18:12 dans L'année dernière

 

 

 

 

俳句

 




Le corbeau d'habitude, je le hais,

Mais tout de même… ce matin

Sur la neige


Matsuo Bashô




 

 Afin d'enrichir notre réflexion poétique et vous encourager à vous rendre Place du Pâtis autour du kiosque, voici quelques notes sur le "haïku", en quelque sorte le "sonnet oriental".

 

 

 

 

 Pourquoi aimons-nous le haïku? Sans doute pour cet instant de vérité qu'il suscite en nous. Le temps d'un souffle (un haiku, selon la règle ne doit pas être plus long qu'une respiration) ce poème d'émerveillement, provoque la plus subtile des inspirations. Une fleur de sens légère et familière.

 

 Selon Bashô , un poème achevé doit révéler dans le même temps l'immuable éternité qui nous déborde (fueki) et le fugitif qui nous traverse (ryûko). Cet instant se doit de naître de la confrontation et de l'union, du présent et de l'éternité, de l'infiniment petit et infiniment grand.

 

 

Sur la pointe d'une herbe

devant l'infini du ciel

une fourmi

 

Hôsai

 

 

 

 Comme un photographe, le poète cherche un nouvel angle, un point de vision, un sens aigu du détail infime pour révéler l'infini.

 

 

Les montagnes au loin -

Reflet dans les prunelles

D'une libellule.

 

Buson

 

 

 

 Repères :

 

 Le Haïku, terme créé par Shiki Masaoka (1867-1902), est une forme poétique très codifiée d'origine japonaise, à forte composante symbolique, et dont la paternité est attribuée à Bashō (1644-1694). Il s'agit d'un poème extrêmement bref , concis visant à dire l'évanescence des choses. La dimension visuelle et musicale sont souvent associées. Le blanc, le silence et le vide gardent leur importance et correspondent à un mode de vie zen fait de méditation de compassion et de détachement. Ils témoignent d'une capacité de vision, d‘éveil. Il s'agit de se délasser, de mieux voir, de rendre plus sensible, de retenir l'instant. C'est un petit chemin de poésie et de sagesse.

 

 

Prépare-toi à la mort

Prépare-toi

Bruissent les cerisiers en fleurs

 

Issa

 

 

 Encore appelé haïkaï (ou hokku, son nom d'origine), ce poème comporte traditionnellement 17 mores écrits verticalement.

 

 

Cette limonade

sans bulles -

Voilà ma vie

 

Sumitaku Kenshin

 


 Forme occidentale

 Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis à peine plus d'un siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s'inspirer de cette forme de poésie brève. La plupart du temps, ils ont choisi de transposer le haïku japonais, qui s'écrivait sur une seule colonne sous la forme d'un tercet de 5, 7 et 5 syllabes pour les haïkus occidentaux. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes . On compose donc un tercet de 17 syllabes (ou mesures)

Voici l'un des plus célèbres haïkus japonais, écrit Matsuo Bashô :

 

Dans le vieil étang,

Une grenouille saute,

Bruit dans l'eau.

 

L'original japonais est :

 

Fu-ru-i-ké-ya,

ka-wa-zu-to-bi-ko-mu,

mi-zu-no-o-to,

(5-7-5, soit 17 mores)

 

 Ce haïku est celui que l'on présente le plus lorsqu'il s'agit d'expliquer ce qu'est un haïku. Il en existe de multiples traductions. C'est surtout le troisième vers qui pose problème. Les onomatopées étant difficilement traduisibles, de nombreux haijin (poètes pratiquant l'art du haïku) préfèrent « le bruit de l'eau » à « un ploc dans l'eau », « trouble dans l'eau ».

 

Style

 Le haïku ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite le détachement de l'auteur. Il est comme une sorte d'instantané. Il n'exclut cependant pas l'humour, les figures de style, mais tout cela doit être utilisé avec parcimonie. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration et de préférence à voix haute. Il incite à la réflexion. C'est au lecteur qu'il revient de se créer sa propre image. Ainsi, le haïku ne doit pas décrire mais évoquer.

Tout doit être dit en quelques mots justes et simples, à peine exprimés, sitôt effacés. Humour, regret, élan, mystère, tendresse, éphémère, tremblement…

 

 

Le loup !

Rien qu'à voir ses crottes

On tremble de froid

 

Kobayashi Issa

 

 

Dénigrer autrui?

Je me lave l'esprit

En écossant mes pois

 

Ozaki Hôsai

 

 

Elle tombe et tombe

La feuille de paulownia

Aux rayons du soleil

 

Takahama Kyoschi

 

 

 

 

Sources : Wikipédia ; Henri Brunel, Les haïkus, librio n°817 (deux euros) ; Anthologie du poème court japonais, poésie Gallimard.

 

 

 

 


Page précédente | Page 604 sur 616 | Page suivante
Qui cherche à s'élever, réfléchir, sentir, découvrir, aimer davantage ? ou, plus simplement, réussir son nouveau bac de français ? Les lecteurs assidus de ce blog !
«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers articles

- Dessins

Derniers commentaires

- objet fétiche projet web série (par Visiteur non enregistré)
- Robin Williams, un acteur de talent (par Visiteur non enregistré)
- bac balnc (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement