Des haïkus au kiosque Place du Pâtis : une forme brève et fixe ; un sonnet oriental?

俳句
Le corbeau d'habitude, je le hais,
Mais tout de même… ce matin
Sur la neige
Matsuo Bashô
Afin d'enrichir notre réflexion poétique et vous encourager à vous rendre Place du Pâtis autour du kiosque, voici quelques notes sur le "haïku", en quelque sorte le "sonnet oriental".
Pourquoi aimons-nous le haïku? Sans doute pour cet instant de vérité qu'il suscite en nous. Le temps d'un souffle (un haiku, selon la règle ne doit pas être plus long qu'une respiration) ce poème d'émerveillement, provoque la plus subtile des inspirations. Une fleur de sens légère et familière.
Selon Bashô , un poème achevé doit révéler dans le même temps l'immuable éternité qui nous déborde (fueki) et le fugitif qui nous traverse (ryûko). Cet instant se doit de naître de la confrontation et de l'union, du présent et de l'éternité, de l'infiniment petit et infiniment grand.
Sur la pointe d'une herbe
devant l'infini du ciel
une fourmi
Hôsai
Comme un photographe, le poète cherche un nouvel angle, un point de vision, un sens aigu du détail infime pour révéler l'infini.
Les montagnes au loin -
Reflet dans les prunelles
D'une libellule.
Buson
Repères :
Le Haïku, terme créé par Shiki Masaoka (1867-1902), est une forme poétique très codifiée d'origine japonaise, à forte composante symbolique, et dont la paternité est attribuée à Bashō (1644-1694). Il s'agit d'un poème extrêmement bref , concis visant à dire l'évanescence des choses. La dimension visuelle et musicale sont souvent associées. Le blanc, le silence et le vide gardent leur importance et correspondent à un mode de vie zen fait de méditation de compassion et de détachement. Ils témoignent d'une capacité de vision, d‘éveil. Il s'agit de se délasser, de mieux voir, de rendre plus sensible, de retenir l'instant. C'est un petit chemin de poésie et de sagesse.
Prépare-toi à la mort
Prépare-toi
Bruissent les cerisiers en fleurs
Issa
Encore appelé haïkaï (ou hokku, son nom d'origine), ce poème comporte traditionnellement 17 mores écrits verticalement.
Cette limonade
sans bulles -
Voilà ma vie
Sumitaku Kenshin
Forme occidentale
Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis à peine plus d'un siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s'inspirer de cette forme de poésie brève. La plupart du temps, ils ont choisi de transposer le haïku japonais, qui s'écrivait sur une seule colonne sous la forme d'un tercet de 5, 7 et 5 syllabes pour les haïkus occidentaux. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes . On compose donc un tercet de 17 syllabes (ou mesures)
Voici l'un des plus célèbres haïkus japonais, écrit Matsuo Bashô :
Dans le vieil étang,
Une grenouille saute,
Bruit dans l'eau.
L'original japonais est :
Fu-ru-i-ké-ya,
ka-wa-zu-to-bi-ko-mu,
mi-zu-no-o-to,
(5-7-5, soit 17 mores)
Ce haïku est celui que l'on présente le plus lorsqu'il s'agit d'expliquer ce qu'est un haïku. Il en existe de multiples traductions. C'est surtout le troisième vers qui pose problème. Les onomatopées étant difficilement traduisibles, de nombreux haijin (poètes pratiquant l'art du haïku) préfèrent « le bruit de l'eau » à « un ploc dans l'eau », « trouble dans l'eau ».
Style
Le haïku ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite le détachement de l'auteur. Il est comme une sorte d'instantané. Il n'exclut cependant pas l'humour, les figures de style, mais tout cela doit être utilisé avec parcimonie. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration et de préférence à voix haute. Il incite à la réflexion. C'est au lecteur qu'il revient de se créer sa propre image. Ainsi, le haïku ne doit pas décrire mais évoquer.
Tout doit être dit en quelques mots justes et simples, à peine exprimés, sitôt effacés. Humour, regret, élan, mystère, tendresse, éphémère, tremblement…
Le loup !
Rien qu'à voir ses crottes
On tremble de froid
Kobayashi Issa
Dénigrer autrui?
Je me lave l'esprit
En écossant mes pois
Ozaki Hôsai
Elle tombe et tombe
La feuille de paulownia
Aux rayons du soleil
Takahama Kyoschi
Sources : Wikipédia ; Henri Brunel, Les haïkus, librio n°817 (deux euros) ; Anthologie du poème court japonais, poésie Gallimard.
