Elèv/ation

Metteurs en scène Don Juan

Par Laucun - publié le 2017-nov.-18 à 02:58 dans Théâtre

 








Document 1 : Louis Jouvet


En 1947, Louis Jouvet, metteur en scène, acteur de théâtre et de cinéma, et professeur au Conservatoire, met en scène Dom Juan au Théâtre de l'Athénée à Paris. Son interprétation audacieuse fera date et inaugurera une série de mises en scène novatrices de la pièce de Molière.


Le texte suivant est extrait d'un cours donné au Conservatoire le 25 novembre 1939.



Dom Juan n'est pas un séducteur, c'est un homme qui cherche, qui voudrait croire et qui ne peut pas. C'est, comme on disait au XVIIème siècle, quelqu'un qui n'a pas la grâce, une espèce de maudit. (...)


Je crois que pour représenter la pièce, il faut faire appel à la religion des gens. Celui qui croit retrouve, s'il le veut bien, avec un peu de naïveté, la foi qui est contenue dans la Légende dorée (1) Celui qui n'est pas croyant ne peut pas ne pas sympathiser avec un homme comme Dom Juan et ne pas poser de questions. La pièce pose, à mon avis, le problème de la religion d'un bout à l'autre. Maintenant, chacun le prend comme il veut. On croit au miracle, ou on n'y croit pas. Mais faire de Dom Juan un séducteur, un garçon coiffeur qui passe son temps à courir après des bonniches...


Louis Jouvet, Molière et la comédie classique. (Gallimard, Pratique du théâtre, 1965).


(1) La Légende dorée (Legenda aurea en latin) est un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, qui raconte la vie d'environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et certains événements de la vie du Christ et de la Vierge Marie.






Document 2 : Patrice Chéreau




En 1969, la mise en scène originale et controversée de Patrice Chéreau donne une dimension avant tout politique et sociale au Dom Juan de Molière. Le dramaturge décrit ici les décors qu'il a chargés d'une forte valeur symbolique.



Sur le ciel d'hiver se détacheront les lourdes pièces d'une machinerie primitive : des ouvriers la serviront en permanence et pratiqueront suivant l'heure du jour les travaux de force de cette machine à tuer les libertins, ou le petit artisanat du tonnerre et des nuages à faire naître à la volonté. Ce sont les machines qui feront apparaître les automates qui liquideront l'opposition libertine et présenteront alternativement deux lieux opposés : la ferme abandonnée où Dom Juan, coupé de sa classe, privé de toute possession personnelle et de toute puissance politique, même son aventure individuelle, et le mausolée du Commandeur, un chantier où, pour l'édification de tous, se dressent tout neufs, signes tangibles d'une chrétienté triomphante, une politique de grandeur du bâtiment religieux, couvert de statues souffrant d'une souffrance toute chrétienne et qui ne pourront manquer de faire rire Dom Juan.


Patrick Chéreau, Mise en scène de Dom Juan, (L'Avant-scène, "Classiques / aujourd'hui", 1976).


 


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