Labé Louise ; données biographiques
Louise Labé, « Je vis, je meurs », Sonnets (1555)

Source : Wikipedia
Fille d'un riche cordier, Louise Labé bénéficie d'une éducation moderne inspirée des idées italiennes. Elle sait le latin, l'italien, l'espagnol, la musique ; excellente cavalière, elle s'est initiée aux métiers des armes et participe à des tournois. Elle crée l'un des premiers salons littéraires, fréquenté par Maurice Scève et Pelletier du Mans.
En 1555, elle publie ses œuvres (un Débat de Folie et d'Amour en prose, trois élégies et vingt-quatre sonnets, le tout précédé d'une épitre dédicatoire aux revendications féministes.). Elle est l'une des premières à revendiquer le droit des femmes à la création littéraire.
Dans la lignée de Marie de France, de Christine de Pisan, avec Marguerite de Navarre et Pernette Du Guillet, Louise Labé donne le point de vue féminin sur l'amour. L'âme amoureuse oscille de l'enchantement d'un amour parfait à l'impossibilité de son existence. Elle s'inspire des thèmes pétrarquistes et platoniciens, mais en les détournant et en s'en éloignant peu à peu, ce mouvement constituant l'épine dorsale du recueil de sonnets.
Si vous êtes intéressés par Louise Labé, consultez aussi ce lien :
http://hypopolo.pagesperso-orange.fr/didac.htm
Un essai de 2006 remet en question ces données biographiques : Louise serait une pure création de papier ! Découvrez cet article du Point :

A lire sur le site : http://ombresvertes.blogspot.com/2008/06/le-fantme-de-louise-lab.html
Une réponse argumentée à propos de l'auteur
jeudi 26 juin 2008
Le fantôme de Louise Labé.
Le spectre d'une des plus grandes poétesses françaises du XVIe siècle hante encore, deux ans après la sortie du livre de Mireille Huchon, les ondes de France Culture. Hier matin, dans l'émission d'Emmanuel Laurentin, un débat assez vif s'est tenu entre Mireille Huchon et Eliane Viennot, deux spécialistes de la littérature du XVIe siècle, sur la question de l'authenticité des œuvres poétiques de Louise Labé. La thèse de Mme Huchon est que la poétesse serait une "créature de papier", et que son œuvre aurait été écrite par un cercle d'écrivains lyonnais rassemblé autour de Maurice Scève, qui se seraient ainsi amusé à parodier l'écriture d'une femme, et à en faire l'éloge paradoxal.

Le débat fait "rage" depuis deux ans autour du livre de Mireille Huchon, qui, publié chez Droz, a reçu à sa sortie l'approbation de Marc Fumaroli... qui est un dix-septièmiste. La plupart des spécialistes de la poésie du XVIe siècle, à l'inverse, ne sont pas du tout convaincus par l'érudition déployée par Mme Huchon: ils ne voient dans son argumentation qu'un "faisceau de conjectures", et déplorent l'absence de preuves matérielles qui permettraient d'étayer sa thèse. Je ne suis pas spécialiste du sujet, mais mes discussions avec Pernette m'ont à peu près convaincu que Mireille Huchon s'est embarquée dans un navire bien fragile... le vaisseau fantôme, sans doute.
Pour ceux que la polémique intéresse, je renvoie à cette page d'articles sur le sujet, parus dans la presse ou non. Au lieu, donc, de m'enfoncer dans un terrain d'érudition que je ne connais que trop peu, je voudrais simplement insister sur les implications idéologiques d'un tel débat.
Le féminisme, d'abord : il s'agit de l'œuvre d'une femme, à une époque où bien peu avaient accès à l'écriture. La proposition de Mme Huchon est de dire que cette femme de condition relativement modeste, une courtisane selon certains témoignages, n'a pas eu accès, sinon à l'écriture, du moins à une écriture poétique complexe et aux références littéraires très savantes qui jalonnent ces poèmes. Ce qui est une manière à la fois de stigmatiser le vilain patriarcat du XVIe siècle, et de refuser toute possibilité, pour une femme "de condition modeste", d'avoir eu le cran et surtout les compétences littéraires pour écrire une œuvre d'exception. Alors que le point de vue "traditionnel" considère l'oeuvre de Louise Labé comme un exemple précurseur d'oeuvre "féministe", dans le sens où elle parle d'amour, et d'amour féminin en particulier, avec une liberté inhabituelle dans les écrits des femmes de l'époque. Redécouverte de la poétesse grecque Sappho, et tout ça.Ce qui nous amène au second point, les tripes.
Il s'agit de poèmes d'amour extrêmement "charnels", qui relèvent d'une "poésie du ventre" plutôt que d'une "poésie de la tête", pour reprendre les termes de François Solesmes. Mireille Huchon tend, au contraire, à penser que leur simplicité n'est qu'apparente, puisqu'elle ne serait qu'un artifice dû à des poètes masculins qui se jouent des fantasmes féminins. «C'est un texte artificiel, dit-elle, bien éloigné de ces accents de sincérité absolue que l'on a cru y lire.»
On voit bien comment l'argument se mord la queue. Prétexter de l'artificialité d'un texte par l'hypothèse d'une écriture collective qui inventerait un auteur de papier, c'est prendre l'hypothèse pour la preuve. D'autre part, c'est confondre deux niveaux de lecture. La lecture stylistique, qui considère le texte en lui-même, et la lecture "génétique", qui le considère dans ses circonstances de création. Un texte peut être stylistiquement simple, et être le fruit d'une très longue maturation et trituration des mots; il peut à la fois dire des choses de manière très spontanée, et faire des références implicites à la littérature savante. Nier la simplicité d'un texte sous prétexte qu'il serait composé à plusieurs mains n'a donc pas de sens.
En bref, ce n'est pas parce que les poèmes de Louise Labé sont extrêmement construits, qu'ils ne sont pas issus d'un être de chair et de sang, qui a donné le plus intime de son être à travers les mots. A quoi bon vouloir prouver que l'oeuvre de Louise Labé n'est pas la sienne? Cela n'est-il pas symptomatique d'un certain aveuglement de l'histoire littéraire, qui oublie que derrière le papier, il y a des hommes?
Baise m'encor, rebaise moy et baise
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise
Las, te pleins tu ? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de I'autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :
Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.
Quel poète aurait pu "jouer" ces vers, pour les mettre de manière cynique et parodique dans la bouche d'une "créature de papier"? Quelle utilité, surtout, de déployer l'immense érudition de Mme Huchon au service d'une cause qui n'en vaut pas la peine? Quel est l'intérêt de défendre ces conjectures, alors que, de toute façon, on sait qu'on ne connaît quasiment rien de la vie de Louise Labé, et qu'on ne saura jamais de manière certaine, par une investigation historique, si elle a écrit ces textes ou pas? Les stylisticiens sont d'accord, en revanche, pour dire que les poèmes attribués à la poétesse ne peuvent avoir été écrits par plusieurs personnes, étant d'une tenue trop homogène.
En clair, pourquoi se perdre dans l'histoire des textes, alors que les textes eux-mêmes nous disent qu'il n'existe qu'un auteur derrière eux? un auteur qu'on appelle Louise Labé, parce que c'est son nom qui apparaît dans la page de titre, un point c'est tout. Le navire fantôme de Mireille Huchon risque en tout cas d'appareiller sans Louise Labé, dont la poésie est l'indice d'une sensibilité toute charnelle, bien éloignée des spectres empoussiérés de l'érudition.
Un spectacle autour des poèmes de Labé (joué en mai dernier au Tivoli).

C''est du théâtre. C'est de la chanson. C''est surtout de l'amour : celui inscrit dans la langue de Louise Labé, femme poète du xvième siècle, dont l'audace, dans l'expression du désir, est encore un scandale. Une langue de chair, mise en musique pour lui restituer toute sa force vitale. Cette voix, ce chant, ce souffle initient alors une parole inédite : celle de Norah Krief inventant à son tour, avec les musiciens et les mots de Pascal Collin, une autre manière d'affirmer, contre toute bienséance, le désir affranchi d'une femme d'aujourd'hui.
Ce concert est la continuité avec la compagnie « Sonnets » d'un chemin scénique conviant le chant et la poésie. Réunir à nouveau des gens différents, musiciens et praticiens du théâtre, ensemble du début à la fin : de l'écriture à la représentation, du projet de mise en scène à l'ultime note émise sur le plateau. Faire se rencontrer le texte et la voix, la musique et l'action dramatique, faire de leur dialogue l'endroit de la création. Renouveler le « tour de chant » par la mise en question, dans le spectacle même, de la représentation théâtrale.
C'est aujourd'hui à Pascal Collin, à la suite des Sonnets de Shakespeare, et à Michel Didym, notre partenaire de la « Mousson d'été », que nous avons confié la mise en oeuvre de notre projet : mettre en jeu la langue de Louise Labé, prendre pour guide un recueil poétique du xvième siècle, miraculeux d'originalité, de sensualité et de sincérité, pour accomplir une aventure de création actuelle, la nôtre, et faire en sorte que le plateau la raconte…
Offrir ainsi à l'actrice un espace qui la rapproche au plus près d'elle-même, un parcours d'artiste où, grâce à la poésie, elle invente sur la scène et pour le public, avec lui, son propre chant.
Frédéric Fresson

