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[519] - Conseils pour gérer une classe difficile

Il s’agissait de recueillir des conseils pour parvenir à mettre au travail une classe de 1re STI particulièrement difficile, et très chahuteuse, après un bac blanc manqué.

 

Remarques pédagogiques « disciplinaires »

- Modérer d’une façon ou d’une autre les résultats de bac blanc : les élèves réagissent aux notes... on peut leur proposer un travail valorisant pour remonter leur moyenne.
- Mettre une note d’oral / participation valorisante.
- Faire savoir qu’on échange avec les autres professeurs.
- Parler avec les collègues des autres matières, en particulier des matières générales, et avec le professeur principal, pour voir s’il est possible de faire quelque chose tous ensemble. Décider d’une intervention collective : surveillance du comportement de tel élève à partir d’une fiche passant d’une matière à l’autre, sur une semaine ou 15 jours, ou toute autre action collective...
- Chercher une solution du côté de l’analyse concertée de la situation (sondage). Dire par exemple aux élèves : « Bonjour. J’ai besoin de votre aide. Quand un menuisier fabrique une table, il voit tout de suite si elle est bancale ou pas ; mais ce n’est pas le cas dans tous les métiers. Par exemple, pour un professeur, il n’est pas facile de comprendre ce qui se passe dans la tête de ses élèves, de savoir s’ils comprennent ...etc. Je vous demande, pour m’aider à analyser notre travail en commun, de prendre une feuille de papier et de répondre de façon anonyme aux deux questions suivantes : 1) Dans ma manière de vous faire travailler depuis le début de l’année, qu’est-ce qui vous a, éventuellement, aidé(e) à progresser ? 2) Dans ma manière de vous faire travailler depuis le début de l’année, qu’est-ce qui vous aurait pu, éventuellement, vous aider davantage à progresser ? 3) Vous pouvez ajouter une remarque. Je lirai vos réponses avec beaucoup d’attention et je vous en rendrai compte demain. Remarque : Si c’est pour me dire qu’il ne faudrait plus faire d’interro, ce n’est pas la peine ! » Ce genre de sondage peut permettre d’aller de l’avant. Il faut accepter d’en recevoir plein la figure ; mais on est aussi surpris de lire des « choses » fort encourageantes. Le lendemain, on est fort des avis exprimés, sans que les élèves aient pu se concerter, on en rend compte et on peut envisager de passer un « contrat » avec le groupe ?
- Lister sans commentaire mais ostensiblement ceux qui n’ont pas le livre, pas le travail à faire puis, si c’est possible, convoquer les parents soit par le carnet de liaison soit par la fiche de mise en garde. Toute formule associant RV et démarche positive....
- Ne jamais oublier de féliciter pour une bonne réponse ou une bonne tentative avec des variantes : « Ah ! voilà qui fait plaisir de venir travailler avec vous ». Dans une série comme STI les élèves marchent vraiment à l’affectif...
- Ils adorent nous voir découragés, inquiets des résultats ou alors nous aire enrager. L’idéal, c’est de faire son travail, en faisant croire qu’on en est détaché à un point.... Il manque des devoirs ? Chic, je vais au cinéma. Mon explication ne les intéresse pas ? Pas grave, moi j’ai préparé mon cours, ce sera sur le descriptif, basta ! Normal, on passe à autre chose.
- La redoutable efficacité de ce type de chahut c’est qu’ils s’y mettent tous, en douce, avec des meneurs dissimulés. Il faut les trouver et les sanctionner.
- Déplacer systématiquement les élèves pénibles : casser les clans et les associations de bavards. Faire un plan de classe mûrement réfléchi accompagné d’un discours sur le changement de comportement attendu. A partir de là, aucune tolérance pour les écarts de comportement.
- Dans les bulletins, plus de langue de bois, décrire nettement les choses : tant de devoirs non rendus, cours non pris, travail personnel non fait,aucune participation orale, bavardages etc. Cela alerte les parents et rétablit une certaine justice, face aux élèves méritants qui sont par malheur tombés dans cette classe.

Remarques pédagogiques « didactiques »

- Proposer un travail au CDI pour créer des pages web pour le site Internet du lycée, exposant les mouvements littéraires du programme avec des extraits d’oeuvres... Ce travail de recherche, fait en demi classe avec l’aide de la documentaliste, permet de les faire chercher, de les mettre en appétit par la page web à leur nom sur le site. Ils acquièrent un peu de culture générale ce qui permet de limiter les dégâts à l’oral. Ensuite, les textes trouvés dans les anthologies peuvent être commentés en classe. Ces recherches donnent aussi des éléments pour la dissertation.
- Faire travailler les élèves en équipe sur écran d’ordinateur, si la salle informatique est disponible. Il faut alors préparer des travaux dirigés comportant des questionnaires, proposer des reformulations de phrases, faire éventuellement une recherche sur Internet. Vous pouvez aussi leur demander de faire des exposés. Bref, casser cette dynamique tous contre une...
- La lecture de Comme un roman de Daniel PENNAC peut suggérer l’idée suivante : consacrer les 5 premières minutes de chaque cours à la lecture à voix haute, par le professeur, d’un roman, lu intégralement du début à la fin. Pendant ce temps, les élèves ont le droit et le devoir de ne rien faire (même pas sortir leurs affaires) à condition d’être silencieux. La lecture n’est précédée ni suivie d’aucun commentaire, et effectuée systématiquement, quelles que soient les circonstances (même en cas de contrôle). Cela surprend les élèves au début mais ils se prennent rapidement au jeu et ces 5 minutes leur permettent de se calmer, de s’évader, de rêver, d’apprécier le silence ambiant, de retrouver la voix de leur prof, qui ne s’égosille plus... Bien sûr, l’enjeu est de taille : il faut choisir le bon roman, qui retiendra leur attention et suscitera leur intérêt ; il faut faire une lecture expressive, s’arrêter, comme dans les feuilletons, sur un moment crucial ! Bref, il faut travailler cette prestation... mais c’est efficace, ils en redemandent. A la suite de cette lecture, le cours reprend dans des conditions ordinaires et dans une ambiance bien meilleure... mais pour les premières, le temps est davantage compté avec l’examen. Quelques idées de lectures : il faut choisir des romans avec des incipits courts, denses, accrocheurs... Romans expérimentés (en 2de) : La Fée Carabine de PENNAC, Le Vicomte pourfendu de CALVINO, Amok de ZWEIG, Zadig de VOLTAIRE, voire des livres proposés par les élèves.
- Partir du principe que l’on ne s’adresse plus à un groupe-classe, mais à une assemblée de téléspectateurs démunis de télécommande et dans l’incapacité de zapper : d’où des déconnexions multiples qui finissent en bug collectif... Dans un premier temps, il faut s’adresser à des individus en les surprenant et en les impliquant affectivement. Deux exemples :

  • Pour une séquence sur l’autobiographie : distribuer des débuts de phrases à compléter et permettre toutes les suites (même les plus loufoques), en faire une lecture groupée (chaque élève lit son œuvre - 2 lignes suffisent - et ceux qui ont le même début continuent) ; l’effet de masse est saisissant et ils s’aperçoivent de surcroît qu’ils ne sont pas très originaux. Le professeur rebondit alors sur les points communs et les différences dans l’optique (par exemple) de la question : « Pourquoi écrit-on son autobiographie ? », « Quels sont les problèmes rencontrés ? » etc. On peut ensuite lire un extrait de blog - il y en a de fort bons - qui parle de problèmes adolescents... Voir la page Récits de vie sur le site de l’Académie d’Amiens. Voir notamment le lien vers le document proposé par Corinne Durand-Degranges sur WebLettres. Elle souligne que « l’un des objectifs de l’enseignement du français est d’aider les candidats à se construire, ou pour certains à se reconstruire, en favorisant une réflexion sur leur identité et leur devenir social, sur leur histoire personnelle, familiale, scolaire et professionnelle. » Les problématiques littéraires comme « Individualisme et altérité ; recherche et affirmation de soi ; la marge et la norme » sont autant d’appuis qui permettent de rapprocher les élèves des textes littéraires et de mettre à distance leur affect, de « pouvoir parler d’eux, exprimer leurs réflexions et leurs sentiments ». La démarche consiste donc à prendre le temps d’un questionnement (qu’est-ce que je souhaite mettre en lumière de moi ? sous quelle forme ? Ferai-je un écrit à la première personne ou à la troisième personne ?) pour mettre le pathos à distance par l’écriture. Grâce à l’écriture, « Je » est toujours un autre.
  • Pour une séquence sur la poésie : commencer par des « portraits chinois » portant sur des élèves de la classe. À manier avec doigté, et en privilégiant les qualités supposées des élèves. L’élève qui trouve s’y colle à son tour, ne pas hésiter à reprendre la main si ce dernier éprouve des difficultés, préférer le rythme au contenu. Étendre ce système dans des objets à identifier : demander à un élève d’inscrire sur un bout de papier un objet à écrire de façon « poétique » et improviser trois lignes au tableau, les élèves doivent trouver... etc. Puis passer à Francis Ponge par exemple !

Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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