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Article : [27] - La liste idéale (le bac de français des professeurs de français)


mercredi 24 avril 2002

Par Luc Blanvillain

Il s’agissait de savoir sur quels extraits les professeurs de fran√ßais actuels ont √©t√© interrog√©s √† l’√©poque o√Ļ eux-m√™mes ils √©taient candidats √† l’E.A.F.
La liste est complétée par quelques souvenirs et témoignages.
Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges

Liste des Ňďuvres ou des extraits

  ANOUILH, Antigone (cit√© 2 fois).
  APOLLINAIRE, « Nuits rh√©nanes ».
  BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « L’invitation au voyage » (2).
  BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « La vie ant√©rieure » (2).
  BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « √Čl√©vation ».
  BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « L’albatros ».
  BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « La chevelure ».
  BAUDELAIRE, Petits Po√®mes en prose, « Any where out of the world ».
  BAUDELAIRE, Petits po√®mes en prose, « le confiteor de l’artiste ».
  BAUDELAIRE, Petits po√®mes en prose (titre oubli√©).
  BERNARDIN de SAINT-PIERRE, Paul et Virginie (3).
  CAMUS, L’√Čtranger.
  CAMUS, La Peste, « Le bain de l’amiti√© ».
  DESNOS, « J’ai tant r√™v√© de toi ».
  DURAS, Moderato Cantabile.
  FLAUBERT, Madame Bovary, le d√©but du roman.
  FLAUBERT, Madame Bovary, la fin du roman.
  HUGO, Les Ch√Ętiments, « Stella ».
  HUGO, Les Contemplations, « Demain, d√®s l’aube ».
  LAFORGUE, « Avant-dernier mot ».
  LARBAUD, « La gare de Cahors » (texte ajout√© par le candidat).
  MALLARM√Č, « l’azur ».
  MALLARM√Č, « Le vierge, le vivace ».
  MAUPASSANT, Une vie, la fin du roman.
  MARIVAUX, Le jeu de l’amour et du hasard.
  MOLI√ąRE, Dom Juan, IV, 4 : la tirade de Dom Louis.
  MOLI√ąRE, Dom Juan, les deux derni√®res sc√®nes.
  MOLI√ąRE, Tartuffe, la tirade o√Ļ Tartuffe fait la cour √† Elmire.
  MONTESQUIEU, Lettres persanes, Lettre 24.
  NERVAL, « El Desdichado » (2).
  NERVAL, Sylvie.
  ORWELL, 1984 (texte ajout√© par le candidat).
  PONGE, Le Parti pris des choses, « Le pain » (2).
  RACINE, Andromaque, Acte I, sc√®ne 3 ; Acte I, sc√®ne 4.
  RACINE, Ph√®dre, Acte II, sc√®ne 5.
  RIMBAUD, « Aube ».
  ROUSSEAU, Les Confessions, la premi√®re rencontre avec Mme de Warens.
  SAINT-JOHN PERSE, Amers, « Allez plus doucement, √ī pas des heures sur mon toit ».
  SULLY PRUDHOMME, Stances et po√®mes, « Le vase o√Ļ meurt cette verveine... »
  VERLAINE, « Mon r√™ve familier » (3).
  VERLAINE, « Colloque sentimental » (2).
  VIAN, L’√©cume des jours.
  VOLTAIRE, Candide, Chapitre III, La guerre « Rien n’√©tait si beau, si leste, si brillant... ».
  VOLTAIRE, Candide, le dernier chapitre.
  VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, article « Guerre ».
  VOLTAIRE, (texte oubli√©).

Anecdotes et souvenirs :

N°1
  Personnellement, ce fut le po√®me de Verlaine « Je fais souvent ce r√™ve √©trange et p√©n√©trant... » (Zut ! le titre m’√©chappe !). Ce dont je me souviens bien en revanche, c’est que l’examinatrice m’a coup√© net au bout de 10 minutes d’explication (normal...). Malheureusement, le po√®me me plaisait bien et je n’en √©tais qu’√† la moiti√© de ma « prestation »... Depuis, j’ai un peu de mal √† donner des conseils sur la gestion du temps au bac et je suis toujours aussi loquace lorsqu’il s’agit de parler d’un po√®me ! Comme quoi, on ne se refait peut-√™tre pas !!!

N°2
  Il √©tait une fois en 1972... Je me souviens d’avoir choisi √† l’√©crit un commentaire du po√®me « Marie » d’Apollinaire avec quelque chose comme « Vous y dansiez petite fille... » plus une histoire de grand-m√®re et de cloche. J’ai trouv√© la cloche et la danse tr√®s gaies. Sortie de l’√©preuve, un camarade de classe m’annonce avec assurance que la cloche repr√©sentait la mort et que le po√®me √©tait triste... Horreur ! En plus c’√©tait le premier commentaire que je faisais de ma vie. J’√©tais alors en 1re C (actuellement S) dans une classe hyper chahuteuse. Aucun souvenir de l’oral. Mais j’ai quand m√™me eu 10 √† l’√©crit et 13 √† l’oral. L’ann√©e suivante, je m’envolais en A (L aujourd’hui) et pour me permettre de d√©crocher la mention Bien. Le jury a remont√© ma note d’√©crit √† 11. J’ajoute que j’ai toujours eu une faiblesse frisant le handicap en ce qui concerne l’orthographe... et puis on devient prof de lettres... ainsi va la vie...

N°3
  C’√©tait en 68 ! Voltaire mais je ne saurais dire quel texte ; en fait celui sur lequel je voulais tomber. J’avais pr√©par√© ma liste de bouquins (pas de photocopies en ce temps l√† et je l’avais savamment mis le 3e ou le 4e. √áa a march√©. Ma vocation, les bouquins je suis tomb√©e dedans quand j’√©tais toute petite, mais Voltaire justement j’ai ador√©. Mais tu parles du go√Ľt pour la mati√®re. √áa ne suffit pas pour enseigner.

N°4
  Baudelaire, Petits Po√®mes en prose, « Any where out of the world ». Ah souvenirs, souvenirs... Plus inspir√© √† l’√©crit : un sujet sur la po√©sie, une citation d’Yves Peyr√©... Je connaissais alors des passages du Plaisir du texte de Barthes par cŇďur, j’avais construit tout mon plan sur « D√©sir / Plaisir » du texte, je citais aussi L’Espace litt√©raire de Blanchot (r√©sultat 19/20), le bonheur quoi !! L’ann√©e : 1982, comme disait l’autre « √ßa nous remet loin » (C√©line, Voyage au bout de la nuit).

N°5
  « Nuits rh√©nanes » Apollinaire, hors liste, ah le salaud !

N°6
  Grand souvenir ! J’ai √©t√© interrog√© sur 1984, de George Orwell, que je pr√©sentais librement sur ma liste.

N°7
  C’est un peu loin, mais je crois me souvenir d’un po√®me de Val√©ry Larbaud, dont le titre √©tait quelque chose comme « La gare de Cahors », texte que j’avais moi-m√™me, apr√®s autorisation de mon prof, ajout√© √† la liste de la classe (chaque √©l√®ve pouvait ainsi mettre sur sa liste le texte-support d’un devoir particuli√®rement r√©ussi).

N°8
  Je suis tomb√©e sur « Colloque sentimental », de Verlaine (texte splendide, extra √† √©tudier).

N°9
  Je vous r√©ponds parce que je suis prof depuis un an, et que cela me fait un peu dr√īle de participer √† la grande noce du bac dans moins d’un mois maintenant, alors que j’√©tais il n’y a pas si longtemps √† la place de ceux que je vais interroger... Je suis tomb√© sur un extrait de L’√Čtranger de Camus (√©tudi√© en Ňďuvre int√©grale), celui ou Meursault est interrog√© par le juge et r√©p√®te trois fois (je crois) « cela m’√©tait √©gal », phrase qui servait de titre √† l’extrait.

N°10
  Cela date de 79 j’√©tais tomb√© sur « Stella » de Hugo, le po√®me entier bien s√Ľr et non pas dix ou quinze vers.

N°11
  La fin de Candide en 1977 ! Chaque fois que j’y repense je me dis que je ne savais pas le dixi√®me de ce que j’exige maintenant de mes √©l√®ves. On commentait avec des mots ordinaires, quelques solides notions de grammaire, et on ignorait l’existence du verbe « probl√©matiser ». Quels oc√©ans d’inconscience !!! Vous n’avez pas demand√© la note, alors je ne vous la donnerai pas. Maintenant, cette liste id√©ale, ce serait plut√īt une liste morte, non ? Voudriez-vous l’ins√©rer dans un roman nostalgique ?

N°12
  En... 1973, j’√©tais tomb√©e sur « L’invitation au voyage » (le po√®me en vers et non celui en prose), de Baudelaire. Mais c’√©tait au temps du Lagarde et Michard !

N°13
  C’√©tait en juin 81, il faisait chaud, et je suis pass√©e la derni√®re de la matin√©e - quand j’y pense aujourd’hui, je comprends qu’au bout de vingt-cinq minutes la petite femme √† lunettes m’ait pri√©e de me taire. C’√©tait la derni√®re page de Madame Bovary, je trouvais le mot « cantharide » po√©tique pour ses sonorit√©s, la d√©finition que j’avais cherch√©e dans le dictionnaire pendant les r√©visions ne m’avait pas √īt√© cette id√©e de la t√™te, et j’aimais cet homme qui meurt d’amour sous la tonnelle, profond√©ment bless√©e d√©j√† par cette lecture qui disait les erreurs faites et d√©sir√©es. Voil√†.

N°14
  C’√©tait le d√©but de L’√Čcume des jours. L’examinatrice portait des lunettes noires. Elle interrogeait d’une voix s√®che et s√©v√®re. Elle a pos√© des questions sur l’ensemble du roman que nous avions lu int√©gralement en classe. J’en garde un tr√®s bon souvenir. (Je n’ai pas le texte imm√©diatement sous la main mais je vais le chercher. Cette relecture favorisera la r√©miniscence). Merci pour cette initiative qui permet d’√©veiller un pass√© endormi.

N°15
  Pour r√©pondre √† votre demande, j’ai pass√© mon bac fran√ßais en 89 √† l’√©poque o√Ļ les √©preuves comportaient encore deux parties (explication de textes et th√®me sur l’Ňďuvre). J’ai √©t√© interrog√©e sur Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux par un examinateur qui m’a demand√© de ne pas faire d’explication de texte mais de traiter le th√®me « le langage amoureux » √† partir d’exemples de l’ensemble de la pi√®ce et de tenir ainsi mes vingt minutes. Cet examinateur devait sans doute contester l’organisation de ces √©preuves, comme il a d√Ľ √™tre heureux des changements op√©r√©s par la suite... Nous le connaissions de r√©putation car ce n’√©tait pas la premi√®re fois qu’il venait faire passer le bac dans ce lyc√©e de l’est parisien, et, enseignant √† Henri IV, il avait des exigences que trahissaient des notes assez terribles. Il avait de plus des remarques critiques tr√®s dures au moment de l’√©preuve et je me souviens encore de la douche froide que prit le candidat qui passait avant moi et qui soutenait l’existence d’un IIIe Empire...

N°16
  C’√©tait en 84 et j’ai √©t√© interrog√©e sur Antigone d’Anouilh (mais quel passage au juste ?) extrait d’un groupement de textes intitul√© « Dialogues amoureux dans le th√©√Ętre contemporain » (avec La guerre de Troie n’aura pas lieu, Le Malentendu...)

N°17
  Seuls les jeunes profs pourront vous r√©pondre : j’ai pass√© le bac en 69 avec toutes les mati√®res en terminale et il n’y avait pas d’oral de fran√ßais ni m√™me autant que je me souvienne de sujets au choix √† l’√©crit, seulement une dissertation.

N°18
  Et les vieux, vous y avez pens√© aux vieux ? J’ai pass√© mon bac en ...68 ; oui ! Question : que savez-vous de l’Acad√©mie Fran√ßaise ? A l’oral ! En cette ann√©e b√©nie (mouais) nous avons tout pass√© √† l’oral (et j’√©tais timide !).

N°19
  C’√©tait en 1976 (a√Įe !) et j’ai glos√© sur « Demain d√®s l’aube », de Hugo bien s√Ľr, sans doute brillamment si l’on en croit mon correcteur. Pourtant, c’√©tait l’√©poque du d√©corticage minutieux vers √† vers ; les axes de lecture n’√©taient √©voqu√©s qu’en conclusion. Mais les miettes peuvent √™tre plus savoureuses que la portion !

N°20
  Les deux derni√®res sc√®nes du Dom Juan de Moli√®re en Ňďuvre int√©grale, un oral tr√®s plaisant o√Ļ j’ai « √©bahi » mon examinatrice en proposant de lui faire « m√™me l’explication de l’avant-derni√®re sc√®ne en plus de la derni√®re »... mais en fait, h√©h√©, cela m’arrangeait car je les avais apprises ensemble et n’aurais sans doute pas pu en dissocier l’√©tude... plus tard, dans l’entretien, ce gentil jury me pose une question un peu obscure, que faire ? une pirouette ! Je m’aper√ßois alors fort √† propos que je n’avais pas lu de passage... Elle me r√©pond « Tiens c’est vrai » et hop je lis, et hop... oubli√©e, la question... En bref un bon oral... un bon souvenir, je ne dirais pas la m√™me chose des oraux du Capes...

N°21
  J’ai √©t√© interrog√©e en 1985 par une correctrice en retard d’une heure, de toute √©vidence de retour de la plage... Je pr√©cise que j’ai pass√© mon bac √† Montpellier. J’ai √©t√© interrog√©e sur Moderato Cantabile de Duras. C’est une Ňďuvre qui m’avait donn√© √† voir la litt√©rature autrement et que j’ai √©tudi√©e plusieurs fois avec mes √©l√®ves, du temps o√Ļ nous pouvions choisir nos Ňďuvres int√©grales... J’ai eu 16, et ce fut quand m√™me une √©tape d√©cisive dans mon rapport √† la litt√©rature, dont mon m√©tier d’enseignante n’est qu’un aspect de moins en moins pertinent. Mais je suis sur le point de m’√©garer...

N°22
  J’ai √©t√© interrog√© sur « Avant-dernier mot » de Jules Laforgue. Un petit 11 pour sanctionner une prestation sans √©clat, alors que maintenant... il y aurait tant √† dire !

N°23
  Le sens de l’expression « liste id√©ale » m’√©chappe, de m√™me que l’int√©r√™t de la chose... mais peu importe : vous me donnez l’occasion d’√©voquer un souvenir... Je suis « tomb√©e » il y a quelque 25 ans sur un extrait de Ph√®dre (« J’ai langui, j’ai s√©ch√© dans les feux, dans les larmes ») Si je m’en souviens encore, c’est √† cause de la question que m’avait pos√© ensuite l’examinateur (ou l’examinatrice, cela je l’ai oubli√©...) : quel rapport on pouvait-on √©tablir entre la pi√®ce et l’√©poque pr√©sente (1970) ; j’avais lamentablement « s√©ch√© » (moi aussi). Heureusement, il/elle m’a donn√© la r√©ponse √† sa question : c’√©tait l’√©quivalent-XVIIe de la presse √† scandale-XXe... J’en reste encore et toujours √©bahie...

N°24
  1971 : Un relent nostalgique et tr√®s doux, un peu d√©suet, comme une senteur qui s’√©vapore dans le flou des souvenirs, un vrai moment de plaisir, surtout √† 15 ans et demi !!
Le vase o√Ļ meurt cette verveine
D’un coup d’√©ventail fut f√™l√© ;
Le coup dut l’effleurer √† peine :
Aucun bruit ne l’a r√©v√©l√©.
Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et s√Ľre,
En a fait lentement le tour.
Son eau fra√ģche a fui goutte √† goutte,
Le suc des fleurs s’est √©puis√© ;
Personne encore ne s’en doute,
N’y touchez pas, il est bris√©.
Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le cour, le meurtrit ;
Puis le cour se fend de lui-même,
La fleur de son amour p√©rit ;
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent cro√ģtre et pleurer tous bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est bris√©, n’y touchez pas.
Sully Prudhomme, Stances et poèmes

N°25
  Pour allonger votre liste, je ne suis pas tomb√©e mais j’ai carr√©ment chut√© sur un texte de Baudelaire dans ses Petits Po√®mes en Prose... lequel ? euh, √ßa je ne m’en souviens pas. Anecdote : √† l’entretien, vu le peu d’explication que j’avais donn√©es....JE HAISSAIS BAUDELAIRE, ma hantise √©tait √©videmment d’√™tre interrog√©e sur cet auteur...anecdote donc :
l’examinateur (plut√īt d√©sagr√©able au demeurant) me demanda : Quelle orientation choisirez vous apr√®s votre baccalaur√©at ?
moi = la Sorbonne.
Lui = pour envisager quoi ?
Moi = Professeur de français....
Note d’oral = 6...cherchait-il √† tuer une vocation ?

N°26
  Ajouter rubrique : je ne me souviens pas. Et je suis m√™me incapable de me rappeler en quoi consistait l’√©preuve de lettres que j’ai pass√©e (c’est peut-√™tre les effets de la cinquantaine qui s’approche), curieusement je ne me souviens que de ma disserte de philo. Vous avez dit vocation ? attendant impatiemment le r√©sultat de votre enqu√™te.

N°27
  Quand j’√©tais en premi√®re, en 1964, le sinistre bachotage de la liste de Fran√ßais n’existait pas. On passait encore l’examen probatoire de fin de premi√®re (successeur et quasi √©quivalent du « premier bac »), avec toutes les mati√®res au programme. Il fallait le r√©ussir pour passer en terminale. On r√©servait ses efforts de r√©vision pour l’histoire-g√©o, (pour les maths et la physique, c’√©tait trop tard si l’on n’avait pas boss√© toute l’ann√©e) et on se gardait bien de consid√©rer le fran√ßais comme un objet de r√©gurgitations moroses. J’id√©alise peut-√™tre, mais je suis s√Ľr que pour moi, le fran√ßais √©tait une mati√®re o√Ļ l’on ne travaillait pas vraiment, et qu’on n’aurait jamais eu l’id√©e ridicule de le r√©viser. Il y avait une √©preuve √©crite de fran√ßais, bien s√Ľr, avec trois sujets. Je sais que je les ai gard√©s mais je ne les trouve pas aujourd’hui. Je me rappelle que le troisi√®me s’appuyait sur un texte de Hugo. Les autres devaient porter sur des questions litt√©raires g√©n√©rales. Si je retrouve les sujets, je les envoie. Ce n’√©tait pas extraordinairement difficile. Une culture de bon aloi et une expression agr√©able y suffisaient. Une mauvaise orthographe √©tait r√©dhibitoire, mais les faibles √©taient √©limin√©s depuis longtemps. Le bac n’√©tait pas encore tr√®s d√©mocratique.

N°28
  Pour ma part, √ßa a √©t√© Lettres Persanes lettre 24. Charmant souvenir... Pouah !

N°29
  Je confirme enti√®rement ; j’ai pass√© mon bac en 69 ; si le d√©bat se prolonge, j’irai peut-√™tre farfouiller dans mes vieux sujets et brouillons d’examens ; je pr√©cise qu’√† l’√©poque, je n’ai pas pass√© d’oral (bac √©crit seulement, excusez-moi d’√™tre d√©j√† un peu vieux, ou plus compl√®tement jeune, malgr√© mes vell√©it√©s) ; en tout cas, le bac fran√ßais √©tait moins technique que maintenant ; il fallait en effet √† l’√©crit montrer une relative culture, savoir s’exprimer et pr√©senter une r√©flexion organis√©e ; c’est ce que je continue √† demander √† mes √©l√®ves - peut-√™tre comme un dinosaure qui refait ce qu’il a fait, certes ; mais, en tous les cas, point n’√©tait besoin de bachoter ! Je chercherai dans mes archives, dans les greniers familiaux ; mais, tant qu’il n’y a pas eu de programme pr√©cis en fran√ßais - donc au-del√† du bac, j’ai senti la n√©cessit√© de lire beaucoup, et celle de devoir travailler les exercices de commentaire et les autres, dissertations par exemple - mais jamais avec des corrig√©s tout faits : sans programme, la liste des possibles est tellement longue qu’on ne cherche plus √† bachoter, et qu’on travaille !

N°30
  Quand j’ai pass√© le bac, il devait y avoir une liste je crois mais pas aussi formelle qu’aujourd’hui, pas aussi administrative. Je ne partage pas le souvenir de F.C. (n°29) et je crois que j’avais r√©vis√©. Mais surtout je ne garde pas le souvenir de tout ce que je vois de m√©diocre partout aujourd’hui. Je me souviens que nous avions pass√© un an entier sur le 20e. On arrivait dans le dernier tome de Lagarde et Michard : Sartre, Camus, etc. avec en plus la philo √ßa fumait dans les cervelles. Quel √©l√®ve aujourd’hui a √©tudi√© en terminale au moins un de ces auteurs un peu en d√©tail. [...] Je ne vais pas les citer tous cependant Lagarde et Michard n’√©tait pas une encyclop√©die mais un manuel de travail. Beaucoup connaissaient beaucoup d’auteurs ; on farfouillait chez Zweig, H√∂lderlin dans les gros bouquins de Kafka, Joyce, chez les auteurs russes et dans les l√©gendes et traditions du S√©n√©gal par exemple. Et l’on n’√©tait pas tr√®s nombreux √† ne plus faire de latin. D’ailleurs le latin que j’avais commenc√© en sixi√®me et abandonn√© en premi√®re, je l’ai repris un an apr√®s le bac - √©tudes litt√©raires obligent. Et en pr√©pa je m’√©tais un peu mis au grec, tout seul, pour approfondir Platon et mieux comprendre Nietzsche. C’est nul de supprimer le latin en L et de saupoudrer avec de l’√©conomie et de l’√©ducation civique. On avait donc des connaissances assez solides m√™mes si chacun ignorait compl√®tement les deux articulations du discours qui sont venues nous empoisonner la vie l’ann√©e suivante, sous forme d’une ridicule petite conf√©rence quand j’√©tais en pr√©pa. Depuis les monstres ont bien engraiss√© sur le dos des auteurs et les heures se sont r√©duites comme peau de chagrin. 2 heures en TL, c’est du d√©lire, c’est pas cr√©dible. J’ai lu un article dans un journal de Mexico [...] qui disait √† propos de l’anniversaire de la mort de Sartre : un des plus grands √©crivains fran√ßais de notre temps et qui n’est pratiquement plus du tout √©tudi√© en France dans les √©coles ! Bon, √ßa r√©sume tout, sous entendu : qu’est-ce √ßa doit √™tre les autres. Voil√† le probl√®me du fran√ßais et des r√©formes vus par les √©trangers qui s’int√©ressent √† la litt√©rature fran√ßaise. J’avais √©t√© interrog√© sur La Chute, je sais c’√©tait au programme en TL il n’y a pas longtemps mais √ßa ne change rien au probl√®me ; j’avais fait un expos√© pendant l’ann√©e ; la prof., l’examinateur, m’avait donc demand√© d’en parler et d’expliquer un passage qu’elle avait choisi elle-m√™me ; on avait bien discut√© et cela m’a boost√© ma moyenne. J’en avais un petit peu besoin. Et ouf ! je l’ai eu. Tout cela fait un peu p√©p√© avec sa guerre 14, je sais. J’avais un vieil oncle qui radotait aussi d√©j√† √† cette √©poque avec son Verdun et √ßa nous faisait beaucoup rire ; quand j’ai eu grandi, moins, mais il √©tait mort. Ainsi, donc, √ßa fait un peu « Allez p√©p√© raconte, hein c’√©tait bien dans c’temps l√†, hein p√©p√© ...!!! » Eh bien, tant pis ! D√©sol√© d’avoir √©t√© si ennuyeux et bonne nuit √† tous.

N°31
  Je n’osais pas r√©pondre, croyant que cet appel concernait le « nouveau bac », nouveau pour moi qui l’ai pass√© en 1958, oui, juste avant qu’on ne commence √† le tripoter. Il y avait deux parties, il fallait r√©ussir la premi√®re pour passer en ce qui ne s’appelait pas encore Terminale. Toutes les mati√®res avaient le m√™me coefficient, et on devait √™tre « admissible √† l’oral ». J’ai le vague souvenir de trois sujets : une « question de cours », genre « Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient √™tre, Racine tels qu’ils sont. Qu’en pensez-vous ? », une « explication de textes » qui n’avait pas encore √† √™tre compos√©e et consistait √† faire une sorte de paraphrase, et une question moins « bateau », qui a √©t√© pour moi un sujet sur la description dans le roman. A l’oral, j’ai eu Tartuffe, la tirade o√Ļ il fait la cour √† Elmire si je me souviens bien. Voil√†, finalement, est-ce que √ßa change beaucoup ? Apr√®s un certain nombre (un nombre certain !) d’ann√©es d’enseignement, je me dis que non, sauf qu’il n’√©tait pas vraiment possible de bachoter, ni d’apprendre (presque) par cŇďur la lecture m√©thodique √† trois (3 ! en 10 minutes !) axes que certains candidats (heureusement pas tous !) vont me r√©citer bient√īt. Nous, on √©tait s√©lectionn√©s avant, eux le sont apr√®s ! Qui est le plus frustr√© ? Mais si l’on a r√©ussi √† donner le go√Ľt de la litt√©rature, des belles choses, des beaux √©crits, quel bonheur ! Je ne sais pas si le mod√©rateur laissera passer mon message, en tout cas je l’envoie. Sign√© : Mathulasem(e)

N°32
  J’ai pass√© le bac de fran√ßais en 87, et je suis tomb√©e sur « La Chevelure » de Baudelaire, et sur « Les femmes chez Baudelaire » en question d’ensemble. Et j’avais appris mes explications de texte, et les plans des questions d’ensemble. Je pense qu’√† l’√©poque j’aurai √©t√© incapable de faire une explication seule. Mais c’est peut-√™tre cette impr√©gnation des m√©thodes par le bachotage qui m’a permis de parvenir en fac.

N°33
  Votre approbation me comble d’aise, quoique je sois conscient de la difficult√© de revenir en arri√®re. Je ne sais pas quel pourcentage d’une classe d’√Ęge atteignait le bac en 1964 ou en 1970. Cela devait √™tre fort peu, si je consid√®re que, le brave petit lyc√©e « nationalis√© » de gar√ßons d’√Čpernay o√Ļ j’√©tais alors n’ayant pas assez d’√©l√®ves en Terminale pour former trois classes (Philo, Sciences ex et Math √©lem), on avait d√Ľ (horresco referens !) y d√©porter les filles du Lyc√©e de filles, dont on √©tait vertueusement prot√©g√© depuis le CP. Cela vous donnait √† la terminale un petit parfum sulfureux, √©rotique et initiatique qu’on n’imagine plus √† pr√©sent, quand on voit des gamins de dix ans plus audacieux et moins romantiques que nous ne l’√©tions. Nous voil√† au seuil de l’√©criture autobiographique... La prochaine fois, nous √©voquerons l’enfer de Verdun.

N°34
  Mon exp√©rience du bac..... il y a fort longtemps... en mai 68. Cela devrait rappeler des souvenirs aux plus anciens d’entre nous.... A l’oral, puisqu’il n’y avait qu’un oral √† passer, j’ai d√Ľ faire l’explication lin√©aire (√† l’√©poque, on ne pouvait envisager autre chose et le but √©tait d’en dire le plus possible !!!!) d’une sc√®ne d’Andromaque de Racine : Acte 1, sc√®ne 3 - Par contre, j’avais d√©j√† √©t√© interrog√©e hors liste, puisque cette ann√©e l√†, nous avions √©tudi√© avec mon professeur Ph√®dre de ce m√™me Racine . Mais mon examinateur avait d√Ľ juger qu’une litt√©raire (√† l’√©poque, on √©tait encore des vrais litt√©raires avec latin et grec.... malgr√© la mont√©e en puissance des math√©matiques qui triompheront dans les ann√©es 70) avait assez de culture pour transf√©rer des connaissances d’une Ňďuvre sur l’autre. Je ne m’en √©tais pas trop mal tir√©e... gr√Ęce √† l’indulgence bien connue du jury de cette ann√©e l√†.

N°35
  J’esp√®re que je n’arrive pas trop tard pour apporter ma modeste pierre √† votre √©difice... Tr√®s bonne id√©e d’ailleurs, vraiment ! J’ai pass√© les oraux de l’E.A.F. en 1989, et j’ai travaill√© sur le po√®me « Allez plus doucement, √ī pas des heures sur mon toit » de SAINT JOHN PERSE, dans le recueil Amers, tir√© d’un groupement de textes intitul√© « Le Sommeil des amants », avec pour question d’ensemble « Le symbolisme du sommeil des amants ».


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  • [27] - La liste id√©ale (le bac de fran√ßais des professeurs de fran√ßais) - 26-05-2007 - par samy coppola

    Moi, j’ai inaugur√© le bac L en 1996 ; j’ai eu la r√©v√©lation de la litt√©rature en 1√®re. C’est gr√Ęce √† ma prof de fran√ßais et √† son enseignement que j’ai fait une fac de lettres et qu’√† pr√©sent je l’enseigne. Mais j’avais un d√©faut propre √† tous les ados : je ne travaillais que ce qui me plaisait. Une s√©quence m’avait ennuy√© : celle sur la critique de la guerre ; et ds ce groupement de textes, il y avait C√©line : Voyage au bout de la nuit. Ce texte m’√©coeurait : c’est le passage de l’obus, donc je n’ai pas r√©vis√© ce etxte. Et comme par hasard je suis tomb√© dessus. J’ai quand m√™me eu 14

  • Le forum est ouvert - 13-03-2006 - par Administrateur

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