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[379] - Les rapports entre auteur et metteur en scène

Il s’agissait de trouver un exemple qui illustrerait l’argument suivant :
« Un auteur peut être amené à monter lui-même sa pièce parce qu’il craint (ou parce qu’il est las) de voir son texte « trahi » par un metteur en scène. »

 

Suggestions des colistiers :

J’ai un vague souvenir d’un tel comportement de la part de Beckett, à propos de En attendant Godot.
En fait, en vérifiant dans un livre (En attendant Godot, collection Ellipses, par Christine Vuillard.), il s’avère que Beckett a rencontré Roger Blin en 1950 à l’occasion de la première mise en scène de la pièce. Ils deviennent amis, et Beckett participe très activement aux répétitions, ce qu’il fera constamment par la suite (il fait une grande confiance à Blin, pour sa fidélité à ses textes, et lui confie toutes ses mises en scènes). Il n’assiste pas à la Première mais y envoie Suzanne (sa femme), et adresse à Blin une lette exigeant la chute complète du pantalon d’Estragon, afin de « casser » la violente émotion créée par la scène.
[...] J’avais trouvé des choses intéressantes sur les consignes données par Beckett aux acteurs, avec des photos et toutes sortes de documents, dans une revue (mais laquelle ?).
Dans la bibliographie du livre de Christine Vuillard, on trouve une liste de revues portant toutes sur Beckett :
- Cahiers Renaud Barrault n°44 octobre 1963.
- Cahiers de l’Herne 1976.
- Critique éd. de Minuit, 1990.
- Revue d’esthétique hors série éd. JM Place, 1990.
- Revue Europe n° 770-771 juin juillet 1993.
Je suis à peu près sûre que c’est une de celles-ci [...]

Peut-être Brecht si l’on en croit J.P. AMETTE dans La Maîtresse de Brecht. Il s’occupait lui-même de la distribution et de la mise en scène.

Je viens de me creuser la tête sur votre question ... et là je me rends compte de mes lacunes (et en plus je fais une licence d’art du spectacle mention théâtre !!! ) alors j’ai eu de vagues souvenirs que j’ai voulu vérifier ... aucune confirmation ...pour Beckett.
Je me suis posé la question pour Brecht, peut-être peut-on se servir de la discussion sur la liste sur Yasmina Reza... vous pouvez vous appuyer sur les auteurs qui ont travaillé presque exclusivement avec un seul metteur en scène : Genet ou Giraudoux... mais là encore je marche sur des oeufs

En lisant ton message, une idée me vient à l’esprit...Je ne sais pas ce qu’elle vaut mais je te la communique. Dans le film Le Dernier métro si je ne m’abuse l’auteur monte lui-même sa pièce, caché dans la cave du théâtre, car en raison de la censure [...]

Je pense à Victor Hugo qui surveillait la mise en scène de Ruy Blas mais à une époque où « le metteur en scène » n’existait pas et qui modifiait décor et même texte -me souvient-il- en fonction de ce qu’il voyait. Ce n’est pas tout à fait votre cas de figure, puisse ma référence vous aider néanmoins !

Ce n’est pas exactement une réponse mais ç’est en rapport avec ce malentendu « auteur / metteur en scène » : il y a aussi la position de Michel Vinaver qui écrit en 1982 « Je commence à croire que ce que je fais est un théâtre d’écoute plus qu’un spectacle, un théâtre qui n’a pas trouvé de metteur en scène intéressé à basculer les hiérarchies, à privilégier la dimension auditive » avant de lancer en 1988 sa fameuse formule polémique sur « la mise en trop », « une valeur ajoutée » perçue comme aussi arrogante et intolérable que son homonyme fiscale. Pour compenser cette sourde colère, une certaine tendresse sera ostensiblement accordée aux lectures publiques, au pupitre ou à la table comme aux spectacles amateurs perçus comme moins étouffants pour l’écriture.
Et Michel Vinaver lui-même, lecteur expressif et convaincant, ne se prive pas de lire ses textes, même en lecture publique comme celle de la version intégrale (7 heures) de Par dessus bord le 20 septembre 1970 à La Chaux de Fonds).
(Sources : Théâtre aujourd’hui, N°8 « Michel Vinaver », CNDP, mai 2000, chapitre « Vinaver à la scène, le malentendu », p.62 sq.)

Pour ajouter quelque chose sur Vinaver et le théâtre amateur. Comme il était au programme des TL l’an passé, il a participé à quatre séminaires interacadémiques dont un organisé à Amiens où il assista à une séance de travail des élèves sur sa pièce Nina c’est autre chose que les élèves travaillaient avec des marionnettes à taille humaine. Très intéressé par cela, il a demandé à l’enseignant de poursuivre ce travail en condition semi-professionnelle avec l’atelier qu’il anime « en ville », et auquel participent à présent ses anciennes élèves, à présent bachelières. Ce travail sera présenté à Lille en juin dans le cadre des manifestations culturelles qui s’y déroulent cette année...(Cette réponse date de 2004).

Dans Notes et contre-notes, Ionesco donne des indications sur les représentations de sa pièce Les Chaises avec de multiples détails matériels, et rejette les velléités d’indépendance de ses metteurs en scène, notamment autour de la p.257 édition Folio : « Texte pour le programme du Théâtre du nouveau Lancry » : (il s’adresse à un metteur en scène)
« Vous avez voulu tout naturellement tirer la pièce à vous alors que vous deviez vous y abandonner ; le metteur en scène doit se laisser faire. Il ne doit pas vouloir quelque chose de la pièce, il doit s’annuler, il doit être un parfait réceptacle. Un metteur en scène vaniteux, voulant imposer « sa personnalité », n’a pas la vocation d’un metteur en scène. Tandis que le métier d’auteur, au contraire, demande que celui-ci soit vaniteux, imperméable aux autres, avec un ego hypertrophié... » Suit un nombre incroyable de détails techniques sur la mise en scène des Chaises.

Devoir à destination des élèves

La question posée sur la liste devait initialement m’aider à élaborer un corrigé de dissertation dont le sujet était : « Vous paraît-il déconseillé ou au contraire souhaitable qu’auteur et metteur en scène soient une seule et même personne ? Vous appuierez votre réponse sur les pièces que vous connaissez et votre expérience de spectateur. »
On trouve un modeste corrigé de ce sujet sur WebLettres (qui reste très en deçà de la qualité des réponses obtenues dans cette synthèse) : Corrigé de dissertation


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Corinne Durand Degranges

Professeur certifiée de lettres modernes au collège Jeanne d’Arc à Apt. Elle a travaillé comme pigiste pour le magazine Phosphore, a coécrit La Nouvelle Grammaire du collège (Magnard, 2007) et Le Jardin des lettres 6e et 5e (Magnard 2009, 2010). Elle fait partie de l’équipe de professeurs bénévoles de WebLettres.



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