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[378] - Comment conclure ?

Il s’agissait de savoir ce que l’on est en droit d’attendre dans une conclusion de lecture analytique.

 

Remarque préalable

La question posée sur la liste s’accompagnait d’une réflexion : « autant je trouve une certaine satisfaction à faire élaborer une introduction, autant la conclusion me met dans une situation d’inconfort. J’éprouve toujours des difficultés à faire comprendre aux élèves l’intérêt de cette ultime partie [...] je me demande s’il peut y avoir une justification au désintérêt que j’éprouve pour les conclusions ? Suis-je la seule à ne pas y trouver mon compte ?

Réponses des colistiers :

J’éprouve la même répugnance que vous à conclure une étude de texte ; pour ma part, je sais bien qu’on n’a jamais fini d’étudier un texte, s’il est digne de l’être, et que le commentaire, c’est-à-dire la lecture successive des générations et des individus sédimentés, est par nature infini. Comment conclure sans ridicule ? Un de mes professeurs, dans le temps, nous racontait avec amusement qu’il avait vu avant la guerre en Alsace, chez un rabbin, un « Diplôme de fin d’études rabbiniques » ; c’est la même chose, comment l’étude aurait-elle une autre fin, provisoire, que la mort ?
Pour revenir aux lettres, et à votre question : j’attends de l’élève qui conclut une étude qu’il sache se reformuler lui-même en quelques mots, ce sera un peu comme l’ancien résumé, et qu’il dise succinctement ce qui lui paraît important dans ce qu’il a trouvé ou dit. Il ne faut pas qu’il se répète, mais qu’il se reformule. Ensuite, qu’il relie l’étude du texte à l’objet d’étude que ce texte illustre, comment il l’illustre et ce qu’il apporte. Je ne vois pas ce qu’on peut demander de plus, sauf à attendre de certains élèves exceptionnels qu’ils sentent ce qu’a de provisoire l’exercice de conclusion. On peut avoir ce genre de bonne surprise.

Je ne peux pas vraiment vous dire pourquoi vous développez un symptôme particulier contre la conclusion (!), je peux simplement vous faire part de mon point de vue. Vous avez bien sûr déjà interrogé des élèves à l’oral, ils se taisent, vous ne savez pas s’ils cherchent leurs mots ou si l’explication est terminée ou ils s’arrêtent brutalement sur un « et voilà »... et on éprouve l’impression de quelque chose qui n’est pas fini, une sorte de vide.... Alors qu’il ne me paraît pas très difficile de leur demander de formuler une réponse brève à la question posée en introduction, reprenant le sens de leur démonstration puis de replacer cette réponse dans le groupement de texte ou l’œuvre intégrale avec quelque chose comme « c’est la même chose dans » .., « c’est exceptionnel car ».

Je leur demande toujours de dresser un bilan des différents axes en se servant des conclusions partielles, et de dresser l’(ou les) intérêt(s) du texte.

Je suis dans le même cas que toi, j’ai du mal avec les conclusions ! Du coup je n’en parle pas beaucoup. J’attends toujours la même chose : rappel des étapes, réponse à la problématique, éventuelle ouverture... je trouve ça généralement assez barbant, encore plus rhétorique que l’intro (que moi aussi j’aime bien). Je me souviens de mon prof de philo de Terminale et Hypokhâgne qui avait dit que la conclusion n’était pas indispensable (il l’avait intelligemment démontré d’ailleurs), j’ai souvent envie de dire la même chose aux élèves, mais bon, je me retiens...

Tu peux au moins leur demander de récapituler ce qu’ils ont (dé)montré, selon le grand principe cher aux formateurs :
- Dire qu’on va le dire (introduction)
- Le dire (développement)
- Dire qu’on l’a dit (conclusion)
Non ?...
C’est vrai que pour le reste, ce n’est jamais très évident !

J’avais sur mes petites fiches d’aide trouvé un truc si beau pour « conclure »
a) bilan de tout ce qui précède
b) appréciation positive sur la beauté du texte
c) confrontation avec une autre création artistique (texte d’une même école artistique, œuvre sur le même thème, autre texte du même auteur) permettant d’affirmer une préférence.
Comme ça fait « bac » toutes mes têtes apprécient. Et j’ai au moins ça ...

J’ai la même difficulté que vous à m’intéresser aux conclusions... Je consacre des heures de travail à l’introduction (et je n’exagère pas : heures étalées sur l’année) mais je n’ai pas du tout le même souci de la conclusion et me contente de :
1) d’un résumé des deux ou trois idées directrices (ou axes d’étude ou idées principales)
2) d’une phrase bilan : qu’a apporté ce texte à la connaissance de l’oeuvre ou de l’auteur, que leur a-t-il donc apporté généralement ?
3) un rapprochement avec un autre texte : étape la plus pertinente à mon sens et que, curieusement les élèves réussissent plutôt bien...
A l’oral, le temps presse et on vient d’entendre le plan ; alors l’étape 1 ne me semble pas indispensable.

Mes élèves rédigent souvent des conclusions et introductions à l’issue de l’étude d’un texte et, lorsqu’elles me semblent valables, je les dactylographie et les distribue à toute la classe. En voici un exemple, sur un texte de Montaigne.
Séquence 1 : « Je est un autre ou la complexité des genres (auto)biographiques »
MONTAIGNE, Essais, II, 6, « De l’exercitation » (1580).
Conclusion pour l’oral de français
Cet extrait des Essais est l’occasion pour Montaigne, non seulement de nous relater le terrible accident qui faillit lui coûter la vie, mais aussi et surtout de nous faire partager sa propre philosophie de la mort, philosophie d’autant plus digne d’estime qu’elle est issue d’une expérience vécue. En utilisant ainsi comme matériau littéraire sa propre vie, Montaigne se distingue d’emblée des autres écrivains de son époque et trace l’esquisse de ce qui deviendra plus tard, avec Rousseau, l’autobiographie.

Je suis également perplexe à propos de certains points de la conclusion. D’accord, il faut conclure en répondant à la question de la problématique (pas toujours simple....). Si je peux défendre l’idée de résumer clairement la démonstration qui vient de se construire dans le développement pour remettre sur la voie le correcteur éreinté après ces 120 copies, j’éprouve plus de difficultés à justifier la partie ouverture.
Qui plus est, quand on prépare les élèves à l’oral, j’ai souvent, faute de temps, l’habitude tenace d’éluder moi-même la conclusion... serait-ce révélateur de l’intérêt que je lui porte ?

Entièrement d’accord pour cette fameuse « ouverture » qui est censée conclure la conclusion. Il faut une sacrée maîtrise du domaine examiné pour suggérer une nouvelle piste d’étude. Je me rappelle que mes professeurs de khâgne nous interdisaient cette pratique avec la plus grande fermeté, je m’en suis gardé aux concours et je m’en porte fort bien. D’un point de vue strictement réglementaire, d’ailleurs, cette ouverture ne figure nulle part...

Et à moi qui prépare le concours (agrégation), on me reproche de ne pas la faire...
Pourtant, j’ai eu aussi des profs qui me l’ont déconseillée : rien de pire qu’une ouverture artificielle, balourde, qui tombe à plat, disaient-ils.

Moi ma difficulté à conclure va jusqu’à ne pas terminer et ne pas faire de conclusion....même le jour du capes [...] Tu n’aimes pas...Alors notre cher Freud dirait peut-être que tu n’aimes pas finir, terminer, angoisse de la fin, du début mais de quoi donc ? Ce qui est dit ne serait plus à dire, ce qui est fait est derrière, ce qui compte est devant, poursuivre, dévorer aller de l’avant ne plus répéter ne plus s’attarder, ne plus conjuguer au futur...

Je ressens le même malaise face aux conclusions en général. Sans doute parce que l’exercice est des plus complexes. Fin d’un travail, si celui-ci a été quelconque, la chute ne peut qu’être médiocre .Devant mes élèves je dis que la conclusion est un bilan de lecture, une réponse plus personnelle (plus engagée) s’il y avait une problématique, une justification de l’explication fournie. Dans l’idéal la conclusion serait une preuve de la pertinence du travail d’analyse ou de développement « j’ai quelque chose à dire à la fin de mon devoir car j’ai appris quelque chose grâce à ce travail ». Enfin pour convaincre de l’application artificielle ou ridicule de la consigne « monsieur j’ai pourtant bien mis une question à la fin de mon devoir ! » je rappelle la phrase « culte » de Michel Blanc dans les épisodes des Bronzés : « Je crois que j’ai une ouverture je vais pas tarder à conclure ! » or comme il ne conclut jamais...


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.

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Corinne Durand Degranges

Professeur certifiée de lettres modernes au collège Jeanne d’Arc à Apt. Elle a travaillé comme pigiste pour le magazine Phosphore, a coécrit La Nouvelle Grammaire du collège (Magnard, 2007) et Le Jardin des lettres 6e et 5e (Magnard 2009, 2010). Elle fait partie de l’équipe de professeurs bénévoles de WebLettres.



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