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Article : [306] - Catastrophes naturelles et littérature


dimanche 5 juin 2005

Par François Freby

Il s’agissait de constituer un groupement de textes sur les tremblements de terre, s√©ismes, catastrophes naturelles, etc.
Comment l’horreur, la d√©tresse humaine, comment la puissance hostile des ph√©nom√®nes naturels sont-elles d√©crites, selon quels points de vue, un syst√®me explicatif de ce Mal irrigue-t-il le texte, quelle est l’intention de l’auteur montrant ainsi la fragilit√© des Ňďuvres humaines devant la Nature, etc. ?

Remarques pr√©alables :
  L’ensemble des liens Internet de ce document ont √©t√© visit√©s le 10 mai 2005.
  La classification des textes n’a pas √©t√© d√©grossie et se veut avant tout fonctionnelle.

I. Formulation de la recherche initiale et éléments de problématique)

Le c√©l√®bre « Po√®me sur le d√©sastre de Lisbonne » de Voltaire a peut-√™tre √©t√© travaill√© en classe √† l’occasion funeste du Tsunami d’Asie, tant les mots de Voltaire peuvent l√©gender les images que nous avons vues de la catastrophe.
On peut envisager de constituer un groupement de textes sur les tremblements de terre, s√©ismes, catastrophes naturelles, etc. Comment l’horreur, la d√©tresse humaine, comment la puissance hostile des ph√©nom√®nes naturels sont-elles d√©crites, selon quels points de vue, un syst√®me explicatif de ce Mal irrigue-t-il le texte, quelle est l’intention de l’auteur montrant ainsi la fragilit√© des Ňďuvres humaines devant la Nature, etc. ?
Hormis le po√®me de Voltaire √©voqu√© ci-dessus et le passage de Candide relatif au m√™me s√©isme, connaissez-vous d’autres textes ?

II. Collection de textes correspondant à la requête

A. La catastrophe naturelle dans le récit mythique
  « Le D√©luge »
C’est dans la tradition babylonienne qu’appara√ģt la premi√®re version de ce mythe. Les inondations impressionnantes de l’Euphrate pourraient en √™tre la source d’inspiration. Le r√©cit biblique (Gn 6 √† 9) participe de la s√©rie des textes d√©ployant l’id√©e d’alliance de Dieu et des hommes. La Bible ne pr√©sente pas un Dieu d√©truisant le monde de fa√ßon arbitraire mais sanctionnant la m√©chancet√© des hommes. D’ailleurs, le personnage central du r√©cit, le juste No√©, est √©pargn√©. Un arc-en-ciel constituera le signe de la nouvelle Alliance instaur√©e par Dieu avec tous les √™tres vivants. (Paragraphe r√©dig√© d’apr√®s l’article « D√©luge » du Dictionnaire culturel de la Bible, √©dition Marabout, 1990)
Lire un extrait de la Bible, « No√© entre dans l’arche. Le d√©luge inonde la terre. »
Quelques lignes de cette page web :
« Le Seigneur dit ensuite √† No√© : Entrez dans l’arche, vous et toute votre maison, parce que entre tous ceux qui vivent aujourd’hui sur la terre, j’ai reconnu que vous √©tiez juste devant moi. [...] Toutes les cr√©atures qui √©taient sur la terre, depuis l’homme jusqu’aux b√™tes, tant celles qui rampent que celles qui volent dans l’air, tout p√©rit ; il ne demeura que No√© seul, et ceux qui √©taient avec lui dans l’arche. Et les eaux couvrirent toute la terre pendant cent cinquante jours. »

  « L’Apocalypse »
L’apocalypse est un genre litt√©raire en vogue dans le monde juif entre le IIe si√®cle av. J.C. et le Ier si√®cle apr. J.C. « Sous le nom de Jean (longtemps identifi√© avec l’ap√ītre), le dernier livre du Nouveau Testament d√©crit, avec une extraordinaire profusion de symboles, le combat des forces du mal contre les fid√®les du Christ, jusqu’√† la victoire finale de celui-ci et l’av√®nement de la J√©rusalem c√©leste » (article « Apocalypse », Dictionnaire culturel du christianisme, Nathan, 1994).
Lire l’Apocalypse de Jean
Quelques lignes de cette page web :
« [...] il se fit un grand tremblement de terre, et le soleil devint noir comme un sac de crin, et la lune devint comme du sang. Et les √©toiles du ciel tomb√®rent sur la terre, comme un figuier, agit√© par un grand vent, jette ses figues vertes. Et le ciel se retira comme un livre qu’on roule ; et toutes les montagnes et les √ģles furent √īt√©es de leurs places. »

B. La catastrophe naturelle dans le récit historique
  Les Lettres de Pline le Jeune sur Pomp√©i (Pline le Jeune, Lettres, tome II, Livres IV-VI)
Des informations assez d√©taill√©es sur l’√©ruption nous sont parvenues gr√Ęce √† deux lettres que Pline le Jeune, √Ęg√© de 17 ans lors de la catastrophe, a √©crites √† son ami, l’historien Tacite. Celui-ci avait demand√© des d√©tails sur la mort de son ami, Pline l’Ancien, survenue lors de l’√©ruption « afin d’en transmettre fid√®lement le r√©cit √† la post√©rit√© » (VI, 16). Ce t√©moignage √©crit est le premier document historique concernant un volcan. Du fait que Pline le Jeune en a livr√© une description quasi scientifique, ce type d’√©ruption est d√©sormais qualifi√©e de « plinienne ». Le jeune Pline n’assista donc pas directement √† la catastrophe mais observa les ph√©nom√®nes depuis le Cap Mis√®ne, √† l’extr√©mit√© nord de la Baie de Naples, o√Ļ il r√©sidait avec son p√®re adoptif.
Ce paragraphe est extrait de la page web qui propose également des fragments de ces lettres.
Lire des extraits des lettres de Pline le Jeune √† Tacite, sur l’√©ruption du V√©suve en 79 apr√®s J.-C :
Quelques lignes de cette page web :
« A ce moment, de la cendre, mais encore peu serr√©e ; je me retourne : une tra√ģn√©e noire et √©paisse s’avan√ßait sur nous par derri√®re, semblable √† un torrent qui aurait coul√© sur le sol √† notre suite. [...] On entendait les g√©missements des femmes, les vagissements des b√©b√©s, les cris des hommes ; les uns cherchaient de la voix leur p√®re et leur m√®re, les autres leurs enfants, les autres leurs femmes, t√Ęchaient de les reconna√ģtre √† la voix. Certains d√©ploraient leur malheur √† eux, d’autres celui des leurs. Il y en avait qui, par frayeur de la mort, appelaient la mort. Beaucoup √©levaient les mains vers les dieux ; d’autres, plus nombreux, pr√©tendaient que d√©j√† il n’existait plus de dieux, que cette nuit serait √©ternelle et la derni√®re du monde. »

C. La catastrophe naturelle dans la poésie didactique
  Po√®me de Voltaire sur le d√©sastre de Lisbonne ou examen de cet axiome ; « Tout est bien » (1756)
Lire la pr√©face de ce po√®me et son texte int√©gral :
Quelques lignes de cette page web :
« O malheureux mortels ! √ī terre d√©plorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs √©ternel entretien !
Philosophes tromp√©s qui criez : "Tout est bien"
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entass√©s,
Sous ces marbres rompus ces membres dispers√©s ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours ! »

D. La catastrophe naturelle dans le conte philosophique
  Candide de Voltaire (1759)
Les aventures de Candide sont rythm√©es par les malheurs, dont les catastrophes naturelles du chapitre cinqui√®me : « Temp√™te, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur Pangloss, de Candide, et de l’anabaptiste Jacques ».

E. La catastrophe naturelle dans le roman historique
  Les Derniers jours de Pompe√Į de Edward Bulwer-Lytton (1834)
Au XVIIIe si√®cle, des fouilles arch√©ologiques mettent √† jour les ruines d’Herculanum et de Pomp√©i. Ces deux riches cit√©s romaines avaient √©t√© ray√©es de la carte par l’√©ruption du V√©suve en 79 apr√®s J√©sus-Christ. Edward Bulwer-Lytton (1803- 1873) s’inspire de cette trag√©die et fait revivre les fastes de l’empire romain dans ce somptueux roman historique. (Pr√©sentation de l’√©diteur Hemma, 2002)

F. La catastrophe naturelle dans la nouvelle naturaliste
  « L’inondation » d’Emile Zola, texte publi√© initialement dans le recueil de nouvelles Le Capitaine Burle (1882)
La nouvelle "L’Inondation » figure en collection « Librio », dans le recueil de nouvelles La Mort d’Oliver B√©caille.
Louis Roubieu, agriculteur, 70 ans est n√© √† Saint-Jory pr√®s de Toulouse en amont de la Garonne. Apr√®s s’√™tre battu pendant des ann√©es pour cultiver ses r√©coltes et s’occuper de sa ferme, il est maintenant le fermier le plus riche de toute sa ville et envisage d’investir sur d’autres terrains qu’il aimerait cultiver. Il a agrandi la maison pour pouvoir y installer sa femme, son fr√®re, sa sŇďur, ses enfants et ses petits enfants, ou ils vivent heureux avec leurs bonnes r√©coltes. Leur destin va basculer. (Pr√©sentation de l’√©diteur)
Lire un extrait de la nouvelle (il s’agit de la fin de la nouvelle) >
Quelques lignes de cette page web :
« Maintenant l’eau atteignait les tuiles ; le toit n’√©tait plus qu’une √ģle √©troite √©mergeant de la nappe immense. Alors commen√ßa l’assaut. Jusque l√†, le courant avait suivi la rue ; mais les d√©combres qui la barraient le d√©tourn√®rent sur nous. D√®s qu’une √©pave, une poutre, passait √† proximit√©, il la prenait, la balan√ßait, puis la pr√©cipitait contre la maison, comme un b√©lier. Bient√īt, dix, douze poutres nous attaqu√®rent ainsi √† la fois, de tous les c√īt√©s. Par moment, √† certains chocs plus durs, nous pensions que c’√©tait fini, que les murailles s’ouvraient et nous livraient √† la rivi√®re. Le village d√©truit ne montrait plus autour de nous que quelques pans de murailles. Au loin ronflait la coul√©e √©norme des eaux. »

G. La catastrophe naturelle dans le roman d’aventure
  Le volcan d’or de Jules Verne (1906)
Ben et Summy apprennent qu’ils sont l√©gataires d’une parcelle de terrain au Klondike. Afin de savoir si celle-ci renferme de l’or, ils d√©cident de se rendre sur place. Le volcan d’or est mieux qu’un roman d’aventures : il offre une description saisissante de la vie quotidienne des chercheurs d’or, des cit√©s champignons qu’ils √©rigent, des fl√©aux qu’ils devront vaincre avant de se mesurer √† l’ennemi le plus redoutable : la nature toute-puissante. (Extrait de la description de l’√©diteur Gallimard)
Lire une √©tude « Repr√©sentation des catastrophes naturelles dans la litt√©rature : Le volcan d’or, de Jules Verne »
Quelques lignes de cette page web :
« Les Ňďuvres de fiction qui int√®grent dans leur intrigue une catastrophe - comme p√©rip√©tie ou bien comme th√®me principal - constituent un champ d’√©tude int√©ressant lorsqu’on veut traiter de la repr√©sentation et de la perception du risque. Il n’y a qu’√† consid√©rer par exemple la masse de fictions relatant une catastrophe atomique plus ou moins importante pour se rendre compte √† quel point ces Ňďuvres cristallisent certaines angoisses ou certains d√©sirs, m√™me si elles sont parfois de l’ordre du fantasme extravagant. En retour, elles nourrissent l’imaginaire collectif. Elles peuvent donc nous renseigner sur l’√©volution de la perception non seulement du risque, mais encore de ce qui se joue lors d’une catastrophe. Car, si on ne s’arr√™te pas sur les aspects divertissants de ce type d’Ňďuvres litt√©raires (suspense, aventure, etc.), on constate en effet que celles-ci permettent la mise en sc√®ne d’une question qui hante l’homme, √† savoir celle de son rapport souvent "tendu" avec la nature et de la place qu’il occupe au sein de celle-l√† : en est-il le ma√ģtre, ou n’est-il qu’un √©l√©ment n√©gligeable et √©ph√©m√®re d’un tout qui le d√©passe ? [...] Le volcan d’or comporte trois sc√®nes de cataclysme : un tremblement de terre, une temp√™te de neige, et enfin une √©ruption volcanique - provoqu√©e par l’ing√©nieur Ben Raddle afin de vider le volcan des p√©pites qu’il contient. »

H. La catastrophe naturelle dans l’√©pop√©e cr√©ole
  Texaco de Patrick Chamoiseau (1992)
On peut lire dans ce livre le r√©cit de la catastrophe naturelle qui a ravag√© la Martinique le 8 mai 1902, r√©duisant en cendres la ville de Saint Pierre. En effet, le 8 mai 1902, l’√©ruption du volcan de la montagne Pel√©e provoque la disparition de la ville de Saint-Pierre et de ses 30 000 habitants.
Quelques mots sur Patrick Chamoiseau : « En 1986 il publie son premier roman, Chronique des sept mis√®res, o√Ļ il raconte l’exp√©rience collective des djobeurs et √©tale son invention d’un nouveau style linguistique, un langage hybride accessible aux lecteurs de la M√©tropole qui contient n√©anmoins les valeurs socio-symboliques du cr√©ole, la provocation et la subversion. Par la suite appara√ģt son deuxi√®me roman Solibo magnifique (1988), livre qui d√©veloppe les th√®mes de la recherche d’une identit√© martiniquaise par les pratiques culturelles du pass√©. Il est par son troisi√®me roman pourtant que Chamoiseau √©clate sur la sc√®ne internationale. Texaco (1992), grande √©pop√©e, raconte les souffrances de trois g√©n√©rations, d’abord sous l’esclavage, puis pendant la premi√®re migration vers l’Enville, enfin √† l’√©poque actuelle. Texaco gagne le Prix Goncourt et √©tablit Chamoiseau comme la vedette du mouvement cr√©oliste. » (Lire le texte ici)

I. La catastrophe naturelle dans le roman d’anticipation

  10 sur l’√©chelle de Richter (1999) est un roman d’anticipation de Arthur C. Clarke et Mike Mc Quay.
Lewis Crane a surv√©cu √† un terrible s√©isme tellurique o√Ļ ses parents ont trouv√© la mort. Dans cette √©preuve, il a acquis le pouvoir de sentir le tremblement de terre et m√™me l’endroit o√Ļ il frappera. Sa haine farouche de ce mal, alli√©e √† cette prescience, fait qu’il va devenir une sorte de gourou voulant √©radiquer ces catastrophes naturelles en utilisant les bombes atomiques, devenues inutiles pour la guerre. Arthur C. Clarke, l’un des derniers grands ma√ģtres de l’√Ęge d’or de la SF, continue √† nous passionner avec ce roman d’anticipation. (Critique par Alain Grousset, revue Lire, juin 1999)

III. Ressources diverses pour approfondir les questions et préparer une séquence

A. Autres romans...

Pour les petites sŇďurs et les petits fr√®res des √©l√®ves :
  Alerte ! L’ouragan, par Jack Dillon, Fr√©d√©rique Revuz. Roman junior 9-12ans (Edition Broch√©, collection « Biblioth√®que verte », 2000).
On avait d√©j√† eu tr√®s peur en d√©cembre dernier, lors de la temp√™te, mais ce n’√©tait rien par rapport √† ce r√©cit √† faire fr√©mir d’horreur. But√© et s√Ľr de lui, le p√®re de Jason d√©cide de rester √† la maison malgr√© les recommandations des autorit√©s. Quand survient l’ouragan... Sp√©cialiste des catastrophes naturelles, Jack Dillon raconte jusqu’aux moindres d√©tails. On y croit, on y est. Terrifiant ! (Critique par Laurence Liban, revue Lire, juin 2000)

  Alerte ! Le tremblement de terre, par Jack Dillon. Roman junior 9-12ans (Edition Broch√©, collection « Biblioth√®que verte », 2000).
Tandis qu’ils gravissent la montagne, Ben et Carly ressentent soudain une atmosph√®re √©trange. Soudain, un tremblement de terre se produit. Pris de panique, ils tentent de rejoindre leur village. Lorsqu’ils arrivent, tout est sous les d√©combres... (Mot de l’√©diteur)

B. Colloques, expositions, parutions savantes, groupes de recherche universitaire

  Ren√© Favier et Anne-Marie Granet-Abisset (Dir.), R√©cits et repr√©sentations des catastrophes depuis l’Antiquit√©, MSH-Alpes, janvier 2005.
Si un √©v√©nement peut √™tre catastrophique pour les populations qui en sont victimes, c’est dans bien des cas par le discours que l’on a tenu sur lui, qu’il prend - ou non - un statut de catastrophe. Par la mani√®re dont ils sont construits et pr√©sent√©s, ces r√©cits ne se limitent pas √† rendre compte des √©v√©nements survenus : ils sont l’expression de la fa√ßon dont les soci√©t√©s ont v√©cu avec la menace, acceptent ou occultent le risque. Depuis l’Antiquit√©, avec des mots parfois identiques, ces r√©cits, tant vernaculaires qu’√©rudits, et l’iconographie qui peut les accompagner, ont fait de la catastrophe un th√®me r√©current traversant toutes les p√©riodes et tous les pays. Cet ouvrage propose, √† travers des contributions issues d’un colloque organis√© √† Grenoble en avril 2003, une s√©rie d’√©clairages sur ces questions, via des exemples tr√®s vari√©s aussi bien dans le temps (depuis l’Antiquit√© jusqu’√† l’√©poque contemporaine) que sous l’angle des √©v√©nements consid√©r√©s (avalanches, inondations, temp√™tes, s√©ismes...) et des "m√©dias" par lesquels passent ces discours et repr√©sentations (bas-reliefs, presse, litt√©rature, sermons, films, photographies...) (Pr√©sentation de l’√©diteur)
Sommaire de l’ouvrage et r√©sum√© des articles (et formulaire pour le commander) :

  Gr√©gory Quenet, Les tremblements de terre en France aux 17√®me et 18√®me Si√®cles,
Champ Vallon, mars 2005.
Cet essai √©tudie √† travers des documents d’archives et des reconstitutions de s√©ismes anciens, l’√©volution de la perception en France des s√©ismes, de leurs causes, de leur symbolique, du degr√© d’acceptation par les populations des catastrophes naturelles et de leurs cons√©quences, etc.

  Exposition « Quelle catastrophe ! L’invention du d√©sastre m√©diatique » √† l’Espace Patrimoine
de la Bibliothèque de la Part-Dieu, 69003 Lyon, du 20/01/2005 au 07/05/2005.
Pour d√©signer les √©v√©nements malheureux et impr√©vus, le discours journalistique a aujourd’hui une √©chelle dont le mot « catastrophe » occupe l’√©chelon sup√©rieur, au-dessus de « drame » et de « trag√©die ». Il n’en a pas toujours √©t√© ainsi. D’abord parce qu’il a fallu attendre le XVIIIe si√®cle pour que la presse s’√©veille vraiment au formidable pouvoir d’attraction des d√©sastres en tous genres ; ensuite parce que le mot « catastrophe » n’a eu longtemps que son sens technique de « dernier et principal √©v√©nement d’une trag√©die ». Un des premiers √† employer le mot dans son sens nouveau est Usbek dans les Lettres persanes (1721) : « Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particuli√®res, si commune chez les historiens, qui ont d√©truit des villes et des royaumes entiers : il y en a de g√©n√©rales, qui ont mis bien des fois le genre humain √† deux doigts de sa perte. »
Comme tous les si√®cles, celui des Lumi√®res a √©t√© marqu√© par des catastrophes : peste de Marseille en 1720, tremblement de terre de Lisbonne en 1755, de Messine en 1783 ; √©ruptions, inondations, incendies vari√©s. Mais la nouveaut√© est que ces √©v√©nements sont l’objet d’une publicit√© sans pr√©c√©dent, et d’une exploitation artistique in√©dite.
√Ä propos des inondations, Roland Barthes a montr√© comment elles peuvent √™tre productrices d’euphorie : « L’Arche est un mythe heureux : l’humanit√© fait sortir du malheur m√™me l’√©vidence que le monde est maniable. » Ce principe est √† l’Ňďuvre dans la monumentale Arche de No√© due √† l’imagination d’Athanasius Kircher (1675). Les repr√©sentations textuelles ou visuelles des volcans et des tremblements de terre h√©sitent elles aussi entre l’espoir d’un contr√īle par la raison et le cŇďur (pompes √† incendie, organisation de la charit√©), la terreur sacr√©e, et le plaisir esth√©tique du spectacle sublime. √Ä propos de la d√©b√Ęcle de la Sa√īne, un journaliste de 1789 s’exclame : « Je ne sais s’il s’est vu un spectacle si propre √† consterner, et en m√™me temps plus digne d’admiration : on peut le dire, c’√©tait une belle horreur. » Au th√©√Ętre, on aime √† repr√©senter des catastrophes r√©elles ou fictives : Le Tremblement de terre de Lisbonne, de Marchand d√®s 1755 ; L’Incendie du Havre, fait historique en un acte, de Desfontaines en 1786, ou encore le Jugement dernier des rois de Sylvain Mar√©chal et son volcan r√©volutionnaire de 1793.
Les catastrophes sont √©galement l’objet d’une intense r√©cup√©ration id√©ologique. Bien avant que le mar√©chal de Mac-Mahon ne prononce son fameux « Que d’eau ! Que d’eau ! » devant les crues de la Garonne en 1875, les chefs d’√Čtat avaient compris que leur place √©tait autant sur le lieu des d√©sastres que sur les champs de bataille. L’√Čglise n’est pas en reste : une affiche repr√©sente l’archev√™que de Lyon sauvant un enfant emport√© par les flots de la Sa√īne en 1840. (Ces trois paragraphes sont des extraits de la pr√©sentation de l’exposition)
  Colloque international « √Čcrire la catastrophe au XVIIIe si√®cle », Lyon 20-22 janvier 2005 colloque organis√© par le Centre d’√©tudes du XVIIIe si√®cle (L’UMR LIRE, universit√© Lumi√®re-Lyon 2) en parall√®le (et pour le lancement) de l’exposition « QUELLE CATASTROPHE ! L’invention du d√©sastre m√©diatique ».
Pr√©sentation du colloque) :
Le « d√©sastre de Lisbonne » a marqu√© le XVIIIe si√®cle : l’histoire des id√©es, des sciences et de la litt√©rature en t√©moignent (les √©chos de cet √©v√©nement chez Voltaire et Rousseau, entre autres ont beaucoup √©t√© √©tudi√©s). En 2005, ann√©e des 250 ans de cet √©v√©nement, nous souhaitons nous interroger sur un th√®me large qu’il appelle : la catastrophe (entendue au sens moderne). L’appel √† communication d√©crit ainsi ce projet :
√Ä partir d’un travail en cours sur la grande peste de Marseille de 1720 et √† l’occasion du 250e anniversaire du tremblement de terre de Lisbonne, le Centre d’√©tude du XVIIIe si√®cle de Lyon (UMR LIRE), en collaboration avec l’universit√© de Gen√®ve, propose une r√©flexion plus large sur l’id√©e de catastrophe au si√®cle des Lumi√®res.
On prendra « catastrophe » dans une acception d√©lib√©r√©ment anachronique qui comprend en partie celles de « d√©sastre » et de « calamit√© » : un √©v√©nement naturel inattendu, m√™me s’il peut √™tre r√©current, qui, dans un temps limit√©, bouleverse toutes les classes d’une soci√©t√© (s√©isme, √©ruption, inondation, incendie, √©pid√©mie....).
Moins « fin malheureuse » que commencement, la catastrophe ainsi entendue est d’abord productrice de d√©sordre mais aussi d’un nouvel ordre, celui du discours, que l’on pourra aborder selon trois axes : la circulation de l’information (officielle ou non) ; les repr√©sentations (imm√©diates ou diff√©r√©es) ; l’explication et l’exploitation id√©ologiques.
Le th√®me du colloque, qui int√©resse le monde contemporain au moins autant que celui du XVIIIe si√®cle, s’adresse √† un public nombreux, notamment √† travers la conf√©rence de Jean-Pierre Dupuy que nous invitons √† la biblioth√®que municipale de Lyon pour l’inauguration de l’exposition que nous organisons sur le th√®me du colloque.
Programme du colloque

  D√©bat organis√© √† Blois en 2001 : « Du d√©luge au r√©chauffement de la terre : les catastrophes naturelles dans l’histoire »
Comptes rendus du d√©bat :
Académie de Rouen
Acad√©mie d’Aix Marseille
  GRESIL : Groupe de Recherche sur l’Indicible en Litt√©rature
Responsable : J.-P. Goldenstein, Professeur de Litt√©rature fran√ßaise, Universit√© du Maine,
Jean-Pierre.Goldenstein@univ-lemans.fr
Le Groupe de Recherche sur l’Indicible en Litt√©rature (GRESIL) entend mener des recherches sur les diff√©rentes formes langagi√®res de l’extr√™me. L’√©tude de l’" extr√™me " vise √† comprendre comment des scripteurs confront√©s √† une exp√©rience limite ont cherch√© √† √©crire l’in-scriptible. Par exp√©riences limites on entend des catastrophes naturelles (peste, s√©isme, √©ruption volcanique...), des massacres (guerres de religion, carnages, violations de la loi...), des r√©volutions (1848, Commune...), les formes modernes de g√©nocides (litt√©rature de la Shoah...), etc. A contrario ce travail permettra de d√©gager, √©poque par √©poque, les principales pratiques norm√©es du dicible, de l’inscriptible. Ce travail prendra pour objet aussi bien des formes litt√©raires que non-litt√©raires (√©nonc√©s fonctionnels, √©crits juridiques, historiques, politiques, etc.) et adoptera une dimension tant diachronique (de l’Antiquit√© √† nos jours) que transnationale. (Information publi√©e sur le site Fabula en d√©cembre 2000)

C. Une catastrophe majeure, mais bien oubli√©e : dans les √ģles de la Cara√Įbe

Je restitue int√©gralement le message d’un colistier, Claude Thi√©baut.

Une catastrophe majeure, mais bien oubliée.
Il s’agit d’un tremblement de terre. Jusqu’√† celui du Chili en 1960, ce fut le plus fort qui ait frapp√© les Am√©riques. Il a entra√ģn√© des d√©g√Ęts dans toutes les √ģles de la Cara√Įbe. L’√©picentre se situait en effet en mer, face √† la Guadeloupe, c√īt√© Atlantique, devant la ville du Moule. C’√©tait le mercredi 8 f√©vrier 1843, en fin de matin√©e.
Effondrement de la plupart des b√Ętiments en pierre dans la Grande-Terre, notamment les moulins du P√®re Labat (qui travaillaient la canne √† sucre), effondrement de la plupart des b√Ętiments publics et maisons en pierre de Pointe-√†-Pitre. Pas de tsunami mais un incendie √† Pointe-√†-Pitre (15.000 habitants) va d√©truire la plupart des maisons de bois, d’o√Ļ plusieurs centaines de personnes br√Ľl√©es vives, prisonni√®res des d√©combres, pi√©g√©es dans des impasses, etc. Traumatisme √©norme. Attitude exemplaire du Gouverneur, Augustin Gourbeyre, ainsi que du Maire de la ville, Champy, et de son premier adjoint, Anatole L√©ger (le grand-oncle du futur Saint-John Perse). Bilan : on ne sait pas trop. Les chiffres qui circulent alors sont exag√©r√©s (3.000 morts), mais c’est que le traumatisme a √©t√© √©norme.
Vous voulez tout savoir ou presque, sans rien chercher :
Lire La Pointe-√†-Pitre n’existe plus !, collectif, dirig√© par Jacqueline Picard, paru 2003 en Guadeloupe aux √©ditions Caret, BP 165, 97190-Gosier, ISBN : 2-912849-05-5. Sous-titre : Relations du tremblement de terre de 1843 en Guadeloupe. Plan th√©matique. Illustrations. Index.
A noter, pour les litt√©raires, le chapitre "Le verbe inspir√© des po√®tes". C’est une anthologie de textes en vers et en prose consacr√©s √† l’√©v√©nement. On y trouve, au milieu de parfaits inconnus, Jules Verne et Saint-John Perse (pour "Histoire du r√©gent", qui est une √©vocation masqu√©e mais tr√®s document√©e de la catastrophe) : on a br√Ľl√© les cadavres sur la Place de la Victoire, on en a pr√©cipit√© √† la mer, ou dans des fosses communes au Morne-√†-Savon, etc.).
Vous voulez associer les √©l√®ves √† la recherche :
Tous les journaux et revues de m√©tropole, du jour o√Ļ l’information y parvient (√† partir du 11 mars 1843), consacrent des articles √† l’√©v√©nement. L’Illustration, qui vient d’√™tre lanc√©e (le 1er mars), inaugure le 15 mars la page de Une qui fondera son succ√®s, avec grande gravure de la ville en feu.

Possibilit√© d’un travail interdisciplinaire :
  dimension scientifique : √©picentre, hypocentre, magnitude, intensit√©, √©chelles de Richter et autres...
  l’√©volution des m√©dias : gros titres, illustrations, surench√®re et concurrence entre tous les journaux.
  avec les linguistes : la catastrophe dans la presse internationale.
  dimension √©conomique : la catastrophe est "providentielle" pour les promoteurs des "Usines centrales" qui, de fait, vont remplacer les vieux moulins de pierre.
  dimension √©conomique et politique : √† un moment o√Ļ il est question au Parlement de fermer les usines de sucre en France (sucre « indig√®ne », = de betterave) pour favoriser le sucre antillais ; c’est le projet du Roi, il ne passera pas.
  dimension politique et sociale : la marche vers l’abolition de l’esclavage sous Louis-Philippe (nombreux affranchissements, car les esclaves ont eu une attitude admirable, aucun pillage, ma√ģtres blancs sauv√©s par des esclaves ; contre-argumentation : pourquoi les √©manciper, leur comportement montre bien que les bons esclaves aiment leurs bons ma√ģtres).
  dimension politique internationale : les relations « horizontales » (secours importants, imm√©diatement envoy√©s par les colonies voisines, anglaises, espagnoles, danoises, am√©ricaines, etc.), met √† mal le lien privil√©gi√© avec la France (r√©gime de l’Exclusif).
  dimension religieuse : exploitation dans toutes les √©glises de France sur fond d’immoralit√© vaincue par Dieu, qui est bon et juste m√™me si ses desseins sont imp√©n√©trables. Argumenter, convaincre...
  dimension patrimoniale : reconstruction de la ville selon un plan am√©lior√©, reconstruction de l’actuelle √©glise Saint-Pierre et Saint-Paul avec mise en Ňďuvre de la technique Eiffel (structure m√©tallique).
  dimensionraciale : hommage unanime, par del√†les classes et les « races », au Gouverneur Gourbeyre, un Auvergnat, pour son r√īle d√©terminant dans la gestion des secours et le red√©marrage de la vie sur l’√ģle ; hommage de toute la population lors de sa mort deux ans plus tard, en juin 1845 ; encore une manifestation d’unanimit√© lors de l’inauguration de sa statue, en 1847... Comment n’y pas voir une des explications du fait que l’abolition officielle de l’esclavage, en 1848, se passera en Guadeloupe sans probl√®me majeur, √† l’inverse des drames que conna√ģtra la Martinique ?
  question sur la m√©moire et le travail des historiens : pourquoi l’√©ruption de la Montagne Pel√©e et la destruction de Saint-Pierre en mai 1902, en Martinique, ne sont-elles jamais sorties des m√©moires ? D’o√Ļ un colloque en 2002, d’o√Ļ d’innombrables publications, alors que jusqu’√† ces derni√®res ann√©es, la catastrophe de 1843 en Guadeloupe est pass√©e aux oubliettes. Elle n’a commenc√© √† en sortir qu’en 1987 (m√©moire de ma√ģtrise d’histoire √† l’Universit√© des Antilles-Guyane, communication au colloque Saint-John Perse).
Tant et tant d’autres aspects √† explorer.
Un lien (GHC)
Un autre (forum du Monde)
J’envoie en priv√© √† qui me le demande les documents dont je dispose. Merci de bien pr√©ciser votre demande. Claude Thiebaut


Ce document correspond √† la synth√®se de contributions de coll√®gues professeurs de lettres √©chang√©es sur la liste de discussion Profs-L ou en priv√©, suite √† une demande initiale post√©e sur cette m√™me liste. Cette compilation a √©t√© r√©alis√©e par la personne dont le nom figure dans ce document. Ce texte est prot√©g√© par la l√©gislation en vigueur. Fourni √† titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, il est prot√©g√© par les droits d’auteur en vigueur. Toute rediffusion √† des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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