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- 24-01-2014: [115] - Un poème d’amour pour un mariage
- 01-11-2004: Le forum est ouvert

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[115] - Un poème d’amour pour un mariage

Nous enseignons la poésie mais heureusement elle vit aussi en dehors de nous et de façon très agréable. Mais il n’est pas toujours facile de trouver le texte adéquat. Ici, il s’agit de dire un poème à un mariage.

 

Fausses pistes

Pas facile en effet... A feuilleter les anthologies, on pourrait croire qu’en un millénaire et demi, aucun poète n’a eu l’idée de dire « je t’aime » au présent, « tout va bien et je suis heureux », ce qui convient à un mariage. Même des poèmes superbes ne conviennent pas forcément pour la circonstance :

-  ADAMEK, "Les commandements du Maître à marier" dans Le Fusil à Pétales ne s’adresse qu’à l’époux et pour se marier, il faut être deux et, -dans la presque totalité des cas- il s’agit non seulement d’un homme mais aussi d’une femme.

-  APOLLINAIRE, Poèmes à Lou : uniquement si le promis s’apprête à partir à la guerre. Pour la même raison, j’ai écarté de nombreux poèmes d’Aragon, trop marqués par l’époque.

-  BRETON, « Ma femme » dans L’Union Libre. Je l’ai fait étudier en classe et les élèves ne l’ont pas apprécié, le trouvant, à tort peut-être, trop prosaïque.

-  C. Van LERBERGHE, « Pardonne-moi » dans La Chanson d’Ève, 1904 mais chaque strophe commence par « pardonne moi » et pour une vie commune de mariés, cela commence mal si l’on a déjà à se faire pardonner.

Pardonne-moi, ô mon Amour,
Si mes yeux pleins de toi ne te voient pas encore,
Si je m’éveille en ta splendeur,
Sans la comprendre, comme une fleur
S’éveille dans l’aurore

Pardonne-moi si mes yeux aujourd’hui
Ne te distinguent de la lumière,
S’ils ne séparent ton sourire
De leurs pleurs éblouis.

Pardonne-moi, si je t’écoute
Sans t’entendre, et ne sais pas
Si c’est toi, mon amour, qui parles,
Ou mon cœur qui gémit tout bas

Pardonne-moi, si tes paroles
Autour de mes oreilles volent,
Comme des chants dans les airs bleus,
Ou l’aile du vent dans mes cheveux.

Pardonne-moi, si je te touche
Dans le soleil, ou si ma bouche,
En souriant, sans le savoir,
T’atteint dans la fraîcheur du soir ;

Pardonne-moi, si je crois être
Près de toi-même où tu n’es pas,
Si je te cherche, lorsque peut-être
C’est toi qui reposes dans mes bras.

-  MOZART, Lieder, « Oiseaux, si tous les ans... » mais il y est dit que, la saison des amours passée, on va chercher ailleurs. Ce n’est peut-être pas à dire le jour d’un mariage.

-  RONSARD : « Marie, qui voudrait votre beau nom tourner, il trouverait Aimer... » : très mignon mais il faut que la mariée s’appelle Marie.

-  Maurice SCEVE, Délie XVII : « Plus tôt seront Rhône et Saône disjoints... » : magnifique, mais je trouve les sonorités dures et il faut être sûr de pouvoir le lire sans bégayer.

-  RONSARD, « Mignonne... » et le Cantique des Cantiques : trop connus.

-  VERLAINE, « Mon Rêve Familier » mais la femme idéale citée n’existe pas ou ressemble beaucoup à une maman ou une grande sœur compatissante. Réduire l’épouse à un rôle de consolatrice quand tout va mal... bof

-  Tout mignon : une chanson d’amour malgache : « Je suis le riz, vous êtes l’eau... » mais une strophe seulement, un peu court

Je suis le riz, vous êtes l’eau,
Dans les champs, ils sont inséparables,
Dans le village, ils restent ensemble.
Chacune de leur rencontre est l’histoire d’un amour renouvelé.
L’eau est la compagne du riz de la rizière jusqu’à la marmite

Mais c’étaient quand même de bonnes idées.

Les nominés

D’autres poèmes, récents, pour la plupart, me semblent mieux convenir :

-  L’épithalame d’APOLLINAIRE, « Poème lu au mariage d’André Salmon », dans Alcools

-  ARAGON : « Je vais te dire un grand secret.. » (Elsa, bien sûr),

-  ARAGON « Les Mains d’Elsa » (à lire en duo)

-  DESNOS, « Le Dernier Poème »

-  ELUARD, « Toute la Vie » dans Cours naturel

-  ELUARD, « La Courbe de Tes Yeux »

-  Rosemonde GERARD, « L’Eternelle Chanson »

-  Pablo NERUDA, « Nuit », « Aimée, unis ton coeur au mien... »

-  PREVERT, « Quel jour sommes nous, mon amour ?.. »

-  PEGUY, « Dieu Nous Parle »

Cela m’étonne toujours, dit Dieu
D’entendre le gens dire :
"Nous sommes mariés !..."
Laissez-moi rire.
Comme si on se mariait
Une fois pour toutes.
Ils croient que c’est arrivé,
Et qu’ils peuvent vivre,
Vivre de leurs rentes d’amour
De gens mariés.
Comme si Moi-Même
J’avais fait le monde en un jour :
Comme s’il ne fallait pas à tout prix,
Pour un bon sens enfin,
Se marier tous les jours que je fais.
Les hommes ne se doutent de rien !
Deux moitiés ont tant à marier !

-  VERLAINE, « Donc ce sera par un clair jour d’été... »

En prose

-  Un conte portugais, Les ciseaux et l’aiguille

-  MUSSET, « La tirade de Perdican » à la fin de On ne badine pas avec l’amour

-  Saint- EXUPERY, « la rencontre du Petit Prince et du Renard » dans Le petit Prince

-  Christiane SINGER, Eloge du Mariage, de l’engagement et autres folies (tout un programme !)

Côté chanson

-  ARAGON / FERRAT, « Que serais-je sans toi ? »

-  Isabelle AUBRET, « Un Premier Amour »

-  BARBARA, « Ma Plus Belle Histoire d’Amour »

-  ELUARD / MONTAND, « Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues... »

Bien sûr, on peut aussi le faire soi-même, ce poème comme Jean-Yves RAGOT et « Vivre Ensemble ». Il se trouve sur son site Studio garance

Pour le repas, quelques autres poèmes peuvent avoir leur place avec un peu d’humour

-  BRASSENS, « La Non Demande en Mariage »

-  BRASSENS, « Concurrence Déloyale »

-  BRASSENS, « Je me suis fait tout petit... »

-  BRASSENS, « Rien à Jeter »

-  MOLIERE, les maximes du mariage lues par Agnès dans L’Ecole des Femmes

-  Géo NORGE, « Le Bon Train »

Deux escargots se rencontrèrent
Sur un rail de chemin de fer.
Ils se plurent vite et s’aimèrent
Sur un rail de chemin de fer [...]

-  PREVERT, « Sanguine »

-  VIAN, « Vous mariez pas les filles »

Pour casser l’ambiance ( ?)

-  ARAGON, « Il n’y a pas d’amour heureux »

-  BAUDELAIRE, « Une Charogne »

-  Et, selon le tour des événements, pourquoi pas passer un peu de lecture, celle supposée de George SAND à MUSSET, « Je suis très émue... ». Ce poème qui peut aussi se lire une ligne sur deux... mais là, faut voir...

Finalement, c’est comme cela que vit la poésie.

Synthèse WebLettres à consulter
-  [354] - Le mariage


Ce document correspond à la synthèse de contributions de collègues professeurs de lettres échangées sur la liste de discussion Profs-L ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Ce texte est protégé par la législation en vigueur. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, il est protégé par les droits d’auteur en vigueur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.




Annie Massy Annie massy est Docteure es Lettres, professeure en lycée et BTS. Elle est également correspondande de presse locale ce qui lui permet de rencontrer un grand nombre de gens intéressants et de participer à la vie associative et culturelle de sa ville, quelque part dans le centre Est de la France : Chaumont. Quand il lui reste du temps, elle arrive aussi à écrire pour elle et elle a même réussi à publier quelquefois.

- Dernières publications :
[878] - Présenter l’option théâtre en candidat libre
Annie Saumont, spécialiste des nouvelles
[115] - Un poème d’amour pour un mariage
[68] - Nouvelles en ligne









Forum relatif à cet article

  • [115] - Un poème d’amour pour un mariage - 24-01-2014 - par Thierry GUENNOU

    Les bons conseils de Guy de Maupassant

    "A mon ami Louis Le Poittevin sur son mariage" d’après http://www.poeme-amour.org/de-maupassant/8_20_553.html

    Un conseil important au sujet du ménage Est très souvent utile un jour de mariage. Écoute-moi, mon cher, et songe à profiter D’un avis qu’aujourd’hui mon coeur va te dicter. Tu vas avoir besoin, je le crains, de cent choses Dans des cerveaux de fous certainement écloses ; Domestique, voiture et grand train de maison ; Mais si l’on écoutait une juste raison, On saurait mépriser des objets si futiles Et s’attacher aux biens qui sont vraiment utiles. On veut de grands valets, des chiens et des chevaux ; Mais cela ne peut pas éloigner tous les maux Qui trop souvent hélas séparent un ménage ; Mets de côté crois-moi tout ce sot étalage Et prends un bon ami, cela c’est un trésor, Pour des époux surtout c’est une mine d’or : Il entretient entre eux l’accord et la tendresse, Il sauve la maison dans les temps de détresse ; Il apporte la joie et le rire au foyer, Et si de désespoir l’époux veut se noyer, Si l’épouse s’en va la colère dans l’âme, Il console monsieur et ramène madame : Enfin c’est un bijou comme on n’en trouve pas... Mais tu ris, je le vois, et marmottes tout bas Quelques propos moqueurs ; je comprends ce sourire Tout aussi bien que toi je sais ce qu’il veut dire. Il est très vrai qu’un tiers incommode toujours Dans la lune de miel consacrée aux Amours : Car tu vas, étendu près des pieds de ta femme, Lui vanter tes ardeurs, les transports de ta flamme, Rêver, chanter, sourire, et les mains dans les mains Oublier en aimant le reste des humains. Vous voudrez lire ensemble et laisserez à terre Le livre abandonné dans un bois solitaire. Alors vous rêverez ; mais quand viendra le soir, Vous vous étonnerez l’un et l’autre de voir Que vous êtes restés sans tourner une page, Sans que ta femme ait fait un point à son ouvrage. Et puis vous reviendrez à travers les grands bois Seuls avec votre amour, plus heureux que des rois : Les yeux levés au ciel regardant dans l’espace Du pâle astre des nuits glisser la blanche face Qui répand sur la terre une tendre lueur ; Si faible, qu’elle sert de voile à la pudeur, Si douce qu’elle fait rêver et permet même A l’époux bienheureux de voir celle qu’il aime ; Et qui parfois s’amuse à leur montrer soudain, L’ombre de quelque arbuste au milieu du chemin Pour que la jeune femme encore douce amante Se jette à son époux effrayée et tremblante. Un tiers entre les deux serait aussi gêné Que notre vieux Boileau dans son fatal dîné Il incommoderait de sa sotte présence Et sa conduite alors serait inconvenance.

    Mais le jour succède au jour L’un est pur l’autre sévère Et les saisons tour à tour Changent l’aspect de la terre. Le printemps jonche de fleurs Les champs et les vertes plaines ; Puis l’hiver de ses rigueurs Durcit les claires fontaines Ainsi quelque jour l’Amour, Comme l’ombre d’un nuage Ternit l’éclat d’un beau jour, Disparaît dans le ménage.

    Quand la lune de miel a terminé son cours On voit parfois s’enfuir la troupe des Amours. Les époux irrités et mécontents sans causes Se fâchent tous les jours pour la moindre des choses Et tout va de travers : les marmots sont méchants "Au diable, dit Monsieur, la femme et les enfants." Le vent lui fait chorus et gronde sous la porte, La gelée ou la pluie empêchant qu’on ne sorte Les forcent trop souvent tous deux à s’enfermer ; Assis auprès de l’âtre ils regardent fumer Deux bûches de bois vert, qui soupirant sans flamme Récitent aux époux une triste épigramme. Mais je n’ose prévoir les chagrins et les pleurs Et la suite de maux de soucis de douleurs Qui viennent à l’envi fondre sur le ménage Où n’est point un ami pour détourner l’orage. Heureux, heureux celui qui possède ce bien : Pour qui n’a point d’ami, tout le reste n’est rien. Lorsqu’entre les époux va fondre la tempête Il attire souvent l’orage sur sa tête, Et tous deux à l’envi pleins de mauvaise humeur Déchargent sur lui seul leur haine et leur aigreur, Puis naturellement le beau temps suit l’orage. D’autrefois sans tempête il maintient le ménage Et conserve la joie et la sérénité Il fait céder de suite un marmot entêté, Et sait tarir ses pleurs avec quelque caresse Ou quelque brimborion qu’en partant il lui laisse. Et quand Monsieur se fâche il l’emmène avec lui Il lui rappelle alors le temps qui s’est enfui, Leur jeunesse, leurs jeux, leurs longs éclats de rire, Leurs auteurs favoris qu’ils aimaient tant à lire, Les sentiers qu’en rêvant ils suivaient pas à pas. Il répète ces mots : "Ne te souviens-tu pas Nous parcourions alors dans ces jours pleins de fêtes La campagne en chasseurs, la nature en poètes Ne te souviens-tu pas de ce bienheureux temps ?" Et tous les deux alors redeviennent enfants, Et de rire et d’aller par les belles campagnes De gravir en courant le sommet des montagnes ; Et le soir quand l’époux revient à son foyer, On ne l’aperçoit plus dormir ou s’ennuyer, Son amour presqu’éteint se rallume en son âme, Il est heureux alors de retrouver sa femme Et de goûter près d’elle encor bien des plaisirs, Car l’absence toujours ranime les désirs. C’est ainsi qu’il revient encor tendre et fidèle. Mais au tour de Madame à présent ; parlons d’elle C’est scabreux, c’est critique, il me faut de l’aplomb Mettons une sourdine et baissons notre ton Car la femme n’est point, entre nous toujours bonne Elle s’irrite vite et rarement pardonne Tant pis... pour une fois croyons à sa bonté. Heureuse d’avoir eu son jour de liberté Et Monsieur s’en allant d’avoir été tranquille Grâce à ce cher ami complaisant et docile Elle en prend un grand soin et déclare avec tous Que sans un bon ami c’en est fait des époux. Aussi chacun pour lui se montre très aimable Sa place est toujours prête, au salon, à la table, On a partout pour lui les soins, l’attention Mérités par le bien qu’il fait à la maison.

    S’il me faut expliquer un si long verbiage Je serai si tu veux l’ami... de ton ménage.

  • Le forum est ouvert - 01-11-2004 - par Administrateur

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