banniere

Les notes de lecture

 

fleche Des tas de questions et leurs réponses

Marie-Claire Martin et Serge Martin, Quelle littérature pour la jeunesse ?
Klincksieck, Collection 50 questions, 2009

martin.jpgParce que certains ouvrages semblent faits n’importe comment, on a envie de les lire n’importe comment. Et on a raison, un peu, au début !
S’agissant de littérature jeunesse, on peut avoir quelques idées et des questions. Justement le livre de Marie-Claire Martin et Serge Martin en proposent cinquante (50 !). On cherche les siennes dans la table des matières et on est surpris par celle-ci : question 20 « Que faire quand un livre vous saute à la figure ? ». Comment résister ? On lit alors une présentation palpitante d’un roman d’Hubert Mingarelli, Vie de sable, qu’on ne connaît pas et qu’on lit donc dans l’urgence. C’est une découverte. Une voix, une présence, une écriture ; on est bien loin d’une définition de la littérature pour la jeunesse convenue.
Il faut revenir à notre étude : dans la réponse à la même question (20) nous sautent aussi à la figure les livres-objets, livres animés qui se déploient en découpures magiques. Mais pourquoi Mingarelli et ces ouvrages-ci ? Ah ! il est aussi fait appel à Mallarmé et à Michaux. Ouf !
On cherche donc sagement une de « nos » questions, les auteurs l’abordent : question 6 « Qu’est-ce qu’un classique en littérature jeunesse ? ». Trois pages plus tard on n’est guère avancé, déconcerté sûrement. Il ne reste plus qu’une chose à faire : reprendre au début : question 1 « La littérature jeunesse est-elle un genre ? »
Alors les questions s’enchaînent et avec elles les réponses dont chacune contient l’analyse d’un ou plusieurs livres connus ou inconnus du lecteur. C’est tout l’enjeu du livre : « Rendre compte de ce qu'on appelle la littérature de jeunesse c'est se situer au carrefour de la rencontre avec tel ou tel livre pris à la production pour la jeunesse qu'on aimerait considérer à chaque fois comme une œuvre vivante, et de l'interrogation qui, partant de cette vie des œuvres, engage une perspective anthropologique, pour le moins interdisciplinaire. »
Les présentations sont claires, les commentaires bien plus touffus. On croit un moment se perdre dans un jargon d’analyse, mais l’ensemble est construit, cohérent alors même que la suite des questions paraît bizarre ou hasardeuse. C’est que les auteurs connaissent la littérature de jeunesse ET ses commentateurs les plus pointus. Ils n’hésitent jamais devant tel ou tel rapprochement avec la et les critiques. Les questions sont de quasi prétextes mais le plan est habile.
Il faut s’efforcer, relire parfois, mais à chaque page ou presque vous naît une envie de lecture, même la lecture d’albums pour les petits qui ne vous auraient jamais arrêtés en librairie (Monsieur le lièvre voulez-vous m’aider ?). La notion d’album est d’ailleurs éclairée, celle d’autofiction aussi, en lien avec les souvenirs d’enfance ; on comprend l’importance du rythme, celle de la voix, des voix comme notion centrale de cette étude, et celle des images, de la moralité, de la construction de l’identité, du racontage et du « Encore ! » à la fin de la lecture du soir…
Quant à savoir si « la littérature est vouée à la scolarisation », la question est évidemment posée (question 11). La réponse (mais ici on simplifie) parle d’une « situation de pédagogisation généralisée » et est en grande partie contenue dans une citation : « Une tendance lourde de la littérature de jeunesse est à une sur-instrumentation pédagogique et éducative. » (Paul Garapon, revue Esprit, 2002). On comprend pourquoi un Dictionnaire de la littérature jeunesse à l’usage des professeurs des écoles paru récemment n’est qu’un catalogue doublé d’un lexique sommaire de linguistique et d’analyse littéraire. Il peut au mieux servir… de catalogue. Mais on se rappelle aussi le numéro 462 (avril 2008) des Cahiers pédagogiques qui propose un ensemble de réflexions fort utiles sur les liens entre littérature pour la jeunesse et l’école. On y trouve en particulier des idées sur l’interdisciplinarité (« Chercher le vrai dans la littérature jeunesse » de Michel Zakhartchouk) et des propositions d’activités très intéressantes et diverses. De belles perspectives donc.
Avouons ! Le lecteur sort un peu étourdi de cette série de cinquante (50 !) réponses mais il est bien décidé à lire Momo, l’intégrale (Nadja) et à (re)lire Blanchot (convoqué entre autres détails pour commenter l’histoire de la souris Abel), à reprendre pour la énième fois Pinocchio et à utiliser à bon escient le numéro 462 des Cahiers pédagogiques.
Une dernière question : on se demande « Pourquoi Perec, pourtant cité, n’apparaît ni dans l’index ni dans la bibliographie ? » Mais cette disparition l’aurait sans doute amusé. Allons, ce qui est dit de lui vient, sauf erreur, de Penser/Classer paru chez Hachette en 1985.


Roger Berthet - 12 février 2009



Commentaire

  • Par Serge Martin - 11/03/2009
    Quel lecteur! Merci beaucoup à vous, Roger Berthet, pour cette lecture perspicace, généreuse et aventureuse, et puis bravo pour la référence précise à Perec que nous avions oubliée dans la bibliographie (Penser/Classer, Hachette, 1981). Elle va à notre question 41 et fait référence à la notion de "l'autour", peu empruntée encore mais excellente (quel inventeur, ce Perec!). Rappelons pour donner envie au lecteur la question de Perec à propos du "monsieur qui lit sur la plage": "est-il sur la plage pour lire, ou lit-il parce qu'il est sur la plage?"
    Précisons que cet ouvrage appartient à une collection qui s'appelle "50 questions" et que cette collection n'a pas une vocation didactique ou pédagogique même si ses auteurs n'ignorent pas le lien dans leur vie comme dans le livre que la littérature et l'Ecole entretiennent... Oui, les Cahiers pédagogiques n° 462 et Le Français aujourd'hui n° 149 (voir le site des éditions Armand Colin)...
    Pour le reste, nous restons à la disposition des lecteurs...
    Merci à Web-Lettres,
    Marie-Claire et Serge Martin

Ajouter un commentaire...

 
Votre nom [Respect de la vie privée]
Votre adresse mail [Confidentialité]  *   
Recopier le code de sécurité * 

Fil rss de la catégorie Le fil RSS de la catégorie


contact Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Faire un lien - WebLettres sur Twitter


© WebLettres 2002-2017