banniere

Les notes de lecture

 

fleche Lire des listes de mots, c'est beau !

Joëlle Bertrand, Vocabulaire grec, du mot à la pensée
Ellipses, 2008

vocabgre.jpgJoëlle Bertrand convie les étudiants, les professeurs et pourquoi pas un plus large public, qui voudraient revivifier leur culture antique autrement, à une promenade originale au pays des mots grecs, par étape, pour découvrir les représentations que les Grecs se faisaient du monde, de l'homme et des dieux.
L'ordre des étapes importe peu. Poussé par la curiosité, on peut commencer par la fin, la magie. Une citation d'une Idylle de Théocrite ouvre ce chapitre de la rubrique « Les dieux ». Suit une liste de mots, classés ni par ordre alphabétique, ni par classe grammaticale mais par association d'idées, glissement et élargissement de notions et par famille. Insensiblement l'imagination se met en mouvement. Deux mots pour désigner « le sorcier » ! un verbe pour dire « envoûter » et un autre pour « jeter un sort » ! et, dans le coin des expressions, voici comment nommer « les figurines de cire », comment dire « détourner le mauvais œil »… Pour terminer cette promenade du côté des pratiques bizarres, une citation, d'Homère cette fois.
Tel est le principe de présentation de ce vocabulaire grec. Son aspect scolaire réside dans le lien étymologique établi entre les mots grecs et les mots français, plus nombreux qu'on ne le croit.
Si vous êtes d'abord attiré par la rubrique « La parole et l'action », l'étape sera longue : cinquante pages. Mais quel plaisir ! Cette citation, à méditer : « L'incorrection du langage n'est pas seulement une faute contre le langage même, elle fait encore mal aux âmes. » Toutes les subtilités du dialogue sont nommées. Et voici une surprenante liste d'insultes, dont le catalogue loufoque distingue, dans un encadré, intitulé « Échantillons », qui s'étend… sur plus de deux pages, les insultes simples, les injures homériques et les simples invectives…

Plaisir des mots donc, que ne donnaient certes pas les vocabulaires grecs, purement fonctionnels, en usage auparavant.
Ce livre parle donc à l'imagination. Mais il ne propose aucun commentaire ; n'espérez pas y trouver une analyse toute faite et convenue du vocabulaire ici répertorié et de ce que celui-ci implique comme pensée sur le monde, l'homme, les dieux. Vous devrez seul franchir cet abîme, penser ce que pense cette langue.

Cette géographie des mots grecs, avec ces chemins nouveaux que Joëlle Bertrand vous incite à suivre en courant, pas à pas ou en sautillant a été pensée non sans humour, non sans fraîcheur. De merveilleuses citations en témoignent. C'est à partir de ces citations, dont les références figurent en notes en bas de page, et à partir de votre culture personnelle, quelle qu'en soit l'étendue, que vous vous engagerez dans l'interprétation, que vous dégagerez la philosophie de la langue grecque, ce qui est l'objectif visé par cet immense travail de présentation du vocabulaire grec.

Comment utiliser avec des lycéens un ouvrage qui réclame la maturité d'un étudiant ? Voici une expérience : d'autres usages sont à inventer. À la suite d'une version sur la musique (Platon, Les Lois), nous avons librement lu (car ce livre se lit, ce n'est pas un dictionnaire) dans la rubrique « Les Muses », individuellement et en laissant jaillir les questions et les remarques, les mots de la musique et de la danse. Que nous révèlent-ils de la place de ces arts dans la civilisation grecque ? La discussion a duré toute l'heure. Trois élèves ont appris par cœur une citation, un autre a collecté les mots sonores qui lui plaisaient : ce livre intéresse. Une autre élève, que la difficulté de la version avait impressionnée, voulait savoir si les Grecs étaient plus intelligents que nous pour avoir écrit des textes si complexes. Le chapitre « L'esprit, la pensée, l'intelligence » lui a fait prendre conscience de l'étendue des mots grecs qui nomment les opérations de l'esprit. Ce vocabulaire peut donc séduire les élèves, enrichir le commentaire des textes lus en classe, ouvrir des perspectives philosophiques et les inciter à lire les œuvres très diverses dont les citations leur sont données.

Voici donc un ouvrage très particulier, qui livrera progressivement au lecteur la possibilité de découvrir la diversité de la pensée grecque. Ce n'est pas un classique manuel et il renouvelle l'approche du grec ancien qui, comme le souligne l'auteur dans son Avant-propos, « n'est pas une langue de communication mais de culture ».


Michèle Beauxis - 4 mai 2008


Aucun commentaire

Ajouter un commentaire...

 
Votre nom [Respect de la vie privée]
Votre adresse mail [Confidentialité]  *   
Recopier le code de sécurité * 

Fil rss de la catégorie Le fil RSS de la catégorie


contact Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Faire un lien - WebLettres sur Twitter


© WebLettres 2002-2017