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Les notes de lecture

 

fleche À l'honneur, la grammaire

Patrick Rambaud, La grammaire en s’amusant
Grasset, 2007

rambaudcou.jpg On savait qu’elle était une « chanson bien douce », on découvre qu’elle peut s’apprendre en s’amusant. On pourrait ironiser mais il n’est pas déplaisant de voir que la grammaire est à l’honneur une nouvelle fois – on la croirait presque à la mode – avec le très court livre de Rambaud. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage est drôle et séduisant au point qu’on aimerait le faire lire même à des lycéens.
L’auteur – d’accord avec Orsenna qui a été plus vite que lui, il le dit dans la préface – avait parié de faire « une grammaire lisible ». Il s’engage donc dans un dialogue savoureux avec un petit bonhomme de sept ans, neveu, filleul ou fils du voisin, on ne sait. Le gamin parle comme les gamins d’aujourd’hui et cela fait partie du charme qu’on éprouve à la lecture :
« “Je suis allé chez Mamy”, Mamy est complément d'objet, si j'te crois, mais les questions elles collent pas. J'peux pas dire : “Je suis allé qui ?” »
En huit chapitres Rambaud aborde l’essentiel, de la communication à la syntaxe en passant par l’histoire des mots, la définition des catégories grammaticales, la ponctuation ou le rôle du verbe dans la phrase. Il termine par un chapitre – obligé ? – sur la lecture nécessaire dans l’apprentissage de la langue, mais aussi sur le plaisir qu’elle donne (on allait dire évidemment !)
C’est simple et clair, émaillé d’allusions aux écrivains qu’il aime. Ainsi :
« Anatole France, mon maître, a enseigné qu'il fallait contrarier l'adjectif pour lui donner une consistance : il doit surprendre. »
[…]
Il conseille de ne pas écrire : “Des prélats, magnifiques et pieux, allèrent en procession...”, mais “Des prélats obèses et pieux..”. Les deux adjectifs se cognent et de ce heurt jaillit aussitôt une image puissante : la procession, elle est sous tes yeux, tu vois ces gros prêtres satisfaits qui avancent à petits pas en promenant leurs bedons, tu vois leurs sourires fabriqués, leurs regards embués au vin de messe, l'or des chasubles, la foule recueillie... »
On lui pardonnera quelques approximations et une certaine légèreté qui lui fait renvoyer les difficultés et autres exceptions à "plus tard". Il n’hésite pas cependant à dire que les choses ne vont pas de soi :
« Lui : Si j'essaie et que ça marche pas ?
Moi : Tu recommences, tu recommences, tu recommences jusqu'à ce que tes phrases pénètrent les cervelles rétives, molles ou distraites. »

Tout le métier est là.
On lui pardonnera moins facilement l’oubli du conditionnel dans la liste des modes, au chapitre des verbes : bizarre !
Et pour s’amuser un moment pourquoi ne pas relever les hypocoristiques (chassez le cuistre, nous revenons…) dont il affuble son petit interlocuteur : « mon loustic, jeune cornichon, mon pauvret, paltoquet de mon cœur, mon coco, chenapan, petite nature, jeune impatient, petit impétueux, loupiot distrait, indigne marmouset, mon bonhomme, petit plaisantin, mon joli coco, bourrique, indécrottable paresseux… »
Et surtout : « jeune savant en herbe. »

Roger BERTHET - 13 octobre 2007



Commentaires

  • Par tonio - 23/09/2008
    im-bé-cile (e muet, ne comptant pas syllabe)
    et le conditionnel n'est pas (plus) un mode dans 80% des grammaires, mais un temps de l'indicatif
    et "je ne conseillerai" peut être un futur simple (valeur dite "catégorique")

  • Par marie - 21/03/2008
    Désolée Catherine, mais il y a au moins un point sur lequel tu es d'accord avec Patrick Rambaud, c'est la disparition du conditionnel... "tu ne conseillerais pas ce livre", donc, disais-tu ?...

  • Par Catherine Durand - 12/01/2008
    J'ai été séduite par le titre et j'ai lu la préface qui m'a convaincue: j'ai acheté le livre.
    Mais j'avoue avoir été très déçue. J'ai trouvé l'ouvrage bâclé et deux erreurs m'ont, je l'avoue, mise en colère.
    M. Rambaud découpe le mot imbécile en trois syllabes (p.44)et il classe les verbes partir et sortir dans les verbes du 2ème groupe (p.133).
    Je ne conseillerai pas ce livre!!!

  • Par Jean Patrick - 18/11/2007
    Voilà qui met l'eau à la bouche.
    Animateur de formation continue, j'irai sans tarder compulser les pages et partager leur suc avec les assistantes et rédacteurs en mal de simplicité et transparence.

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