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Les notes de lecture

 

fleche Inconnus, pas lus, oubliés…

Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?
Minuit, 2007

bayard.jpgQuel enseignant de français (quel enseignant tout court ?) pourrait résister à un titre pareil ? Cela nous arrive si souvent ! Et notre usage immodéré des morceaux choisis n’arrange pas les choses. On aura bien raison de parcourir le petit ouvrage de celui qui nous avait déjà dit Comment améliorer les œuvres ratées ? (Minuit, 2000).
Après un prologue qui ne déroge pas à la coutume de parler de son enfance, l’auteur évoque les livres que l'on ne connaît pas, les livres que l'on a parcourus, les livres dont on a entendu parler, les livres que l'on a oubliés. Il explique ensuite comment se débrouiller quand on n’a pas lu le livre dont on parle dans des situations comme la vie mondaine, face à un professeur, devant l'écrivain lui-même et aussi avec l'être aimé. C’est pour mieux affirmer enfin qu’il ne faut pas avoir honte, ne pas hésiter à imposer ses idées ou à inventer les livres et bien sûr à parler de soi. (Les expressions en italiques se trouvent dans la table des matières de l’ouvrage, il faut bien que la leçon serve !) L’épilogue affirme que « parler des livres non lus est une véritable activité de création » et en tire les conclusions qui s’imposent pour l’enseignement.
Robert Musil, Proust, Anatole France, Bergson, Balzac, Umberto Eco, Shakespeare, Pierre Siniac ou Sôseki aident à comprendre tout cela. C’est assez dire que l’auteur n’a pas que de vaines lectures et que s’il n’a pas tout lu, il a bien lu ; il nous entraîne dans sa réflexion avec une assurance sympathique dans une langue claire et précise. L’humour ne manque pas. On sort de là, un peu ahuri mais surtout réjoui.
Deux morceaux choisis pour goûter (et parce que ce livre de Pierre Bayard, nous l’avons lu, peut-être) :
« Ce que nous prenons pour des livres lus est un amoncellement hétéroclite de fragments de textes, remaniés par notre imaginaire et sans rapport avec les livres des autres, seraient-ils matériellement identiques à ceux qui nous sont passés entre les mains. »
« On l'a vu, parler d'un livre a peu de choses à voir avec la lecture. Les deux activités sont tout à fait séparables, et je m'exprime pour ma part d'autant plus longuement et d'autant mieux sur les livres que j'ai pratiquement cessé d'en lire, cette abstention me donnant toute la distance nécessaire […] pour m'exprimer à leur propos avec justesse. La différence tient à ce que parler ou écrire sur un livre implique un tiers, présent ou absent. L'existence de ce tiers déplace sensiblement l'activité de lecture en y introduisant un intervenant majeur qui en structure le déroulement. »


Roger Berthet - 18 janvier 2007


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