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Les notes de lecture

 

fleche Des recettes très littéraires

Mark Crick, La soupe de Kafka
Une histoire complète de la littérature mondiale en 16 recettes
Flammarion, 2006

kafka.jpg Seize textes, seize pastiches - de Chandler à Pinter en passant par Sade ou Virginia Woolf –, 17 traducteurs. Dans chacun des textes, une recette de cuisine, comme pour truffer le texte. Et des photos qui pastichent des œuvres d’art – un vase grec, une gravure de Hogarth, un dessin de Schiele… Comme on a lu récemment un gros livre sur les supercheries littéraires, on en soupçonne une. Pas du tout, l’auteur Mark Crick existe bel et bien. Il est photographe et cette Kafka’s soup (son unique livre) est parue en anglais en 2005. Internet est catégorique et on peut visiter le site minimaliste du monsieur ici : http://www.markcrick.com. Minimaliste car on y trouve une biographie qui n’en est pas une, de rares citations et quelques photos, mais superbes les photos (dont celle du faux vase grec).
La belle idée de l’éditeur français est d’avoir fait appel à des traducteurs différents, tous passionnés de l’auteur pastiché. Et cela donne des textes savoureux, d’autant plus savoureux qu’ils sont accompagnés de recettes : sole à la dieppoise (Borges) ou Tiramisu (Proust)…
On peut analyser un pastiche en le comparant avec l’œuvre de l’auteur, jouer avec les recettes (une bonne façon de travailler sur la lecture des consignes), s’essayer au « truffage » de texte ; on se rappellera peut-être le livre d’Hervé Le Tellier « Sonates de bar », dans lequel chaque nouvelle contient la recette d’un cocktail bien réel – et qui est reparu au Castor Astral en 2001 (auparavant chez Seghers).
Et, tant qu’on y est, on n’oubliera pas que les auteurs aiment bien intégrer des recettes à leurs textes. Ainsi celles de la Série noire ont été rassemblées dans « Le livre de cuisine de la Série Noire » (Gallimard, 1999), celles des auteurs de science-fiction dans « Les nourritures extra-terrestres » (Denoël, Présence du futur 1994). On peut apprécier aussi dans les aventures de Nicola Le Floch racontées par Jean-François Parot de superbes recettes du XVIIIe siècle (collection 10/18, « Le crime de l’Hôtel Saint-Florentin », par exemple).
Cela dit pour citer d'autres textes truffés, et non pour détourner le lecteur de « La soupe de Kafka », véritablement goûteuse.
Une petite dégustation ?
« MOULES MARINIÈRE
à la Italo Calvino
500 g de moules par personne (approximativement) •
50 g de beurre • 4 échalotes • une gousse d'ail
100 ml de vin blanc • une branche de thym frais
25 g de persil plat frais • poivre selon votre goût •
crème fraîche (facultative)
Je rédige cette recette sans savoir où ni quand elle trouvera un public, mais pour l'heure, lecteur, tu es là. Quelle forme a pris ce récit pour venir jusqu'à toi, je l'ignore. Peut-être as-tu trouvé un manuscrit dans le grenier de ta nouvelle demeure, qui a su éveiller ta curiosité; ou bien la recette s'est-elle retrouvée publiée dans un périodique, ou peut-être même sous la dure et respectable couverture d'un livre. Il est possible que tu aies tourné les pages à la recherche d'une indication relative à son auteur, lequel a peut-être savouré la recette pour la dernière fois tandis que toi, lecteur, l'approche pour la première. Par bonheur, les recettes ne sont pas aussi périssables que les plats ou les écrivains, bien que celles d'Aristophane, si toutefois il en a laissé, ne semblent pas s'être aussi bien conservées que ses pièces. »

En plus, ce livre est relié, joli, et pas cher !

Roger Berthet, 2 décembre 2006


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