Ajouter une scène dans une nouvelle pour en modifier la chute
Ils ont développé la scène dans laquelle Jacques doit révéler à Berthe, le soir de leurs noces, que son ancienne maîtresse vient tout juste de mourir en accouchant d'un enfant qui se révèle être le sien. Osera-t-il lui dire la vérité? Comment réagira la jeune épousée?
L'étude en classe de la scène de l'agonie de l'ancienne maîtresse a permis aux élèves de repérer plusieurs procédés de dramatisation qu'ils ont essayé d'utiliser dans leur travail d'écriture.

Par Cézanne (1872)
Berthe était prise entre deux tourments : l'envie de rester auprès de son époux ou bien fuir la situation.
Elle murmura à voix basse, étranglée par les doutes:
-Que comptez-vous faire de cet enfant qui n'est pas le nôtre?
Jacques, confondu par ses émotions, répondit avec difficulté :
-Je sens un lien avec cet enfant , je ne vous abandonnerais jamais, vous êtes mon bijou le plus précieux… Enfin vous l'êtes lui et vous …
Berthe terrorisée à l'idée que cet enfant prenne sa place cria :
-Ne voyez-vous pas que nous.. enfin je ne suis point prête à avoir un enfant, nous venons de nous marier... Je suis jeune, je n'ai même pas fini ma jeunesse!
Jacques se sentit incompris, il lui répondit d'un ton stupéfait :
-N'avez-vous point de c½ur ? N'êtes-vous point touchée par le drame de ma défunte amie? Si vous l'aviez vue... Elle pâlissait, pâlissait sentant son heure arriver... Son corps était gelé comme la neige... Elle qui sentait le souffle de vie, je voudrais tant qu'elle soit là juste auprès de moi …
Berthe, étonnée par ces propos tendres dédiés à une autre femme, reprit d'une voix tremblante :
-Je ne comprends plus rien, ne m'aimez-vous déjà plus? Qu'avait-t-elle de plus que moi? Vous ne parlez jamais de moi ainsi... Pourquoi garderiez-vous cet enfant qui vous relie à elle?
Jacques débordé entre son amour paternel et son amour passionnel pour sa femme cria:
-Mais cet enfant est de moi !
Berthe alarmée se mit à pleurer. Elle pleura, pleura sans pouvoir s'arrêter puis cria de toutes ses forces, voyant son avenir barré par cette nouvelle pour elle atroce:
- Pourquoi nous, pourquoi maintenant, pourquoi lorsque que tout se passait à merveille?
Jacques, voyant celle qu'il aimait prise de chagrin, s'en voulut, affecté par les pleurs de sa femme. Il voyait en ses pleurs qui se répandaient le sang qui coulait auparavant de sa maitresse. C'était la même souffrance. Rongé par la culpabilité, il lui murmura d'une voix désemparée :
-Ma chère femme, donnez-moi une chance, laissez-moi réparer mes erreurs... Je vous chérirai jusqu'à mon dernier soupir.
Mais c'était trop tard. Le coup était trop violemment porté dans le coeur de Berthe. Toute sa nature tendre et douce avait disparu. Elle conçut l'idée effroyable d'une vengeance atroce. Elle fut prise d'un rire de démente et annonça d'un sourire moqueur:
-J'accepte de rester avec vous et d'élever cet enfant. Nous verrons bien dans quel temps ou tempête se déroulera notre avenir."
Salima G., 4ème Braque
Berthe courut à lui:
"Qu'y a-t-il ? dites, qu'y a-t-il ?"
Jacques, qui tremblait malgré la présence du bébé dans ses bras, pâlit, pâlit comme un linge. Il réfléchissait à ce qu'il devait dire en regardant droit dans les yeux Berthe qui, l'air épouvantée, avait une larme au coin de l'½il.
Jacques, pour tenir sa promesse et ne pas perdre Berthe, décida de mentir et balbutia:
"Ma chère femme, mon... mon meilleur ami et sa femme sont décédés, l'enfant que vous pouvez apercevoir dans mes bras est leur fils, leur dernière volonté est que je l'élève comme mon propre enfant."
Berthe faillit défaillir par ces révélations mais elle était en même temps émue par cet enfant qui avait l'air de reposer dans un nid douillet. Elle prononça avec difficulté:
"Pensez-vous que nous soyons capables d'élever cet enfant, de le nourrir, de l'éduquer, de l'aimer?"
Jacques reprit ses esprits et, rempli d'espoir, il déclara:
"Avec notre amour et notre âme nous pouvons le nourrir, nous pouvons l'éduquer et nous pouvons l'aimer, si nous le voulons nous le pouvons. "
Tout le monde était fatigué. En espérant que la nuit porte conseil, ils partirent se coucher en déposant le bébé enveloppé de draps sur un lit. Le lendemain, le bébé se reposant, Berthe décida de parler à Jacques :
" Mon cher mari, je comprends la détresse de cet enfant mais pourquoi ne vit-il pas dans la famille de votre ami ou de sa femme?"
Jacques s'était préparé à ce genre de questions et avait senti que sa vie allait peut-être être détruite par la naissance de son fils. Il répondit :
"Eh bien! Mon ami avait perdu toute sa famille étant jeune. Quant à la famille de sa femme, elle vit loin, à l'étranger... C'est pourquoi nous sommes la seule famille."
Berthe était ahurie par cette famille inexistante. Elle était prise de pitié pour ce bébé esseulé et sentit dans son c½ur le besoin irrésistible de l'aimer. Elle demanda alors à Jacques :
" Dites-moi... quand les funérailles auront elle lieu ?"
Jacques rétorqua:
"Il n'y en aura pas, le corps de mon ami et de sa femme ont été déchiquetés par cette infâme accident."
Jacques avait peur, peur que Berthe ne découvre la vérité car il ne savait pas exactement quoi inventer pour ce prétendu accident. Berthe l'écoutait, elle murmura:
"Pourriez-vous me raconter les circonstances de cet accident ?"
Pendant quelques instants, Jacques hésita mais il ne pouvait plus reculer et reprit :
"Il n'y a aucun témoin de l'accident. Je peux juste vous relater les hypothèses des agents de l'ordre. Cela se produisit hier fort tard dans la soirée, il rentraient chez eux dans la voiture après une soirée forte en alcool. Mon ami traversa un passage à niveau mais il manoeuvra si mal qu'un des chevaux se brisa la jambe contre le rail. Il ne réussit pas à faire bouger la calèche qui fut emportée par un train. Le pauvre bébé était resté à la maison et ignorait tout ce qui allait arriver à ses parents durant cette funeste soirée".
Jacques s'émut lui-même et pleura. Berthe sanglotait tout à fait:
"Je considère cet enfant comme le mien!"
Les époux s'embrassèrent et se réconcilièrent. Tous leurs proches acceptèrent cet enfant comme le leur.
Trente années avaient passé, Berthe et Jacques menaient une vie paisible en compagnie de leurs deux enfants: ils avaient eu une fille qui avait grandi avec le fils de Jacques. Mais un soir d'hiver Jacques mourut de vieillesse et laissa un testament à Berthe. Il lui léguait notamment toute la vérité qu'il n'avait jamais osé lui avouer sur sa maîtresse. Berthe fut déçue, mais que pouvait-elle faire ? Rien ! Elle finit paisiblement sa vie avec le regret que Jacques lui eut menti mais avec le bonheur que continuaient à lui apporter ses deux enfants devenus eux-mêmes de rayonnants parents.
Gabriel T. et Geoffrey G., 4ème Braque
Jacques annonça d'un ton décidé et froid:
"Mon amie, je vous ai menti au sujet de mon meilleur ami. Il laisse paraître que c'est mon ancienne maîtresse qui a accouché et qui en est morte: elle a été tuée par cette naissance, tuée par ce nouveau-né. Elle m'a fait jurer de ne jamais abandonner le bébé quoi qu'il en coûte et à ce moment précis elle avait des mains de glace, des mains de morte...
-Comment est-ce possible? balbutia Berthe.
-Je n'ai plus revu mon ancienne maîtresse ces neuf derniers mois et j'ignorais son état...
-Mais moi je ne veux pas garder cet enfant issu d'une autre liaison que la nôtre", répliqua Berthe en colère et survoltée de cette mauvaise surprise.
Jacques proclama d'un ton ferme:
"Je suis d'accord pour vous rendre votre liberté car j'ai juré de m'occuper de cet enfant inattendu! "
Berthe divorçait le jour de son mariage mais un mois après, elle reprit contact avec Jacques.
-J'ai bien réfléchi à propos d'élever cet enfant et je suis entièrement d'accord avec la décision que vous avez prise, lui déclara-t-elle avec beaucoup d'émotion.
Jacques se contenta de sourire et de lui ouvrir les bras. C'est ainsi que Jacques et Berthe commencèrent à élever "leur enfant".
Aymeric S., Burak K. et Idir B., 4ème Escher
Toutes les femmes l'observaient quand il prit la parole :
« Je vous présente Eugène. Il n'a que quelques heures...., commença Jacques en bégayant.
- Très bien, mais qui est cet enfant ?, demanda Berthe.
- Il s'appelle Eugène... C'est mon...mon...mon fils, poursuivit-il avec difficulté.
- Quoi ! Comment osez vous ? Le jour de mon mariage ! s'exclama Berthe, rouge de colère. Outrée, elle tourna les talons et retourna dans sa chambre.
Jacques confia le bébé à sa belle mère et alla rejoindre sa femme. Elle sanglotait quand il entra.
«Sortez ! cria-t-elle.
- Non, ne voulez vous pas une explication ? supplia-t-il.
- Je pense la connaître, affirma-t-elle, mais allez-y, contez-moi votre explication.
- Vous rappelez vous de ma maîtresse ? Et bien, vos parents m'avaient donné un délai pour vous prouver ma fidélité. Pendant ce temps, je recevais des lettres de ma maîtresse mais je les déchirais aussitôt qu'elles me parvenaient. Mais ce soir ce n'était pas une de ces lettres, je l'ai donc ouverte. Dans cette lettre, il était écrit qu'elle avait accouché et qu'elle était mourante... ».
Berthe fut prise d'une grande tristesse mais comprit la situation énoncée par son mari.
«Je comprends mais vous auriez dû m'en parler avant de fuir sans aucune explication car vous m'avez laissée seule, le jour de mon mariage, devant le fait accompli ».
Berthe fut déçue de l'attitude de son conjoint mais elle résolut de lui pardonner par amour et elle accepta ce petit garçon innocent comme une mère accepte son enfant.
Lana PV, Kélia B., May-Li L, 4ème Escher