Ô rage! Ô désespoir!.... Parodier un monologue tragique
Le travail d'écriture s'est déroulé en classe durant trois séances:
-une première séance d'écriture au brouillon où les élèves ont cherché un sujet de lamentation comique puis se sont imprégnés de la syntaxe des vers de Corneille.
-une seconde séance de remédiation principalement axée sur l'enrichissement du vocabulaire.
-la dernière séance consistait à la réécriture du premier jet en tenant compte des améliorations proposées.
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Le Cid, Acte I, scène 4
Parodies d'élèves
Ô puberté ! Ô crise d'adolescence ! Ô boutons d'acné !
Ne devons-nous grandir que pour voir notre visage s'altérer ?
Et ne suis-je pas déjà assez déparée par des rails sur les dents
Que pour en plus mener des travaux guerriers sur mon front ?
Mon sourire, qui rendait aveugle la moitié de la France,
Mon sourire que partout j'arborais avec confiance,
Se cache désormais victime de barbares anneaux.
Ô cruel souvenir de ma tranquillité passée !
Tant de jours glorieux en un jour effacés !
Faut-il passer ma vie à scruter les modifications de mon âge
Et minutieusement les traquer ou à jamais les conserver ?
Laurie Ch., 4ème Alberti

Ô collège ! Ô bâtiment ennemi ! Ô fatal ennui !
Ne suis-je donc en vie que pour m'ennuyer dans ce lieu maudit ?
Et ne suis-je condamnée à rendre des travaux harassants
Que pour en plus les voir évalués défavorablement ?
Mes jambes, qui chaque matin doivent me conduire là-bas
Mes jambes, qui tant de fois ont souhaité s'éclipser de là
Tant de fois se sont impatientées sous la table
Sont désormais soumises et ne font rien pour moi.
Ô cruel souvenir de ma couette parfumée !
Repos de belles nuits dès l'aube saccagées !
Sept heures de supplice en une seule journée !
Faut-il que je me fasse par le docteur arrêter
Pour ne plus souffrir la journée et rester au lit avec volupté ?
Laure M., 4ème Alberti
Ô collège ! Ô prison ennemie ! Ô matières pénibles !
N'ai-je donc tant étudié que pour échouer face à des contrôles imprévisibles ?
Et n'ai-je passé tant de nuits blanches à potasser l'arithmétique
Que pour voir mes notes sombrer en travaux pratiques ?
Mon bras, avec lequel je tenais mon stylo préféré
Mon bras, qui me soutenait lors des interrogations notées
Se retrouve à chaque fois ankylosé et ne fait rien pour moi !
Ô cruel souvenir d'appréciations encourageantes !
Œuvre de tant de jours d'études en un jour effacée !
Nouveau contrôle fatal à ma moyenne !
Nouveau bulletin entâché de pâles résultats !
Faut-il être un génie pour réussir
Ou accepter la médiocrité et du statut de cancre se contenter ?
Fabien Z., 4ème Braque
Ô épinards ! Ô légumes ennemis ! Ô goût abominable !
N'ai-je donc pas assez vu votre détestable couleur sur la table ?
Et ne suis-je obligée de vous ingurgiter
Que pour mieux vous régurgiter ?
Ma bouche, qui apprécie tant les mets délicieux
Ma bouche, qui tant de fois vous a trouvés nauséabonds
Tant de fois a cru expirer face à votre goût hideux
Ne peut rien entreprendre pour vous rendre bons ?
Ô dégoût inexorable !
Je vous abomine dès que je vous vois sur la table !
Comment vous effacer de mon existence
Pour me sustenter sans souffrance et éviter votre malchance ?
Gloria M., 4ème Braque
Ô gastro ! Ô maladie épouvantable ! Ô déjections abominables !
Ne suis-je né que pour souffrir cet état d'harassement?
Et ne puis-je me défaire de cette pâleur déplorable
Qui résulte de l'ingestion de remèdes abominables ?
Les miasmes, qui tant de fois ont empesté ma chambre
Les miasmes, qui tant de fois ont ébréché mes pots de chambre
Tant de fois ont suffoqué mes servantes
Trahissent à chaque fois mon état et ne me soulagent pas ?
Ô cruel souvenir de ma santé passée !
Nouvelle maladie fatale à mon bonheur !
Faut-il dorénavant me passer de toute nourriture
Et vivre famélique ou cerné d'ordures ?
Abdel H., 4ème Braque