Lorsqu'il vit les parents bien loin au dernier tournant du sentier, le loup fit le tour de la maison en boitant d'une patte, mais les portes étaient bien fermées. Du côté des cochons et des vaches, il n'avait rien à espérer. Ces espèces n'ont pas assez d'esprit pour qu'on puisse les persuader de se laisser manger. Alors, le loup s'arrêta devant la cuisine, posa ses pattes sur le rebord de la fenêtre et regarda l'intérieur du logis.
Delphine et Marinette jouaient aux osselets devant le fourneau. Marinette, la plus petite, qui était aussi la plus blonde, disait à sa soeur Delphine :
- Quand on n'est rien que deux, on ne s'amuse pas bien. On ne peut pas jouer à la ronde. (...)
-Ah! Si on était trois...
Comme les petites lui tournaient le dos, le loup donna un coup de nez sur le carreau pour faire entendre qu'il était là. Laissant leurs jeux, elles vinrent à la fenêtre en se tenant par la main.
- Bonjour, dit le loup. Il ne fait pas chaud dehors. Ca pince, vous savez.
La plus blonde se mit à rire, parce qu'elle le trouvait drôle avec ses oreilles pointues et ce pinceau de poils hérissés sur le haut de la tête. Mais Delphine ne s'y trompa point. Elle murmura en serrant la main de la plus petite :
- C'est le loup.
- Le loup ? dit Marinette, alors on a peur ?
- Bien sûr, on a peur.
Tremblantes les petites se prirent par le coup, mêlant leurs cheveux blonds et leurs chuchotements. Le loup dut convenir qu'il n'avait rien vu d'aussi joli depuis le temps qu'il courait par bois et par plaines. Il en fut tout attendri.
- Mais qu'est ce que j'ai ? pensait-il, voilà que je flageole sur mes pattes.
A force d'y réfléchir, il comprit qu'il était devenu bon, tout à coup. Si bon et si doux qu'il ne pourrait plus jamais manger d'enfants.
Le loup pencha la tête du côté gauche, comme on fait quand on est bon, et prit sa voix la plus tendre :
- J'ai froid, dit-il, et j'ai une patte qui me fait bien mal. Mais ce qu'il y a, surtout, c'est que je suis bon. Si vous vouliez m'ouvrir la porte, j'entrerais me chauffer à côté du fourneau et on passerait l'après-midi ensemble.
Marcel Aymé, «Le Loup » 1934 , Les Contes du chat perché.
Mais Delphine et Marinette refusèrent de lui ouvrir.
-Lancez-moi au moins quelque chose à manger, demanda le loup.
Marinette chercha dans les provisions un morceau de viande. Delphine s'écria:
-Attends! Si le loup te prend le bras et t'attire dehors pour te manger?
Les deux filles tremblèrent de nouveau et coururent dans leur chambre. Par la fenêtre, elles virent le loup se lamenter:
-Pourquoi personne ne me fait confiance? Je réclame juste un morceau de viande et on imagine déjà que je veux vous dévorer. En plus, ma patte qui me fait atrocement souffrir m'empêche de chasser.
Sur ces mots, le loup se mit à pleurer. Les deux filles hésitèrent puis, prises de pitié, lui ouvrirent la porte.
Fabien A., 6ème Vivaldi
Finalement, les fillettes le firent entrer dans leur maison. Elles lui préparèrent un bon thé chaud et quelques crêpes. Le loup semblait apprécier ce goûter. Il n'était pas pressé de repartir.
Au bout d'un moment Delphine lui dit :
-Tu es réchauffé maintenant et les parents vont rentrer, alors pars !
-Non, je ne vous quitterai pas avant d'avoir eu ma part de chair fraîche !
Et sans pitié, il dévora Delphine et Marinette d'une seule bouchée et regagna la forêt.
Oscar G., 6ème Verdi