Le Vilain mire
transposé en pièce de théâtre
Par les élèves de 5ème E
Comédie achevée en mai 2008
En attente de représentation
PERSONNAGES
LE VILAIN
LA JEUNE FEMME
LE CHEVALIER VEUF
LE ROI
LA PRINCESSE
LE SERGENT
LES MESSAGERS DU ROI
LES PAGES
LES AMIS DU VILAIN
LES MALADES DU ROYAUME
ACTE PREMIER
Scène première
(LE VILAIN, LES AMIS DU VILAIN)
Au logis du vilain
LES AMIS : Holà !Bonjour cher compère !
LE VILAIN, tristement : Bonjour…
LES AMIS : Que nous vaut un accueil si peu joyeux ?
LE VILAIN : Je me sens trop seul, je n'ai pas de petite femme pour me tenir compagnie…
LES AMIS : Eh bien, ne vous tracassez plus ! Nous allons vous arranger cela. Quel genre de femme vous conviendrait ?
LE VILAIN, balayant la question d'un geste: Je ne sais point ! Je m'y connais en bovins et pourceaux, mais je ne m'y connais pas en femmes. Vous vous êtes proposés de m'aider, non ?
LES AMIS: Oui, mais...
LE VILAIN, coupant court et en détachant chaque syllabe : Alors, trouvez-la moi !
Scène 2
(LES AMIS DU VILAIN, LE CHEVALIER VEUF)
Dans le manoir en ruine du chevalier veuf
LES AMIS : Ayant ouï dire que vous cherchiez un bon parti pour votre fille, nous sommes venus vous proposer un bel homme, besogneux, très riche en or, en argent et en beau linge.
LE CHEVALIER VEUF, regardant en l'air : Mmm… très bien. Prenez un siège je vous prie et traitons de cette affaire.
UN AMI, chuchotant dans l'oreille de l'autre : Enfin ! J'avais mal au pied… (Haut, au chevalier) Votre courtoisie nous honore, Seigneur !
LE CHEVALIER VEUF : Bien ! Vous disiez donc que votre ami était riche ?
LES AMIS : Certes mon seigneur ! Riche en or, en argent et en beau linge.
LE CHEVALIER VEUF, à part: Etant donné mon peu de fortune, ma fille aura toujours une meilleure vie en convolant avec ce paysan fortuné que celle que je lui donne.
LES AMIS : Et bien, sire ?
LE CHEVALIER VEUF : Soit ! J'accepte votre offre. L'union se célèbrera dans les prochains jours.
UN AMI, chuchotant dans l'oreille de l'autre: Je t'avais bien dit que le vieux pingre accepterait ! (Haut, au chevalier) Nous sommes charmés d'ouïr une si bonne nouvelle ! Nous courons l'annoncer de ce pas à l'heureux élu.
Scène 3
(LA JEUNE FEMME)
Dans sa chambre
LA JEUNE FEMME, se lamentant: Quelle idée saugrenue est venue se loger dans la tête de mon pauvre père ? Me donner à un vilain ! C'est tout de même s'abaisser à un rang qui n'est pas celui d'une noble ! (Poussant un soupir d'impuissance) Oui, mais… Que puis-je faire contre la volonté de mon père ? Ma voix ne vaut rien contre la sienne ! Si ma mère était encore de ce monde, elle n'aurait jamais accepté de souiller notre lignée comme cela ! Elle l'aurait défendu : elle était si forte, si résolue ! (Se mettant à pleurer) Je ne suis pas comme elle, je suis si faible et je n'ai pas le choix… (Séchant ses larmes mais toujours abattue) Que Dieu me préserve !
Acte II
Deux semaines après
Scène 1
(LE VILAIN, seul)
Devant sa ferme
LE VILAIN, très contrarié, tournant comme un lion en cage: Ai-je commis une erreur en épousant ainsi une fille de chevalier ? Il faut bien que je continue de travailler aux champs si je veux rester riche… Mais en même temps, je ne veux pas prendre le risque qu'elle ouvre ma porte au premier jouvenceau venu dès que j'aurai le dos tourné ! Quel piège, le mariage ! (Soudain résolu) Je suis marié certes, mais je peux me défendre d'avance contre tout ce qu'elle pourrait faire ! Si je la bats tous les matins, elle pleurera tellement toute la journée pendant que je serai aux champs qu'elle ne pensera même plus à écouter celui qui voudrait lui conter fleurette… Et tous les soirs je la consolerai et lui demanderai pardon !
Scène 2
(LE VILAIN, LA JEUNE FEMME)
Au logis
LE VILAIN : Ah, on a bien mangé !
LA JEUNE FEMME : N'avez vous pas trouvé le pain trop cuit mon ami ?
LE VILAIN : Nenni ! Et les œufs étaient divinement bons ! Merci ma mie de ce sublime repas.
LA JEUNE FEMME, se levant: Bien, je débarrasse la table.
LE VILAIN, se levant aussi: Prends ceci avant de débarrasser !
(Il lui allonge de sa grosse main une gifle qui laisse la trace des doigts)
LA JEUNE FEMME, se tenant la main sur la joue et sanglotant : Mais que vous arrive-t-il ? Vous me faites mal !
LE VILAIN, la saisissant par les cheveux: Ce n'était qu'un amuse-bouche. Tiens à présent le plat de résistance ! (Il la bat de toutes ses forces) Bon, je cours aux champs. Tu peux débarrasser la table à présent.
Scène 3
(LA JEUNE FEMME, seule)
LA JEUNE FEMME, se tenant la tête entre les mains et pleurant: Pourquoi ai-je accepté ce mariage ? Je savais pourtant que les paysans étaient des personnes rustres, sans manières, mais je ne pensais pas qu'ils battaient leurs femmes. Pourquoi ai-je cédé à mon père ? Ma mère m'avait pourtant prévenue! (Se levant et répétant ce que sa mère lui disait) « Ne te laisse jamais faire par ton père, il serait capable de te marier à un lépreux, si celui-ci possédait quelques sous » (Se rasseyant) Comment aurais-je pu me douter qu'elle disait vrai ? Elle n'avait que trop raison : mon père m'a vendue à un bourreau sans cœur ! (Se relevant et commençant à faire les cent pas) Et maintenant que ce vilain m'a battue, que va-t-il me faire ? M'assoiffer ? M'affamer ? (Se rasseyant, effondrée) Oh, quel malheur ! S'il continue à me frapper comme cela il va me tuer ! En disant oui à ce vilain, j'ai dit oui à la mort ! Oh, pourquoi ai-je accepté ce mariage ?…
Scène 4
(LE VILAIN, LA JEUNE FEMME)
Au logis
LE VILAIN, agenouillé aux pieds de sa femme: Ma femme, je m'excuse de tout mon cœur du tort que je vous ai fait. Je sais que mes gestes vous ont gravement peinée et même moi je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu accomplir un acte aussi ignoble. Je ne sais ce que je puis faire pour réparer ma faute, si c'est réparable. (Lui prenant la main) Je vous en prie, dites-moi un mot, accordez-moi un geste ! (Lui serrant la main plus fortement) Maintenant, je comprendrai parfaitement que vous souhaiteriez que je m'en aille… Mais je vous aime, je vous en supplie ma douce femme, pardonnez-moi ! Je vous promets que je ne recommencerai plus cet acte monstrueux !
LA JEUNE FEMME : Je ne sais pas si je pourrais un jour oublier vos actes si injustes et impardonnables… Mais je vous laisse une dernière chance, pas une de plus. (Elle lui tend son autre main) Alors, ne me décevez pas.
LE VILAIN (sautant de joie) : Merci ma douce femme ! Je redeviendrai aussi doux que l'agneau !
ACTE III
Quelques semaines plus tard
Scène 1
(LA FEMME, seule)
A la porte du logis
LA JEUNE FEMME, accablée: Pas possible ! Il ne sait pas ce que c'est que d'être battue ! S'il savait ce que c'est, il n'agirait pas en pareille brute ! (Crispant les poings) C'est une question de vie ou de mort, je vais me venger ! Me venger de tous ces coups de bâtons non mérités ! Il faut que cette violence cesse ! (Joignant les mains) Que Dieu m'apporte quelque consolation ou alors quelque lumière pour me tirer de cette atroce situation ! Mais j'entends des voix, séchons vite nos larmes !
Scène 2
(LA JEUNE FEMME, LES MESSAGERS DU ROI)
A la porte du logis
1ER MESSAGER : Je suis épuisé mon ami. Voyez cette paysanne, peut-être pourrons-nous lui demander à se restaurer chez elle ?
2ème MESSAGER, s'adressant à la jeune femme: Oyez, paysanne ! Pourriez-vous nous offrir quelque rafraîchissement ? Mon compagnon et moi-même sommes épuisés par notre voyage, et notre route est encore longue !
LA JEUNE FEMME : Volontiers, messires. Voici du pain, du fromage et du vin. D'où êtes-vous donc, si je puis savoir ? Vous cherchez quelque chose ?
2ème MESSAGER, se servant du vin :Le roi nous envoie chercher un médecin, nous devons passer en Angleterre.
LA JEUNE FEMME, l'air surprise: Pourquoi en Angleterre ?
1ER MESSAGER, la bouche pleine: Il nous faut trouver un très grand médecin car la fille de notre roi est malade. (Avalant tout d'un coup) Une arête de poisson lui barre et lui bouche le gosier. Le roi nous a comm…
LA JEUNE FEMME, l'interrompant et lui posant la main sur l'épaule: Les bons médecins ne sont pas tous au loin ! Mon mari s'y connaît pour les humeurs : je le crois même aussi savant qu' Hippocrate !
2ème MESSAGER, lâchant sa coupe de vin: Vous voulez rire !
LA JEUNE FEMME, prenant un ton grave: Oh ! non, je n'ai guère le cœur à rire…(Se levant de table et arpentant la pièce) Mais je vous préviens : il est fait de telle sorte qu'on obtient rien de lui si on ne le bat pas.
LES MESSAGERS, se levant à leur tour, abasourdis: Vous dites ?
LA JEUNE FEMME, se rapprochant d'eux comme pour confier un secret: Ce que j'ai dit, il faut le battre pour qu'il accepte de vous soigner.
1er MESSAGER : Comme c'est curieux !
LA JEUNE FEMME : C'est curieux mais c'est tout de même commode : il guérit fort bien quand il a été battu.
2ème MESSAGER : Bon…
1er MESSAGER : Soit…
2ème MESSAGER : On n'oubliera pas ! (Se dirigeant vers la porte) Vous pouvez nous dire où il est à cette heure-ci ?
LA JEUNE FEMME, en tendant le bras vers un chemin: C'est par ce sentier… Et surtout, n'oubliez pas de le battre !
Scène 3
(LE VILAIN , LES MESSAGERS)
Aux champs
1er MESSAGER : Bonjour monsieur ! Seriez-vous ce fameux maître dont on vante les mérites dans toute la région ?
LE VILAIN : Il est vrai que je bats le blé mieux que personne.
2ème MESSAGER, bas, à l'autre: C'est un original, elle nous avait prévenus. (Haut) Veuillez nous suivre s'il vous plaît.
LE VILAIN : Pour quoi faire ?
1er MESSAGER : Pour faire le médecin.
LE VILAIN : Pour quoi faire ?
2ème MESSAGER : Le roi a besoin de vos talents et nous sommes venus vous chercher.
LE VILAIN, s'impatientant: Vous êtes fous, je ne suis pas médecin ! Laissez-moi travailler en paix !
1er MESSAGER : Arrêtez de nier et veuillez-nous suivre s'il vous plaît.
LE VILAIN, croisant les bras: Et s'il ne me plaît pas ? Je me refuse à vous suivre.
LES MESSAGERS, entre eux, à voix basse: Il nous faut hélas nous résoudre à le battre. Allons-y !
(Ils prennent chacun un bâton et ils le battent de haut en bas, de bas en haut, jusque par-dessus les oreilles et par dessous le bas du dos)
LE VILAIN : Ah ! Ah ! Soit ! Je vous suis où vous voulez ! Je suis médecin si vous le souhaitez et ne le suis pas si vous ne le souhaitez pas. (A part) Quand je pense à ce que j'ai pu faire subir à ma petite femme… Quelle honte !
(Ils sortent, le vilain entre les deux messagers et la tête basse)
ACTE IV
Scène 1
(LE VILAIN, LES MESSAGERS, LE ROI, LE SERGENT)
Dans la grande salle du palais
LES MESSAGERS : Sire, nous vous avons trouvé le médecin que vous cherchiez. Le plus fameux de tous !
LE ROI : Qu'il approche !
PREMIER MESSAGER, bas, au roi: Mais il est affligé d'un très grand défaut, c'est le plus paresseux de tous les hommes.
SECOND MESSAGER, bas, au roi: Mais à chaque problème, il y a une solution : si l'on bat notre homme de haut en bas et de gauche à droite, il révèle des dons admirables !
LE ROI : Jamais entendu parler d'un tel médecin, mais essayons. Qu'on me le batte !
LE SERGENT, s'avançant avec un bâton: A vos ordres !
LE ROI, arrêtant le sergent: Attendez ! Vous avez tout de même trop de hâte… Je vais d'abord lui offrir de le payer. (Se tournant vers le vilain, en lui tendant une bourse) Voici Maître : si vous le voulez, j'envoie chercher ma fille. Guérissez-la et vous en recevrez le double !
LE VILAIN : Sire, je vous jure et assure que je ne suis point médecin ! Il m'est impossible de guérir qui que ce soit !
LE ROI : Battez-le moi !
(Le sergent reprend son bâton et bat le vilain)
LE VILAIN : Ha, ha ! De grâce Sire, je suis médecin ! Le plus grand que vous voulez !
LE ROI, souriant et caressant sa barbe: A la bonne heure !
Scène 2
(LE VILAIN, LA PRINCESSE)
Dans la chambre de la fille du roi où brûle un grand feu commandé par le vilain
LE VILAIN, à part: Il faut que je la guérisse ou que je meurs ! Mieux vaut tout de même la guérir, essayer au moins. L'arête n'est pas dans le corps, elle est dans le gosier. Si donc j'arrive à faire rire la fille, l'arête remontera peut-être. (Se tournant vers la princesse) Regardez-moi princesse, regardez-moi bien ! C'est par ma vue que vous guérirez !
LA PRINCESSE, blême: J'espère bien grand Maître. Cela fait plus de huit jours que je ne puis ni boire ni manger.
LE VILAIN, faisant le fou autour du feu: Regardez-moi bien princesse ! Je suis le médecin bouffon !
LA PRINCESSE, s'esclaffant: Ha, ha ! Vous êtes hilarant !
LE VILAIN :Oui, c'est ainsi que vous guérirez, alors continuez à rire ! (Refaisant le fou autour du feu) Je suis le médecin bouffon !
LA PRINCESSE, riant à gorge déployée: Ha, ha, ha , ha ! (L'arête lui jaillit du gosier) Oh ! Elle est sortie ! Merci, vous m'avez guérie ! Vous êtes vraiment un grand médecin ! Mon père vous récompensera !
LE VILAIN, saisissant l'arête, fou de joie: Je cours annoncer la guérison à votre père le roi !
Scène 3
(LE VILAIN, LE ROI)
Dans la grande salle du Palais
LE VILAIN, tenant l'arête dans sa main: Sire, Sire ! Voici l'arête de votre fille… Je suis sauvé !
LE ROI, soulagé: Elle est guérie… Vous êtes un grand médecin : je vous garde en mon palais ! Vous aurez tout ce qu'il vous faut, je vous garan…
LE VILAIN, l'interrompant et se jetant à ses genoux: Non, Sire, je vous prie ! Je désire retourner chez moi !
LE ROI, catégorique: Non, Maître, je vous prie ! Je désire vous garder chez moi !
LE VILAIN : Mon travail m'attend, Sire ! Quand je suis parti, il n'y avait plus une once de farine chez nous ! Je devais porter le blé au moulin pour qu'il soit battu.
LE ROI : Pour être battu ? (Faisant signe au sergent tout en soupirant) Qu'on me le batte !
(Le sergent s'avance vers le vilain)
LE VILAIN : Grâce Sire ! Je reste !
LE ROI : A la bonne heure ! (Appelant ses valets) Qu'on me le rase, qu'on me le tonde et qu'on lui passe la robe rouge !
ACTE V
Trois jours plus tard
Scène 1
(LE VILAIN, LE ROI, LE SERGENT, LES MALADES)
Dans la grande salle du Palais
1er MALADE, agenouillé devant le trône du roi : Sire, de grâce ! Laissez-moi consulter votre grand médecin !
LE ROI : Vous le verrez, mais je vous prie de patienter avec la vingtaine de malades qui viennent de me réclamer la même faveur.
LES MALADES, en chœur : O grand Roi ! Laissez nous consulter votre illustre médecin !
LE ROI, à part : Comment contenter tout ce monde ? Même Hippocrate ne pourrait les guérir ! (S'adressant au vilain) Vous les entendez, Maître : prenez soin de ces gens là, je vous prie. Guérissez-les.
LE VILAIN, s'agenouillant, en écartant les bras : Grâce Sire ! Ils sont trop, je ne pourrai jamais tous les soigner !
Le ROI, en soupirant : Qu'on me le batte !
Le SERGENT, s'avançant vers le vilain : A vos ordres !
LE VILAIN, se relevant d'un bond : Grâce Sire, je vous les guérirai !
LE ROI : A la bonne heure ! Sachez, Maître, que si vous les guérissez tous, vous en serez fortement récompensé.
(Le roi et le sergent sortent)
Scène 2
(LE VILAIN, LES MALADES)
Un grand feu, commandé par le vilain, brûle
LE VILAIN : Par le Dieu qui m'a créé, je ne peux pas tous vous guérir ! La somme des maladies est bien trop grande et malheureusement vous n'êtes pas assez résistants !
LES MALADES, en chœur : Pitié, illustre médecin ! Guérissez-nous, guérissez-nous !
LE VILAIN, baissant la voix de manière à la rendre caverneuse : Voici donc ce que je vais faire : je brûlerai dans un immense feu le plus malade d'entre vous, et quand celui-ci sera brûlé en entier, tous les autres n'auront qu'à absorber un peu de ses cendres pour être purifiés et fortifiés.
(Les malades se regardent bouche bée)