banniere

WebLettres classiques

La transmission des manuscrits latins

Responsable de ces pages : François Giroud

L'Empire jusqu'au III° siècle

Page 1 - PAGE 2 - Page 3 - Page 4

Les libraires au sens quasi actuel apparaissent, évoqués par Horace dans ses œuvres : les Sosii (1), Tryphon (2), Atrectus (3), etc. Les bibliothèques publiques se constituent (il y en eut jusqu'à 28 à Rome), dont celle créée par Auguste en 28 avant notre ère, sur le Palatin, au temple d'Apollon, et dont la direction fut confiée à Hygin (4). Le prestige attaché à cette fonction survivra aux siècles : Giovanni Tortelli, dans son lexique latin critique De orthographia (copie de 1450), loue le Pape Nicolas V, le vrai fondateur de la Bibliothèque Vaticane, pour son projet de créer une grande bibliothèque, que Tortelli décrit comme "la plus splendide qui ait jamais existé."

Paradoxalement, le succès d'auteurs comme Virgile a pu ne pas toujours rendre service à leurs textes : éditions scolaires bâclées, approches critiques inappropriées, etc. En témoignent par exemple Quintilien, Institution oratoire 9,4,74 (5) ou Aulu-Gelle, 20,6,14 (6). Cependant, la diffusion large des auteurs de langue latine "récents" ou "contemporains" les a plutôt servis dans l'ensemble.

Au II° siècle, la mode archaïsante "ranime" la copie des auteurs les plus anciens ; Aulu-Gelle est l'incarnation de cette tendance bibliophile friande d'antiquités :

  • 5,4,1 (achat d'un exemplaire des Annales de Fabius) ;
  • 18,5,11 (Antonius Julianius acquiert un ouvrage corrigé de la main même de Lampadion "pour consulter un seul vers") ;
  • 18,9,5 (sur un livre de Livius Andronicus intitulé l'Odyssée) ;
  • 9,4 (à propos d'ouvrages achetés sur le port de Brindes) ;
  • 9,14,3 (à propos d'un ouvrage de Claudius) ;
  • 2,3,5 (2000 sesterces pour un manuscrit du deuxième livre de l'Enéide), etc.

C'est, semble-t-il, à cette époque (et surtout au III° siècle) que commence à se développer la pratique de l'abrégé (ou épitomé, ou compendium...), qui n'est peut-être pas un signe de bonne santé culturelle, mais à laquelle nous devons d'avoir une connaissance de certains auteurs dont les œuvres ont par ailleurs disparu.

Parallèlement, le remplacement progressif du "volumen" par le "codex" (une sorte de carnet relié) est décisif : la consultation et le stockage sont facilités, et cette transition a nécessité un "recopiage" des ouvrages disponibles sur le nouveau support ; cependant, il était difficile de tout transférer, et le processus s'est déroulé sans planification ni harmonisation, bien entendu. D'autres ouvrages ont donc dû disparaître, qui avaient franchi les épreuves précédentes. Ce phénomène s'étend du I° au IV° siècle, mais le plus ancien codex qui nous soit parvenu est un fragment du De Bellis Macedonicis, anonyme daté de 100 ap. J.C., qui se trouve à la "British Library". Concernant le parchemin, qui joue son rôle dans cette évolution, je vous renvoie pour son histoire aux pages de la BNF sur les supports d'écriture.


  1. Horace, Epitre I,20,2 - ou II,3,345. [retour]
  2. Quintilien, Institution oratoire, préface (epistula) ; il est aussi évoqué par Martial XIII,3,4. [retour]
  3. Martial I,117,13. [retour]
  4. Suétone, De Grammaticis,20 : "Praefuit Palatinae bibliothecae" - le texte fournit une biographie complète. [retour]
  5. "Tite-Live a commencé sa préface par un hexamètre : facturusne operae pretium sim (et cette édition initiale est préférable à la version 'corrigée')" - et en effet, les manuscrits survivants donnent un ordre différent... [retour]
  6. "On a donc eu bien tort d'altérer, dans la plupart des exemplaires de Salluste, un passage dont le texte était très pur. Il avait écrit dans le Catilina : 'Souvent vos ancêtres (majores uestrum) ont eu pitié du peuple romain' ; on a effacé uestrum et on y a substitué uestri. Cette faute s'est répandue de là dans un grand nombre de copies." [retour]


Page 1 - PAGE 2 - Page 3 - Page 4


contact Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Faire un lien - WebLettres sur Twitter


© WebLettres 2002-2017