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Article : [118] - Etudier Le Malade imaginaire en Première


vendredi 23 janvier 2004

Par Dimitri Roger

La question √©tait de savoir si l’on peut envisager l’√©tude en Premi√®re du Malade imaginaire et de conna√ģtre d’√©ventuelles r√©f√©rences pour mener cette √©tude.

Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges

De la pertinence du choix

Les avis réservés

  Le seul int√©r√™t que j’y vois, serait que vous ayez √† disposition l’enregistrement d’au moins deux mises en sc√®ne diff√©rentes (et suffisamment int√©ressantes) de la pi√®ce, ce qui permettrait de la faire passer au b√©n√©fice de l’orientation sugg√©r√©e par l’objet d’√©tude « texte et repr√©sentation ». Sinon, je ne vois pas, a priori en tout cas, quelles probl√©matiques suffisamment int√©ressantes on pourrait √©laborer sur cette pi√®ce pour un travail en Premi√®re. Mais d’autres coll√®gues apporteront peut-√™tre des id√©es diff√©rentes.
  Il me semble que votre d√©marche n’est pas tr√®s bonne, si vous me permettez une critique. Au lieu de vouloir d√©montrer aux autres avant tout que cette pi√®ce peut tenir la route au lyc√©e, je me demanderais surtout en quoi elle peut correspondre aux apprentissages que je veux dispenser √† mes √©l√®ves de Premi√®re et si elle est adapt√©e √† mon projet, √† une intuition et √† leur niveau. Une fois les r√©ponses trouv√©es √† ces pr√©alables, les « critiqueurs » se trouvent balay√©s d’office. Ceci dit, on peut m√™me √©tudier les Contes de Perrault √† l’Universit√©. Tout d√©pend de ce que l’on met dans la boite, si je puis dire. Mais inversement, je ne crois pas comme l’affirmait une de mes ex-coll√®gues que l’on peut faire la m√™me chose de la maternelle √† la Terminale. C’est pousser le bouchon un peu loin, non ?

Les avis positifs

  Il me semble que la pr√©caution essentielle consiste √† v√©rifier que les √©l√®ves ne l’aient pas d√©j√† √©tudi√© (du moins pas un trop grand nombre d’entre eux). Ensuite, dans la mesure o√Ļ vous allez les faire travailler sur la mise en sc√®ne, vous saurez adopter une d√©marche conforme √† leur niveau et aux attentes de l’examen. Il faut aussi √™tre certain que vous ayez un support d’√©tude concernant la mise en sc√®ne (un spectacle vu ensemble, une ou plusieurs vid√©os).
  Non je n’ai pas bondi devant mon √©cran, faisant partie en tant qu’enseignante et en tant que formatrice de ceux qui souhaitent ne pas « saucissonner » la litt√©rature !!! Oui √† votre choix.
  Je vous approuve sans r√©serve. Il m’arrive d’√©tudier ces textes que l’on « r√©serve » bizarrement aux √©l√®ves plus jeunes. [...] Avez-vous pens√© par exemple √† utiliser quelques textes √©crits par des m√©decins au XVIIe ou la biographie de Harvey « l’inventeur » de la circulation sanguine ? Voyez aussi La Bruy√®re pour l’hypocondrie.
  Je vous encourage dans votre entreprise, que j’ai d√©j√† tent√©e (et r√©ussie) il y a une dizaine (voire plus) d’ann√©es. [...] J’avais construit le cours « moi-m√™me » √† partir des notions clefs de l’√©tude de texte de th√©√Ętre (sc√®ne d’exposition, d√©nouement etc.) constructions de sch√©mas actantiels (je sais tr√®s √† la mode alors... mais j’op√©rais de fa√ßon dynamique, en les limitant parfois √† une seule sc√®ne et en les faisant √©tablir du point de vue de chaque personnage, ce qui rendait les choses parfois √©tonnantes).
  Tout √† fait d’accord avec vous, nombreux sont parmi mes √©l√®ves de Seconde ceux qui n’ont pas √©tudi√© un « Moli√®re » durant leurs ann√©es-coll√®ge.... Petite remarque au passage : le titre de cette pi√®ce lu √† l’envers donne « L’Imaginaire Malade »....!!! Dans son obsession de « sant√© » dans son « angoisse de mort » notre personnage montre bien qu’il est en panne d’imaginaire, de d√©sir d’o√Ļ le monologue inaugural de la pi√®ce tr√®s « beckettien » avant la lettre. c’est une parole « malade », autiste. Il serait int√©ressant d’observer les manifestations de cette « contamination » dans la pi√®ce, tant dans le langage que dans la dramaturgie.
  Le choix du Malade imaginaire est tout √† fait int√©ressant en premi√®re, et je l’ai d√©j√† √©tudi√© dans cette classe il y a une dizaine d’ann√©es. Non seulement il peut s’inscrire dans la probl√©matique « texte et repr√©sentation » mais il permet l’√©tude d’autres probl√©matiques classiques de l’√©tude des textes th√©√Ętraux, avec une certaine originalit√©, m√™me.

Quelques r√©f√©rences pour mener l’√©tude

Des ouvrages

  Avec peut-√™tre une aide du c√īt√© du Parcours de lecture de Jean JORDY si mes souvenirs sont bons, chez Bertrand-Lacoste...
  Il y a le livre de RYNGHAERT lire le th√©√Ętre contemporain collection « Lettres sup » √©dition Dunod qui aborde bien (je trouve) les pistes d’√©tude de « tout texte th√©√Ętral » sans pr√©suppos√© de niveau de r√©cepteur :.

Des liens

  Vous trouverez un secours sur ce site. Cliquez « En 1ES » puis sur « Th√©√Ętre ». Un paragraphe justifie ce choix. Voici un fragment de l’argumentaire : « Outre la satire de la m√©decine, la science ici r√©duite au charisme, ne serait-ce pas plus profond√©ment
l’intol√©rance qui est vis√©e et combien d√©faite ? On croit tous, derri√®re Hugo, qu’une t√™te bien pleine est propre √† la r√©flexion, √† l’√©coute, √† la paix sociale. Or Moli√®re met √† mal de telles Ňďill√®res. » Cette √©tude n’a pas pos√© de probl√®me √† ma hi√©rarchie, ni √† mes chers coll√®gues. N’√©tudie-t-on pas les Fables de la Fontaine du primaire √† l’universit√©, sans coup f√©rir ?
  Le texte de la pi√®ce est en ligne
  Sur la mise en sc√®ne de Nauzyciel on trouve des choses sur theatreonline
  On peut aussi consulter le site du th√©√Ętre de Montreuil
  Il existe une autre mise en sc√®ne qui doit tourner en France, celle de Philippe Faure, voir les lieux et dates sur ce site portail de la culture

Réflexions

  On peut y analyser diverses « repr√©sentations » du pouvoir, dont sa contestation selon la th√©matique « ma√ģtre et valet » avec le couple infernal Argan / Toinette, tout aussi pertinent que le couple « Dom Juan / Sganarelle » et qui ajoute la dimension « sexiste ». Cette contestation atteint son apog√©e lors de la sc√®ne I, 5 √† propos du mariage contre-nature d’Ang√©lique, dont Toinette prend √©videmment le parti. Cette sc√®ne, qui comporte de nombreuses didascalies de mouvement, explicites et implicites dans le dialogue, se pr√™te √† des hypoth√®ses de repr√©sentation).
Mais on peut aussi √©tudier le pouvoir spectaculaire et charlatanesque des m√©decins sur les malades √† la fois d’un point de vue textuel (en comparant les sc√®nes qui mettent Argan aux prises avec son m√©decin √† qui il ob√©it aveuglement et la sc√®ne de parodie-d√©tournement, celle du poumon (III,10, voire la s√©rie III,8-10) et d’un point de vue « repr√©sentation » (m√™me sans voir de vid√©o ou d’images r√©alis√©es). Faire r√©fl√©chir √† la repr√©sentation du fauteuil, du lit, des potions, des m√©decines, du clyst√®re (qu’on peut d’ailleurs rendre « fantastique » et « symbolique » de l’envahissement du pouvoir des m√©decins dans la maison, invasion marqu√©e par l’apparemment heureuse fin du IIIe interm√®de, qui s’il r√©sout les douleurs sentimentales d’Ang√©lique, n’en atteste pas moins qu’il a fallu passer par la dictature de la m√©decine, m√™me en la parodiant). Imaginer le d√©guisement de Toinette, la mise en sc√®ne de ce IIe interm√®de : tout cela rel√®ve d’une √©tude de la repr√©sentation, et selon les r√©ponses, on ira vers une lecture farcesque, comique, ou tragique de la pi√®ce : car cela peut amener, entre autres, √† un d√©bat (pascalien) sur les signes spectaculaires du pouvoir et l’illusion de force qu’ils donnent.
Cela nous m√®ne √† une autre piste : le pouvoir illusoire d’Argan sur Toinette et sur sa famille (√©videmment la sc√®ne I,5, mais aussi les sc√®nes de la fausse mort III,12-14.) qu’on peut √©tendre au pouvoir illusoire des « puissants » face au monde « r√©el » (les Diafoirus p√®re et fils incapables de mener leur entreprise matrimoniale, en d√©pit de leur latin, de leur science, et Argan qui se ferait rouler par sa femme sans le bon sens de Toinette).
Cela m√®ne au th√®me-structurant la pi√®ce celui du masque et de l’hypocrisie. (Montrer par l’√©tude du texte dit et des situations mises en jeu, comment √† un moment ou √† un autre, tous les personnages « masquent leurs intentions r√©elles » et jouent une com√©die aux autres, quelles que soient la « justesse » de leurs intentions !)
Dans la repr√©sentation, cela se voit par les costumes, et les sc√®nes de « th√©√Ętre dans le th√©√Ętre » (Cl√©anthe en ma√ģtre de chant pendant la sc√®ne des Diafoirus (II,5), la sc√®ne du poumon, les fausses morts d’Argan, le IIIe interm√®de c√©r√©monie finale)
A cette s√©rie on ne manquera pas d’ajouter la sc√®ne II,8, o√Ļ Louison, « petite masque » (sic) vient faire sa « r√©citation » : « Je vous dirai, si vous voulez, pour vous d√©sennuyer, le conte de Peau d’Ane, ou bien la fable du « Corbeau et du Renard », qu’on m’a apprise depuis peu. »). L’adverbe « Assur√©ment » qu’on peut entendre « Assure et ment » est employ√© √† deux reprises, par le p√®re et sa fille qui jouent aussi √† qui trompe qui. (On trouve cet adverbe 9 fois dans toute la pi√®ce dont les deux emplois savoureux de B√©line et Toinette en III, 12, √† propos de la fausse mort d’Argan) : √ßa en dit long sur ce th√®me du masque !
  Arthur Nauzyciel a mis la pi√®ce en sc√®ne il y a 5 ou 6 ans et la reprend cette ann√©e (au CND de Montreuil du 3 au 16 mai 2004). L’int√©r√™t en est le suivant : on joue la pi√®ce de Moli√®re mais comme une r√©p√©tition √† laquelle Moli√®re participe en acteur et directeur (r√īle d√©doubl√©), et on y ajoute un texte d’un livre qui s’appelle Les silences de Moli√®re. Cette sc√®ne pr√©c√®de la sc√®ne de Louison qui est jou√©e par la m√™me actrice adulte : elle est tr√®s belle et √©mouvante. (A l’origine c’√©tait Catherine Mouchet la Th√©r√®se d’Alain cavalier qui a cr√©√© le r√īle).
Moli√®re-Argan est assis dans un fauteuil plac√© au centre exact des gradins dont on a √īt√© les si√®ges plac√©s entre son fauteuil et la sc√®ne et il regarde entrer sa fille jou√©e par une actrice adulte (Catherine Mouchet √† la cr√©ation en 99) qui est √† la fois la fille de Moli√®re, celle d’Argan, et l’actrice qui vient « r√©citer » au p√®re-acteur-metteur en sc√®ne sa sc√®ne. A la fin de la sc√®ne, l’acteur reste sur son fauteuil immobile, tandis que l’actrice, tout en transformant le lieu sc√©nique de chambre en maison enti√®re dit un long monologue extrait du Silence de Moli√®re o√Ļ la fille de Moli√®re qui joua effectivement cette sc√®ne, raconte combien ce moment qui pr√©c√©da de peu la mort (r√©elle) de son p√®re la marqua pour la vie qu’elle mena recluse dans un couvent. Elle sortait et B√©ralde entrait pour l’acte III.
On peut comparer cette mise en sc√®ne « d√©cal√©e » avec les images attendues qu’on trouve dans les petits classiques, pour montrer cette dimension de la pi√®ce qui montre que m√™me ce moment √©d√©nique d’une vraie entente entre le p√®re et la fille (image rare chez Moli√®re) est « g√Ęt√© de l’int√©rieur » par celui des intrigues (le p√®re qui utilise sa fille comme espionne, la fille qui prot√®ge et trahit en m√™me temps sa sŇďur, la sŇďur qui d√©sob√©it √† son p√®re dont l’ordre est contre-nature), sc√®ne pr√©lude √† l’acte des r√©v√©lations, bien plus tragiques !
On peut opposer « la belle mise en ordre math√©matique », qui ouvre la sc√®ne initiale : « Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt ; trois et deux font cinq. » au burlesque d√©sordre du ballet final qui semble dire « tout est bien qui finit bien » alors que les derniers mots entendus sont : « Et seignet et tuat ! » dont la traduction est √©vidente et rime avec la fin du monologue d’Argan qui ouvrait la pi√®ce : « Ah ! Mon Dieu ! Ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin », dans un ballet de clochette tout aussi burlesque et tragique.
Du reste Arthur Nauzyciel finissait sa mise en sc√®ne en laissant Argan seul sur le plateau, dire en boucle cette phrase, assis dans le « vrai fauteuil de la com√©die fran√ßaise » et agitant en vain la sinistre clochette, tandis que le noir se faisait lentement. ».
Enfin, derni√®re remarque, Arthur Nauzycuel faisait remarquer qu’on disait beaucoup « naturel- ment » dans cette pi√®ce, et qu’il avait « nourri » les acteurs de ce jeu de mot.
Plus tard j’ai √©tudi√© ce texte en parall√®le avec Le Roi se meurt (pour la critique des m√©decins).


Ce document correspond √† la synth√®se de contributions de coll√®gues professeurs de lettres √©chang√©es sur la liste de discussion Profs-L ou en priv√©, suite √† une demande initiale post√©e sur cette m√™me liste. Cette compilation a √©t√© r√©alis√©e par la personne dont le nom figure dans ce document. Ce texte est prot√©g√© par la l√©gislation en vigueur. Fourni √† titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, il est prot√©g√© par les droits d’auteur en vigueur. Toute rediffusion √† des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.

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