Nouvelle par Hélyette
Rédaction sur le fantastique (Helyette CHANEL)
L'année dernière, ma troupe et moi nous jouions « Le Bourgeois Gentilhomme » dans un vieux théâtre d'un petit village. Le théâtre était vétuste et délabré, les sièges rongés par des souris, les rideaux déchirés, les décors brisés, il n'y avait aucune chandelle pour éclairer la scène. Le toit était troué mais, à mon grand étonnement, les tapisseries étaient intactes. Elles représentaient des pièces de théâtre ou des bals.
Après la représentation, nous allâmes nous coucher. Je n'arrivais pas à dormir malgré la fatigue. J'entendais les tic-tac de la pendule. Dehors, le vent soufflait et les volets claquaient. J'avais froid et je voulus prendre mon manteau mais je m'aperçus que je l'avais oublié dans le théâtre. Je descendis le chercher, j'essayai de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller mes camarades. Dehors, le vent soufflait plus fort que je ne le pensais, j'avais du mal à progresser.
Quand j'arrivai au théâtre, je trouvai qu'il était délabré mais il avait un air mystérieux car avec ses murs délabrés, ses couleurs délavées, son toit abîmé. La lune éclairait l'intérieur, soudain, il faisait plus chaud. La lumière augmentait, je tirais ma montre : elle marquait minuit. Une grande secousse fit trembler le théâtre, mais ne le fit pas s'effondrer : les décors restèrent intacts. Les rideaux étaient propres, neufs, frais. La tapisserie et les peintures étaient plus brillantes. Le toit n'était pas troué, les balustrades semblaient fraîchement dorées, les sièges étaient neufs, leur velours rouge était flamboyant. Dehors j'entendis des bruits de chevaux, je sortis voir, à mon grand étonnement, la ville était nouvelle, intacte. Un homme m'interpela : « Madame, vous m'avez l'air bien seule, puis-je faire quelque chose pour vous ? Un bal est organisé ce soir au théâtre, voulez-vous m'y accompagner ? ». Etait-ce à moi qu'on parlait ? Oui. Je me retournai. Jamais en rêve je n'avais vu une personne si belle. Le teint de cet homme était pâle comme la neige, sa main lisse comme l'eau, ses yeux plus clairs que le ciel, sa bouche rouge comme le sang, ses jambes découvertes. Une nouvelle fois, sa blancheur me frappa. Je tendis ma main, poussée par quelque chose. Sans m'en rendre compte, l'instant d'après, nous dansions dans le théâtre. Je me sentais aussi légère que l'air. Nous dansâmes longtemps, je ne saurais dire combien de temps. Le chef d'orchestre annonça le dernier morceau. Plus le morceau approchait de la fin, plus je sentais sa main se refroidir, il était de plus en plus lourd. Avant la fin, nous allâmes nous asseoir. Soudain, il prit ma main et enfila une bague à l'annulaire gauche. Le morceau prit fin. Il me tendit un éventail puis s'enfuit. Avant la sortie, il s'écroula. Je sentis mon c½ur battre à tout rompre, je me précipitai pour le relever mais il avait disparu : un simple décor se dressait à l'endroit où l'homme s'était écroulé. Dans le théâtre, il y eut une nouvelle secousse. Cette fois-ci, le théâtre se délabra, les rideaux se déchirèrent, un trou se forma dans le toit. Prise de panique, je m'évanouis.
A mon réveil, mes camarades me tamponnaient les tempes, nous étions dans le théâtre, je vis le jeune homme dans l'un des décors. Dans la main, je tenais l'éventail et la bague…