Nouvelle fantastique Yamna A.
Le violon
Monsieur Durand, un grand ingénieur, expliqua à son meilleur ami : « Tu sais, les choses vivent et parlent. » Et il raconta : « Je travaillais chez moi quand on sonna à la porte. J'allai ouvrir. Sur le seuil se trouvait une femme, âgée d'une soixantaine d'années. Elle me dit qu'elle venait de la part de mon père. Je fus tout ébahi que mon père prît contact avec moi. Ça fait maintenant presque trente ans que je n'ai pas vu ni parlé avec mon père. En pensant à ce long temps, je vis que la femme avait une boîte de violon dans sa main droite et une lettre dans sa main gauche. Je lui proposai de rentrer chez moi. Elle accepta ma proposition. Aussitôt rentrée, elle m'annonça qu'elle avait quelque chose de très important à me raconter. Nous nous assîmes sur le canapé, et elle commença à parler :
Je m'appelle Marguerite, et vous allez me croire folle. Mais je vous promets de ne vous raconter que ce que j'ai vu. Tout a commencé avec la mort de votre père, Robert Durand. – Oui, votre père est mort, je suis profondément désolée, toutes mes condoléances. Votre père était mon seul voisin, et moi sa seule voisine. Nous avions tous les deux une villa, l'une à côté de l'autre. Je ne connaissais pas vraiment votre père, je savais juste qu'il était un très grand violoniste. Chaque jour, je l'entendais jouer. Le jour de son enterrement, fort accablée, je décidai d'aller tout de suite me coucher. Une fois au lit, j'entendis une mélodie, mais pas n'importe laquelle. C'était le violon de Robert Durand. La musique était triste, comme si quelqu'un pleurait. D'abord je croyais que c'était mon imagination qui me jouait des tours après l'enterrement. J'avais peur, très peur. Le violon ne cessa de jouer. Alors, je décidai de me lever. En sortant de ma villa, j'entendis la mélodie de plus en plus clairement et ma peur augmentait de plus en plus, aussi. Je fus convaincue que ce n'était pas une hallucination de ma part. Même si Monsieur Durand ne recevait jamais de visite chez lui, il devait y avoir quelqu'un dans sa maison. Malgré ma peur qui augmentait et augmentait, j'allai voir ce qui se passait dans la villa voisine. Devant la porte, je sonnai plusieurs fois, mais personne n'ouvrit. Le violon continuait à jouer, et à ce moment-là, j'entendis encore plus clairement le violon de Robert Durand. Je ne sais pas pourquoi, ni d'où me vint la force. Je fracturai la porte qui était tout de même fermée à clé et je rentrai. J'ai appelé plusieurs fois pour savoir s'il y avait quelqu'un. Mais personne ne répondit. Alors, je pensai que la personne qui jouait du violon ne m'entendait pas. Je montai l'escalier, en suivant la mélodie. Et j'arrivai devant une porte que je jugeai être celle du bureau de votre père. J'ouvris la porte. Quand je vis ce qu'il se passait derrière la porte, la peur me traversa comme un courant électrique. Rien que de vous le raconter me fait frémir. Devant mes yeux, jouait un violon tout seul. L'archet dansait sur les cordes du violon sans qu'une main et un bras ne le fassent bouger. Le violon lui-même se berçait comme si une fureur mélancolique l'animait. Mes dernières pensées, avant que je ne défaille furent : "Un violon qui joue tout seul !"
Quand je me réveillai, je vis une lueur traverser les rideaux. Mes yeux se posèrent sur le violon qui, en jouant toujours, plana sur un bureau. Tout à coup, je vis sur le bureau une lettre adressée à un certain Martin Durand. Quelque chose, je ne savais point quoi, me dit que je devais ouvrir la lettre. Et je le fis. Dans la lettre, il n'y était écrit que quelques lignes : « Le violon est pour toi, mon fils. Prends-en bien soin, ça fait longtemps que ce violon attend d'être en ta possession. » La lettre était signée par Robert Durand.
J'ai donc décidé d'exaucer le dernier v½u de Robert Durand et le premier v½u du violon. Je n'arrivais pas à croire ce que j'avais vu. Dès que j'ouvris la lettre, le violon arrêta de jouer et se posa sur le bureau. Vous pouvez croire que je suis folle, mais prenez le violon. »
Sur ces mots, Marguerite se leva et se dirigea vers la porte de mon appartement. Je t'assure, j'étais trop étonné pour faire quoi que ce soit et restai assis. Quand la porte de mon appartement se ferma, je sortis de ma transe. Avec le violon de mon père dans les mains, je courus vers la porte pour rattraper Marguerite. Mais celle-ci avait disparu. Je rentrai chez moi pour digérer toute cette affaire. C'est vrai que mon père jouait du violon. Mais ce qui m'étonne est qu'il m'a offert son violon, pourtant nous ne nous sommes plus vu depuis trente ans et n'étions pas en bons termes. Je ne sais pas si je peux croire cette Marguerite. Mais au fond, cela n'a aucune importance. Depuis, je ne la revis plus, mais je lui envoyai une lettre avec un seul mot : « merci ! ».