LE PLAISIR DU TEXTE

Nouvelle fantastique Merlin Chao

Par Lamartine - publié le mardi 24 novembre 2015 à 05:02 dans Nouvelles fantastiques 4ème

Il y a bien longtemps, alors que la mort tragique de ma pauvre femme remontait à peine à un an, l'envie me prit de déménager car mon ancienne maison me rappelait trop le deuil de ma fiancée.

Je vendis donc ma maison et, en attendant que l'acte fût signé, je séjournai à l'hôtel pendant deux mois. "L' échiquier" était un bel hôtel, et je connaissais bien son patron : M. Aric. Lorsque je passai ma première nuit à l'hôtel, M. Aric me proposa de faire une partie d'échecs. j'acceptai, et M.Aric me montra le fameux jeu qui faisait la fierté de l'hôtel. Il était magnifique, tout de cristal et de marbre noir mais curieusement, il m' inspirait de la peur. Les pièces avaient l'air de souffrir et seul le roi, au teint basané et aux yeux incrustés d'émeraude, semblait serein. Je faillis renoncer à la partie pour cette raison mais je me repris et nous commençâmes. M. Aric était un joueur redoutable. Je lui dis que je n'étais pas assez en forme pour continuer, et lui proposai de continuer le lendemain. Il m'avait déjà pris deux pièces et moi une seule.

Le lendemain, je fus réveillé par un énorme vacarme. En descendant à l'entrée, je constatai une foule de journalistes et de policiers. Plus tard, j'appris la raison: trois clients avaient été assassinés pendant la nuit. M.Aric alla à ma rencontre:

-"Comme c'est terrible, me dit-il, et quelle mauvaise publicité pour l'hôtel! Je dois me changer les idées. Pourquoi ne continuerions-nous  pas notre partie d'échecs ?"

Cette fois, je reprenais la main. Je lui pris une pièce. Un groom au teint basané et à l'oeil mauvais interrompit notre partie en demandant à M.Aric de le suivre immédiatement car il y avait un sérieux problème. Je ne pus m'empêcher de les suivre discrètement. Le groom conduisit M.Aric vers une petite salle derrière le réfectoire. Quand il ouvrit la porte, je faillis m'évanouir. Une femme était poignardée, le visage terrifié par ce qu'elle avait dû voir avant sa mort. Sa vue me remplit de mauvais souvenirs. Elle était brune comme ma fiancé. Et le couteau était planté au même endroit, au milieu du dos. M.Aric n'en menait pas plus large. Il était blanc comme la morte.

-" C'en est trop, je ferme l'hôtel !

Sortant de ma cachette, je m'écriai :

-Et quand ça?

M.Aric, pas surpris le moins du monde, me répondit :

- Je ne sais pas, le plus tôt possible. Quand nous aurons fini notre partie, par exemple."

Le soir venu, nous continuâmes la partie comme si c'était la seule chose qui puisse le réconforter de ces horribles meurtres. Je lui pris une pièce et nous nous arrêtâmes là car il se faisait tard.

En retournant dans ma chambre, j'entendis un bruit derrière moi. Il faisait sombre et ce bruit m'intriguait. Je m'approchai donc de sa source. Soudain, il me sembla que quelque chose d'énorme bougeait. Pris de panique, je m' élançai à travers les couloirs. Mais je trébuchai contre le tapis et tombai dans un bruit de verre : mes lunettes de lecture s'étaient brisées. Affolé par le noir et par la chose qui semblait s'approcher de plus en plus, je me mis à chercher à tâtons une lampe ou une bougie dans une armoire. Lorsqu'enfin j'allumai une bougie, la chose se tenait devant moi.

C'était un homme grand qui, sans que je sache pourquoi, pourquoi me terrorisait. Soudain, je compris : c'était le portrait craché du roi des échecs, avec son teint basané et ses yeux vert émeraude. Sauf que celui-ci mesurait plus de deux mètres.

-"Bonjour Louis, c'est bien toi qui joues avec mon jeu d'échecs?

Je protestai.

-Ne fais pas l'innocent, reprit-il d'une voix menaçante, c'était une question rhétorique. Car je sais tout! Je sais que tu a poignardé ta femme, il y a un an. Et tu sais pourquoi ? Parce que je suis le diable! Mais toi, sais-tu que c'est en jouant à mon jeu que tu as tué tous ces gens? Chaque pièce est associée à un client de l'hôtel et à chaque fois qu'on prend une pièce, la personne associée meurt, par mon intermédiaire bien sûr. Et aujourd'hui, c'est ta propre pièce que tu as prise. Mais je te propose un marché car tu es la seule personne de l'hôtel capable de l'accepter : Termine la partie, fais un carnage! En échange, je te laisse vivre et je trouve un bouc émissaire pour tous ces meurtres. Réfléchis bien!

Et le diable disparut sous une épaisse fumée noire. Mes sentiments étaient mitigés, je n'avais aucune envie de faire tuer d'autres personnes, mais de là à en mourir moi-même... Je ne parvins pas à dormir de la nuit tant j'étais torturé par ce cruelle dilemme.

Le lendemain matin, ma décision était prise : j'allai voir M. Aric pour lui demander de terminer la sanglante partie. Inutile de vous en dire plus. Il y eut sept autres morts. Mais ne me prenez pas pour un assassin. Pendant les jours qui suivirent, je réussis à me convaincre que le diable n'avait jamais existé, et que le nombre de pièces prises et le nombre de morts étaient une coïncidence.

Une semaine plus tard, on retrouva le tueur en série. Quand j'appris ça, j'achetai immédiatement le journal. La photo de la une était celle du groom au teint basané, menotté et encadré par deux policiers. Lorsque je fouillai dans la poche de ma redingote pour chercher mes lunettes de lecture, je m'aperçus qu'elles étaient brisées. D'ailleurs, le diable n'avait-il pas dit qu'il trouverait un bouc émissaire?


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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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