Sur les chemins de la Mémoire | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le voyage en wagon par Amandine
Moi André j'ai 14 ans, je suis juif donc condamné à la mort par Hitler, je suis avec ma mère et mon frère. Nous sommes dans le camp de Drancy, tous les jours, il y a de nouveaux juifs qui arrivent. Ici nous ne faisons qu'attendre et nous arrivons avec difficulté à ne pas mourir de faim.
Par un jour de juillet, des miliciens nous font signe de nous mettre en ligne et des les suivre, je tiens très fort la main de ma mère, j'ai peur !!
Dans ce wagon, je suis embarqué avec des hommes, des femmes, des nouveaux-nés, des vieillards. Nous sommes entassés corps à corps. Nous n'avons que deux petits trous d'air, c'est avec difficulté que nous arrivons à respirer. Avant d'être embarqués nous avons eu deux tranches de pain, mais depuis … plus rien. Il y a un bac vide, un genre de tonneau pour les besoins intimes. Tous les matins un milicien vient jeter un coup d'œil dans notre wagon pour voir s'il n'y a pas de morts, beaucoup de gens deviennent fous. Ici, il règne une ambiance qui est difficile à expliquer, les gens se regardent du coin de l‘oeil, on se méfie les uns des autres, peu de gens se parlent. Dans le wagon qui est à côté du notre, des hommes ont essayé de s'enfuir en perçant le plancher, un SS s'en est aperçu et a ordonné aux passagers du wagon de descendre pour déterminer le coupable. Après nous avoir menacés, les deux hommes sont dénoncés et obligés de se déshabiller et de courir, les SS leur tirent deux balles dans la nuque.
Je voudrais exprimer mes sentiments, crier, enlever cette haine et cette peur qui sont en moi, je me sens si seul, tout se bouscule dans ma tête. J' assiste à des scènes si terribles que j'en fais des cauchemars, un SS a arraché le bébés des bras de sa mère et l'a écartelé de ses mains nues, je l'ai vu battre aussi deux hommes à mort avec son fusil, parce qu'ils n'avaient pas exécuté ses ordres convenablement car ils ne comprenaient pas l'allemand.
Les wagons se sont arrêtés dans un bruit de ferraille. Les wagons s'entrechoquent au moment du freinage, les SS commencent à hurler sur le quai, les wagons commencent à être ouverts dans un grand fracas et ils font l'inspection, wagon par wagon pour voir s'il y a des morts, s'il reste encore des survivants. Beaucoup de gens sont morts, d'autres sont devenus fous. Les yeux d'un SS se fixent sur moi et me font signe de descendre. Tout d'un coup, j‘ai un sentiment de crainte, d'inquiétude. Je commence à être plongé dans un monde qui n'est pas le mien et qui n'a rien de logique à mes yeux et qui n'a rien de ressemblant avec ma vie d'avant.
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