Sur les chemins de la Mémoire | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le voyage en train de Joseph Reichmann par Jessica (et corrigé par Pauline)
Nous sommes arrivés à la gare, ma mère et moi. On suit les autres jusqu'au wagon, escortés par la police française. Puis on nous fait monter dans les trains, un par un. Ma mère s'accroche à moi car l'idée de me perdre la bouleverse. Devant, on entend déjà les cris des familles séparées par la police. Alors, je sens la main de ma mère se serrer autour de mon bras. Vient notre tour de monter dans ce fameux wagon et deux policiers s'avancent alors vers nous. Puis, par un hochement de tête, l'un des policier me désigne et l'autre s'empare de moi, m'arrachant à l'emprise de ma mère. J'entends derrière moi ses hurlements qui m'appellent et qui les supplient de me laisser avec elle: «laissez mon fils, ne me l'enlevez pas, je n'ai que lui, je vous en supplie ». Je me retourne et tends la main pour essayer de revenir vers elle. Mais le policier force l'allure et lorsque je me retourne une dernière fois il l'entraîne déjà vers un autre wagon. Je hurle, pleure et me débats. Devant le wagon on m'y pousse avec force. La porte se referme sur nous. Je regarde alors autour de moi et remarque que je ne suis pas le seul enfant. Il y a aussi des personnes âgées, des femmes, des hommes, des nourrissons. Le wagon est petit et nous sommes serrés à ne pouvoir nous déplacer. J'entends les coups de sifflet des policiers et me rend compte que le train part.
Pour l'instant, je me pose plusieurs questions: Vers où allons nous? Qu'allons nous faire une fois arrivés? J'ai faim et soif, et je me demande si ceux qui nous ont emmenés dans ces wagons vont nous faire sortir et nous nourrir, mais après plusieurs heures d'attente et d'espoir, rien ne vient. La nuit est le moment que je redoute le plus, vu qu'on est serré on ne peut pas tous s'asseoir en même temps. Le deuxième jour, il commence à y avoir des morts. Il s'agit surtout des personnes les plus faibles comme les nourrissons et les personnes âgées. L'odeur des cadavres et de la transpiration est insupportable. J'entends des voix, des murmures de personnes qui parlent et d'autres qui demandent quand on arrive. Le troisième jour, l'odeur est de plus en plus insupportable : à celle de la sueur et des cadavres s'ajoute celle des excréments. Alors trois personnes, des jeunes, choisissent de s'évader. Ils ont gardé des outils que la police n'avait pu leur arracher. Ils se mettent au travail pendant que l'un fait le guet. Celui-ci observe l'extérieur grâce à son miroir. Mais, malheureusement, à un moment, le soleil se reflète dans le minuscule bout de verre et aussitôt les Nazis arrêtent le train. On nous fait sortir. On s'aligne en rang. Un homme à bout de nerfs les dénonce. Alors, ils prennent les trois jeunes, les alignent face au fossé et leur tirent une balle dans la tête. Le coup de feu me raidit et me pétrifie. Je vois les corps tombés et on nous fait remonter dans le train. Quatrième jour: vais-je revoir ma mère et mon frère? Il y a toujours des cadavres et cette odeur pestilentielle m'irrite le nez. J'ai des crampes aux jambes, aux bras .
Nous sommes arrivés au camp.
On nous fait sortir et on nous emmène dans des baraquements. Des structures en bois forment des lits dans lesquels on rentre a quarante. Ils ne sont pas confortables bien sûr! Nous sommes arrivés dans ce camp mais je garde toujours espoir.
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