Sur les chemins de la Mémoire | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Voyage de Joseph Reichmann par AurélienDes coups frappés à la porte résonnent dans la pièce. Un gendarme fait irruption dans la salle qui nous sert de dortoir et nous secoue en criant : -Vite ! Vite ! Tous dans la cour ! Nous nous sommes tous retrouvés sur la terre pieds nus, sans rien sur le dos au milieu du camp. Il faisait encore nuit et le soleil commençait à se lever. Les gendarmes nous ont montés dans des camions. Je fus séparé de ma mère. Le camion nous a déposés à la gare Le Bourget. Les gendarmes nous ont fait attendre devant la gare. Des S.S sont arrivés puis nous ont fait rentrer par centaines dans des wagons à bestiaux. La folie d'un homme, qui se croit supérieur à nous, a réussi à nous réduire en esclaves. Une telle injustice me révolte mais je ne peux rien faire ! Je me retiens. J'entrevois mon frère qui entre dans le wagon attenant au nôtre. Des cris, des hurlements nous fatiguent les oreilles. Des S.S tapent les handicapés ou les révoltés qui ne veulent ou ne peuvent pas rentrer dans la masse de juifs. Certains meurent. Les soldats allemands claquent les lourdes portes. On entend le cliquetis du cadenas qui se ferme. Puis un long silence s'installe. Je remarque qu'il n'y a presque pas d'ouverture et que l'on ne peut bouger. Un léger recul et le train démarre. Des enfants se remettent à brailler pour chercher leurs parents. Des femmes cherchent leur mari ou conjoint en pleurant. Et moi dans tout cela je reste abasourdi par la démence de l'homme. Que faire ? Que dire ? Plus de réponses. Je fais abstraction de ce qui m'entoure et j'essaye de n'entendre que le son monotone d'un train qui part vers l'inconnu.
Nous devons rester debout. Tenir jusqu'à l'arrivée. S'il y en a une. On n'entend plus les cris et maintenant on n'entend plus que certains hommes qui parlent tout seul. Plusieurs personnes sont mortes mais ne peuvent s'écrouler : nous sommes tous serrés. Nos habits et nos cheveux sont collés par la sueur. La nourriture nous manque. Je n'ai plus aucune notion du temps. Quel jour sommes-nous ? Le lundi ? Le vendredi ?
J'ai sympathisé avec un jeune homme. On s'est raconté notre vie, nos rêves. Dans d'autres circonstances j'aurais aimé l'écouter.
Certains ont essayé de s'enfuir en sciant le fond du wagon avec une petite scie emmenée. Un autre faisait le guet avec un miroir. Malheureusement un S.S a découvert le reflet du soleil. Ils ont arrêté le train et ont ouvert violemment la porte. Ils ont discuté ensemble et nous ont crié : -Qui responsable ? Qui ? Personne n'a parlé. Une minute s'est passée sans que rien ne bouge. Je ne voulais pas les dénoncer. Le soldat a reposé sa question plus fort. Il s'est exclamé : -Je massacre tout le wagon si personne ne se dénonce ! J'ai entendu plusieurs murmures. Puis un homme est sorti du groupe et a désigné les coupables : -C'est eux ! C'est eux ! Ne me tuez pas ! Un soldat a dit à l'un d'entre eux de se mettre tout nu. Puis il a tiré. J'ai eu un haut le cœur mais j'ai retenu ma peur. Il a ensuite dit aux deux autres de courir puis il a tiré lâchement dans leur dos. Effrayés, nous sommes tous ramenés dans le wagon. Le train repart dans un silence insupportable. La chaleur règne. L'odeur de la sueur devient insupportable. Le train ralentit : nous arrivons. Que va-t-il se passer ?-Schnell ! Schnell !Déposer un commentaire { Page précédente } { Page 46 sur 70 } { Page suivante } |
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