La poésie, à quoi ça rime?
LE DORMEUR DU VAL
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
7 octobre 1870
Arthur Rimbaud
J'ai choisi ce poème plus par défaut que par réel choix. S'il n'en avait tenu qu'à moi, je me serais de mon plein gré orienté vers la poésie orientale, d'un style assurément pas moins complexe mais ma foi bien moins pompeux. Je l'ai choisi aussi car il s'agit d'un classique des manuels de nos jeunes années de collège, où l'on pouvait encore nous obliger à ingurgiter des kilomètres de vers sans broncher. Somme toute, la belle époque…
Toutefois, malgré ce que semble dénoncer ma tirade avec maintes critiques, le sujet de ce poème n'est pas pour moi sans intérêt aucun. Non pas que mon goût du morbide ne connaisse aucune limite, mais parce que la guerre (le soldat du poème est probablement inspiré des morts de la guerre franco-allemande de 1870, et plus particulièrement par la bataille de Sedan, qui scella la défaite française le 3 septembre 1870) est simplement un sujet historique et qu'il peut être bon pour notre culture générale de s'y intéresser un temps soit peu.
De plus, la construction du poème est elle-même intéressante : le début nous présente un lieu apparemment normal, et je dirais même plutôt quelconque. La chute est abrupte et soudaine, nous ramène brutalement dans la réalité cataclysmique de la guerre, si l'on se place dans le contexte de l'époque d'écriture.
La poésie, à quoi ça rime ?
Il faut tout d'abord définir la poésie : « La poésie est un genre littéraire, écrite en vers ou en prose où l'importance est accordée à la forme. La poésie est un art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue. Elle reste cependant difficile à définir, et cette définition varie d'ailleurs au fil du temps, au point que chaque siècle peut lui trouver une fonction et une expression qui varie aussi d'auteur en auteur.
Le mot « poésie » vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer. Le poète, héritier d'une longue tradition orale, privilégie la musicalité d'où, dans la plupart des textes poétiques, le recours au vers qui apporte aussi la densité. Mais le poète recherche aussi l'expressivité par le poids accordé aux mots comme par l'utilisation fréquente des figures de styles et au premier chef des images, comparaisons et métaphores, recherchées pour leur force suggestive. »
Wikipédia
La poésie au cours des siècles et au gré des auteurs trouve sont sens en plusieurs fonctions.
Pour le poète lyrique, la poésie est avant tout un vecteur de l'expression de ses sentiments, de son exaltation et de ses passions. On trouve majoritairement des poètes lyriques parmi les romantiques (eux aussi très spécialisés dans le registre « expression du moi et des sentiments ») mais aussi plus tard.
Pour le poète prophète, il s'agit de « de dépasser le réel et d'ouvrir des « champs magnétiques » novateurs mettant au jour l'inconscient ».
Pour le poète engagé, il s'agit d'être en quelque sorte le guide du peuple. Les poèmes sont engagés pour une cause et présentent en général une forme de résistance, souvent liée au contexte d'écriture.
Pour le poète artiste, il s'agit de mettre l'accent sur la forme, avec par exemple l'utilisation de calligrammes ou autres méthodes. Il s'agit aussi d'utiliser la versification et les règles établies en matière de poésie pour les pousser à leur paroxysme afin d'obtenir rien de moins qu'une forme de « perfection ».
Au cours des siècles, et sûrement aussi pour ceux à venir, la poésie trouve un sens et s'adapte au besoin de ses créateurs en rimant ma foi comme bon leur semble. Elle est « élastique » et peut s'adapter à tous les besoins. Il est toutefois préférable d'en recommander une utilisation judicieuse, car elle fait partie pour longtemps encore des arts qui composent notre postérité culturelle.