Satura

Je veux de la poudre et des balles.

Par MISSAIRE1S2 - publié le vendredi 4 mars 2011 à 11:56 dans La poésie, à quoi ça rime?

Mon poème préféré

 

L'Enfant

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

Victor Hugo, Les Orientales, 1829

 

 

J'ai choisi de parler de L'Enfant de Victor Hugo, tout d'abord, pour la simple et bonne raison que, de tous les poèmes que j'ai pu lire ou que j'ai pu étudier, dans ma scolarité, c'est celui que j'ai le plus aimé, celui qui m'a le plus marqué.

Si j'apprécie ce poème, c'est en grande partie pour son efficacité et sa force d'argumentation. Je trouve Victor Hugo très habile, notamment dans sa façon de mettre en parfait contraste les ravages des Turcs dans la ville de Chio et ce jeune et bel enfant, errant dans les décombres. Se trouvent mêlés dans ce poème, les champs lexicaux parfaitement opposés, de la mort et de la solitude d'un côté, incarnés par la guerre et ses ravages, et de la beauté et de la douceur de l'autre, incarnés par l'enfant. Nous sommes alors facilement amenés à comprendre que, normalement, ces deux univers ne devraient pas se côtoyer, mais que la guerre ne choisit pas ses victimes et qu'elle s'en prend aussi à de parfaits innocents.

De plus, si j'aime ce poème, c'est également parce qu'Hugo fait appel aux sentiments. Il recourt à un ton relativement solennel et nous présente cet enfant, si beau et si calme, ce qui ne peut que provoquer notre attachement. Nous ressentons alors de la pitié, de la peine à son égard, mais également de la révolte car il nous parait injuste qu'un tel sort soit réservé à un enfant. Nous sommes ainsi d'autant plus choqués de ses propos à la fin du poème car ils ne devraient pas être tenus par un être si jeune.

Ainsi, en recourant tant à la conviction qu'à la persuasion, je trouve qu'Hugo fait de son poème, un texte présentant une argumentation solide et construite, apte à marquer les esprits et à susciter une certaine réflexion.    

            Pour moi, ce qui fait également la force de L'Enfant c'est son aptitude à s'adresser à tout le monde. Ce poème est, de mon avis, universel et intemporel. Qui ne ressentirait pas un profond sentiment d'injustice à la vue des ravages, tant physiques que morales, des guerres sur des êtres si innocents qu'un enfant ? Qui pourrait ne pas être touché par ce petit garçon, apparemment si pur et si innocent, qui, plutôt que de demander de la joie  pour apaiser son chagrin –représentée par la fleur, le fruit ou encore l'oiseau -, préfère demander « de la poudre et des balles » pour se venger ? Qui pourrait trouver cela normal ? L'enfant semble avoir perdu toute envie de rire, toute envie de s'amuser et nous sommes tous amené à comprendre qu'en fait, ce n'est même plus à un enfant à qui nous avons affaire à la fin de ce poème mais à un jeune adulte qui a grandi bien trop vite et qui ne pense plus qu'à se battre. Ainsi, en lisant ce poème, je pense que chacun peut comprendre que la guerre à des répercussions, certes physiques mais également morales sur les individus. Elle conduit non seulement à la tristesse mais pousse également « ceux qui restent » dans le cercle infernal et interminable de la vengeance.

Pour finir, je dirais que d'une manière plus générale, je trouve que ce poème nous conduit à nous remettre en question et à nous interroger sur nos actes et leurs portées. 

             

 

La poésie, à quoi ça rime ?

La poésie est un genre littéraire très ancien, remontant à l'Antiquité. Elle connaît des formes très variées, écrites généralement en vers. Le mot « poésie » vient du grec « poiein », qui signifie « faire ; créer » : le poète est donc une sorte d'inventeur, associant les mots pour leur donner un sens, une vie. La poésie est un genre unique dans la mesure où c'est, presque uniquement, par une utilisation singulière de la langue, que l'auteur entend exprimer ou suggérer quelque chose. Nous nous intéresserons donc à ce genre en voyant qu'elles peuvent être ses fonctions.

A l'origine, la poésie était un genre destiné à être chanté, accompagnée d'une lyre, et donc à être entendue. Le but premier du poète est alors, avant toute autre chose, de créer un ensemble beau et cohérent, un ensemble juste et équilibré. La poésie est le lieu de jeux avec les mots, la grammaire, les figures, mais aussi la forme, le rythme et les sonorités. Elle est un genre libre, ne répondant pas forcément à toutes les exigences du monde commun et peut alors être le lieu de combinaisons infinies, visant à créer un tout agréable à lire et à écouter pour le public. Verlaine le dit lui-même, dans L'art poétique : « La poésie est de la musique avant toute chose ». La poésie semble ainsi avoir une finalité commune au genre musical : aboutir à une véritable harmonie. C'est pourquoi nous pouvons dire que le genre a pour fonction capitale de procurer du plaisir esthétique, en proposant aux lecteurs, une Beauté aussi bien visuelle qu'auditive.

Le poète peut alors, à travers toutes les ressources possibles de la langue, inventer une sorte de nouveau langage. Il créé ainsi un monde nouveau, un monde invisible dans lequel presque tout est permis. De plus, la poésie est propre à frapper l'imagination, grâce à ses figures et son langage imagé. Chacun peut se faire sa propre interprétation des lieux, des personnages présentés. La poésie propose, en fait, une sorte de voyage, comme dans Parfum Exotique de Baudelaire, qui propose la découverte d'un ailleurs idéal et lointain. Les lecteurs peuvent ainsi s'évader le temps de quelques instants. La poésie nous invite donc à quitter notre monde réel.

On associe bien souvent le genre poétique au registre lyrique, les poèmes étant, depuis toujours, reconnus comme étant un moyen privilégié pour l'expression des sentiments, des émotions. La poésie est alors un lieu où l'auteur peut faire part de son ressenti, de ses sensations, qui peuvent, cependant, prétendre à retracer des sentiments communs à tous les hommes. Les poètes entendent ainsi mieux toucher le lecteur, mieux capter son attention en lui proposant d'entrer au sein-même de leur intériorité. Le lecteur ressent alors une certaine complicité, une certaine proximité avec l'auteur et est apte à lui-même ressentir les émotions transmises, qu'il s'agisse de la peur, de la tristesse, de la joie, de l'amour, etc… La poésie apporte donc également du plaisir à travers ce partage de sentiments.

 

Mais s'il paraît évident que les poètes entendent faire part de leurs sentiments aux lecteurs, ne peuvent-ils pas user de ce procédé de partage d'émotions avec le public pour lui adresser un message ? En effet, la poésie peut se vouloir engagée. Elle peut avoir pour but de défendre une cause, une idée, d'inviter à la réflexion et d'élargir les esprits – c'est la raison pour laquelle, la poésie fut un genre littéraire particulièrement touché par la censure -.  La poésie peut nous rendre apte à mieux voir les choses et à mieux les comprendre. Ainsi, elle met sa Beauté ainsi que son langage, musical et imagé, au service d'une véritable argumentation (directe ou indirecte). Elle apparaît comme un genre propice à apporter un enseignement de par sa capacité à susciter l'imagination et l'adhésion des lecteurs. Et c'est pourquoi, de très nombreux auteurs, de tous temps, tels Victor Hugo par exemple, ont recouru à la poésie dans le but d'exprimer leurs sentiments, leurs points de vue, à propos de tel ou tel sujet. La poésie a donc également une fonction didactique.

 

Pour conclure, nous pouvons dire qu'au final, la poésie, se veut être un genre de partage, un genre où l'auteur entend créer une véritable proximité avec ses lecteurs, que ce soit pour lui faire partager un moment de pur plaisir esthétique, des sentiments ou bien pour lui apporter un enseignement.   

 

Je préfère les poèmes non engagés

Publié le lundi 9 mai 2011 à 19:29 par SAINTJEAN1S2
J'aime bien ton poème, je le trouve touchant et j'apprécie le mode d'écriture de Victor Hugo. Puis je suis d'accord avec ton point de vue sur la fonction de ce poète, Victor Hugo est un poète engagé et il a toujours voulu servir de messager. Ici il utilise les sentiment du lecteur, comme la compassion que l'on éprouve pour cet enfant, qui est un "idéal" car il nous présent le tableau de l'enfant : " blond, beau,bel, doux, merveilleux... Et qui est dépassé par les évènements. Mais je préfère les poèmes non engagés et partisan de l'art pour l'art qui ne font pas passer de leçon et qui utilise le lyrisme, ce qui crée des liens avec le lecteur. Car je les trouve plus attrayant et plus "beaux".

Modifié par samsagace63 le lundi 30 mai 2011 à 18:59

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