Equilibre un peu précaire pour la pièce ?
La journée du mardi 15 février a été entièrement consacrée au théâtre, pour pouvoir vraiment comprendre la pièce vue le soir, nous avons nous-mêmes été dans le rôle de ceux qui jouent un rôle. J'étais dans le groupe d'Alix, assistante du metteur en scène et actrice, ce qui avait pour avantage d'abord d'être dirigé par quelqu'un ‘pleinement dans l'action' et ensuite de pouvoir se servir de la salle de musique. Nous avons commencé par des échauffements façon gym avec mouvement de tout le corps puis lancer de ballon imaginaire histoire de rentrer directement dans le jeu.
Les échauffements finis et le groupe plus ou moins désinhibé, les choses sérieuses ont commencé et nous avons fait notre propre mise en scène du banquet où Banquo apparaît. Jouer à 20 dans une petite salle n'est pas forcément pratique-pratique, mais malgré le spectre sorti d'on ne sait où (c'est-à-dire de sous la table) et les chaises renversées pour produire son effet, nous nous en sommes plutôt bien sortis, même s'il a fallu recommencer chaque partie jusqu'à ce que tous les détails collent, les « effets de jeu » rajoutés au fur et à mesure.
Finalement, notre partie de la scène a été jouée devant les autres sans erreur, et nous avons eu notre tour de repos. En bref, cette matinée était intéressante pour une découverte (ou re-découverte), mais l'heure était courte et la scène laissait peu de marge à la fantaisie, ou au moins c'est l'opinion que j'ai…
Le soir, 20 h 30, la pièce elle-même.
Les décors donnent déjà une forte impression de tension dès le début, puisque le choix a été fait de se servir d'un décor non référentiel (présence d'un tourniquet qui servait tour à tour de lit, de « tiroir à cadavre », et plus ou moins de jouet ou de moyen d'expression de la folie ou de la fureur, ce qui restait plutôt assez compliqué à discerner.) et peu abondant, les pièces étant représentées par des murs amovibles qui bloquaient la vue à la plupart des séparations, et renforçaient encore l'atmosphère de complot. L'ensemble donnait un peu de fil à retordre au spectateur car peu concret, comme la « forêt de cordes » dont l'utilité reste ambiguë, mais que je suppose représenter l'hésitation, la confusion et le tourment pour au final devenir une vraie forêt, qui finira par se déplacer, les cordes allant assiéger les murs.
Il n'y avait pas non plus de couleurs dans ce décor, la scène était toujours d'un noir d'encre, les murs aussi noirs, mais avec des reflets qui rappelaient l'éclairage naturel très faible et on avait donc l'impression que l'intégralité de la pièce se déroulait la nuit, pas de salut ni de soleil pour l'homme pêchant par hybris ? Les personnages devenaient d'ailleurs eux-mêmes les ombres à chaque aparté, puisqu'ils disparaissaient derrière un mur sur le fond de la scène alors que leur conversation était « réfléchie » par un jeu d'ombres chinoises.
Cet ensemble de choix rendait ainsi une ambiance allant du glauque au morbide en passant par le simplement étrange. Cerise sur le gâteau, en dehors de la scène du banquet, chaque fois qu'il y avait de la musique celle-ci était plus stressante qu'autre chose avec l'utilisation de percussions diverses et variées à un volume très fort, en plus des micros lors de la discussion entre Lady MacBeth et MacBeth, qui mettaient en valeur les accès de démences mais avaient un côté un peu caricatural… Tout cela sert bien la mise en scène, utilisé au bon moment, et donne du relief, mais peut devenir un peu trop au bout de presque trois heures…
Pour ce qui est des décisions prises par rapport au personnage, un bon point a été la modernisation de la pièce, qui pour le spectateur d'aujourd'hui pouvait être un peu…plate. Cette modernisation est très visible dans les costumes, par exemple avec les gilets militaires portant le nom de chaque personnage (qui se sont révélés plutôt utiles) et le côté bling-bling (les propres mots d'Eric, le metteur en scène) des robes de soirées, des tenues osées des filles qui tenaient compagnie à Malcolm, et des pyjamas des enfants qui sont tout à fait d'actualité, et remettent dans un contexte plus proche et plus compréhensible tout l' « aspect » des personnages. Un choix que je n'ai pas tout à fait compris est la tenue des sorcières, qui au début portent des sacs plastiques (peut-être pour s'intégrer dans le décor du charnier après la bataille qui ressemblait à une vaste morgue) et pendant la scène de la cérémonie occulte arrivent habillée d'imperméables très colorés, un clin d'œil à l'Ecosse où il pleut tout le temps ?
La seule exception est la cape en peau de bête du roi, d'abord portée par Duncan, puis MacBeth, puis Malcolm, plus tribale, et qui semble être une sorte d'anti-toison d'or causant de multiples ennuis plutôt… définitifs, à ceux qui la portent : Duncan est assassiné, MacBeth est détrôné et meurt, et on sait d'avance que la lignée de Malcolm ne subsistera pas puisque la prophétie dit que Fleance (ou ses descendants) sera roi. Cette malédiction ne sera apparemment levée que pour la famille du spectre…
Ces costumes ont également souvent brillé par leur absence, les acteurs étant en sous-vêtements sur scène un tiers du temps. Cela aurait pu être un atout pour l'aspect dramatique de certaines scènes, et choquer un peu le spectateur aurait pu booster l'intensité quand fait au bon moment mais la mise en scène en a abusé, mais peut-être était-ce une façon de souligner les moments où les personnages étaient dénudés de dignité ou de lucidité, ce qui revenait à les priver de leurs vêtements…
Then, as fas as the action (the moves, the way things are said and what depends on the actors' ability to play their act) is concerned, I do remember the fair amount of loud expression they used, which was on one hand a wise scenic choice –since an emotion-devoided act really isn't an act- and on the other hand somewhat too much. Yelling and breaking down do help in making the tension rise, but when it comes to be too frequent it gets normal and loses the meaning it had at first. However, just as the microphones and the recurrent lack of clothing, it may carry the purpose of denouncing the way things are largely overrated nowadays, with the smallest events turning into scandals...
This heavy work may have made the actors a bit nervous too, that would explain why the beginning was somewhat awkward, but got settled after a while.
What we called the “4rth wall”, the barrier which stands between the spectators and the actors, and creates an imaginary boundary between the play's world and the real world, has also been ignored, at first by the english-speaking singer who threw candies directly at the audience and then by the actor who played the intoxicated doorman and was used to one-man-shows, whom has asked to a man sitting in thr first row if he knew what a ‘manikin' was. This direct involving of the public within the very show was an interesting way to bring the play to life, at least to my mind.
Le jeu des acteurs en eux-mêmes, pour la diction et le ton, a été plutôt inégal. Lady MacBeth et MacDuff ont par exemple été particulièrement bien incarnés, dégageaient une forte présence sur scène et rentraient parfaitement dans leurs personnages, en étant ni insipides ni surfaits, particulièrement MacDuff, qui était désespéré mais n'avait pas encore entièrement été frappé par l'étendue de sa perte, ou au moins pas assez pour ne plus pouvoir penser, planifier et se venger.
Ensuite, des personnages comme Malcolm ou les filles débridées qui l'entouraient ont été un peu moins « grands » mais toujours très bons, mettant l'image qu'il fallait sur le texte.
Les sorcières, un peu à part, bien qu'ayant un rôle pas forcément toujours évident et où restait crédible n'était pas toujours du gâteau, avaient la prestance et l'aura d'étrange presque inhumain qu'on était en droit d'attendre, les mouvements étaient fluides ou saccadés quand il le fallait, et leur côté mystique était bien soutenu par les instruments. Je me pose cependant la question du nombre, pourquoi lors de leur deuxième prophétie étaient-elles six alors qu'elles ne sont jamais que trois dans le livre ?
En ce qui concerne MacBeth, l'acteur était sûrement dans ses débuts, et il a été dit en classe que le rôle était trop grand pour lui, ce qui peut être vrai, cependant, en tant que satire de nos politiciens le choix n'est pas idiot puisqu'en ce moment nos dirigeants ne sont pas toujours « de taille » face à leur rôle.
En bref, des erreurs ont été commises, il y a parfois eu une sorte de cacophonie sonore ou visuelle, mais cela aura peut-être été utile si on sait tirer du sens de la confusion.