Bel-Ami, roman d'information ?
Au début, je me suis posé la question de la posture du critique. Tout d'abord, j'ai réagi par rapport à mon intérêt personnel, à ma vision des choses, et je dois le dire, je ne suis pas partie d'un très bon pied avec le roman. Le réalisme quand il ne s'agit pas de poésie m'ennuie, ceci dit, de la même manière qu'un journal télévisé, les nouvelles ne sont pas forcément intéressantes mais cette connaissance est nécessaire, dans le sens où ne pas s'informer pourrait vouloir dire ne pas avoir de « conscience du monde ». Ne lire que de l'heroic fantasy ou des contes pourrait nous donner une vision virtuelle.
Le protagoniste de ce roman pourrait être apparenté à Narcisse, donc incapable de trouver le bonheur mais sauvé par sa soif de conquête reposant sur sa soif de lui-même.
Bel-Ami est un intriguant, un intriguant qui réussit, en fait un vrai stratège. Contrairement au personnage des Illusions Perdues de Balzac, - Lucien de Rubempré, un jeune provincial épris de gloire, dont le parcours jalonné de faiblesses se solde par un échec – lui atteint son objectif et s'engage dans d'autres défis.
Ce personnage semble vivre sans autre philosophie que la réussite à tout prix, on dirait qu'il n'a aucune conscience de ce qu'est le bonheur et que c'est pour cette raison qu'il se jette dans une fuite en avant, qui lui permet d'oublier sûrement une forme d'insatisfaction. On pourrait presque tracer un parallèle entre ce livre, et paradoxalement Le Dernier Jour d'un Condamné de Victor Hugo. En effet, Hugo ne dit rien de son personnage, de son passé, de ce qui l'a amené dans cette situation car son seul propos est de faire le blâme de la peine de mort dans ce qu'elle a de cruel et pour cela il ne centre son écrit que sur les derniers jours de la vie du condamné et est très évasif sur les jours d'avant.
Mais Hugo est dans un écrit militant et le fait de rendre l'image d'un personnage finalement en creux sert son dessein. Maupassant veut-il nous montrer une critique de l'arrivisme ? Fait-il en quelque sorte preuve d'une écriture engagée ? Non, car il nous amène en fait dans une satire bourgeoise qui montre que les parvenus ont bel et bien leur place dans une société hypocrite. A-t-il pour autant la force d'un Hugo en utilisant presque une même recette ? Je ne le crois pas.
Dans ce livre il est plutôt un contempteur de la société bourgeoise de son époque et de ses travers. L'esthétique de son écriture est agréable à lire mais ses personnages de nous captivent pas car on peut avoir la sensation qu'ils ne sont que des ébauches, peut-être des caricatures représentatives qui servent le trait de l'écrivain mais peuvent donner au lecteur une sensation d'inachevé. Paradoxalement, ses quelques remarques, parfois critiques, nous amèneraient à lui demander plus dans ce livre, pour l'agrément que nous aurions à parcourir ces nouveaux développements.