Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Chanson : Charles Aznavour, "Emmenez-moi",
Vers les docks où le poids et l'ennui Me courbent le dos Ils arrivent le ventre alourdi de fruits Les bateaux Ils viennent du bout du monde Apportant avec eux des idées vagabondes aux reflets de ciels bleus De mirages Traînant un parfum poivré de pays inconnus Et d'éternels étés où l'on vit presque nus Sur les plages Moi qui n'ai connu toute ma vie Que le ciel du nord J'aimerais débarbouiller ce gris En virant de bord Emmenez-moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles Il me semble que la misère Serait moins pénible au soleil Dans les bars à la tombée du jour Avec les marins Quand on parle de filles et d'amour, un verre à la main Je perds la notion des choses et soudain ma pensée M'enlève et me dépose, un merveilleux été Sur la grève Où je vois tendant les bras l'amour qui comme un fou Court au devant de moi et je me pends au cou De mon rêve Quand les bars ferment, que les marins Rejoignent leur bord Moi je rêve encore jusqu'au matin Debout sur le port Emmenez-moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles Il me semble que la misère Serait moins pénible au soleil Un beau jour sur un rafiot craquant De la coque au pont Pour partir je travaillerais dans la soute à charbon Prenant la route qui mène à mes rêves d'enfant Sur des îles lointaines où rien n'est important Que de vivre Où les filles alanguies vous ravissent le c½ur En tressant m'a-t'on dit de ces colliers de fleurs Qui enivrent Je fuirais, laissant là mon passé Sans aucun remords Sans bagage et le c½ur libéré En chantant très fort Emmenez-moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles Il me semble que la misère Serait moins pénible au soleil Emmenez-moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles Il me semble que la misère Serait moins pénible au soleil.