Le masculin dans la PDM :
viril et vertueux ?
I/ Anjou, Guise et Montpensier dans la nouvelle et dans le film :
des identités variées
A. Quelles similitudes ont-ils ? Ce sont tous trois :
1. des guerriers couverts de gloire
• Ce sont des aristocrates de haut rang, qui sont contraints, par leur statut, de faire la guerre pour le roi. C'est leur « devoir » (p. 47) Les campagnes militaires et les trêves rythment leur vie.
• Ce sont tous les trois des chefs de guerre et des personnages courageux. Lors de chacune de leur apparition est rappelé le fait qu'ils se couvrent de gloire : le prince de Montpensier revint « tout couvert de […] gloire » p. 45, Anjou est, lui, présenté dès son apparition comme ayant acquis « beaucoup de gloire par plusieurs belles actions » p. 47 à la guerre. Dans cette même guerre, le duc de Guise « commença à avoir des emplois considérables » (p. 48) c'est-à-dire des commandements importants. Ce sont tous les trois des chefs de guerre et des personnages courageux.
• Bertrand Tavernier, dans le film, montre l'engagement de Guise et de Montpensier dans le combat au cours d'une assez longue scène de guerre (42 à 46 minutes). Il leur donne un caractère épique (ils sont montrés comme invincibles). Plus tard, quand Guise entre dans la tente d'Anjou, il a le visage couvert de sang et de boue, et par ailleurs il est affecté par la mort d'un de ses lieutenants (c'est donc un bon chef de guerre, proche de ses hommes).
2. de jeunes nobles pleins d'assurance
• La jeunesse de Montpensier et Guise est soulignée dès le début de la nouvelle. Dans le film, Tavernier montre leur fougue : ils se battent pour le plaisir chaque fois qu'ils se rencontrent et comptent leurs points.
• La première fois qu'on voit le duc d'Anjou, il est perdu avec Guise au bord d'une rivière : ils sont présentés comme « aussi disposés à la joie qu'ont accoutumé de l'être de jeunes princes » (p. 49) Tavernier dit qu'il a été marqué par leur « extrême jeunesse » (p. 126-127) : pour lui, cela donne « une urgence et une énergie incroyables ». Ce sont « des gamins qu'on lanc[e] dans la vie sans les y avoir vraiment préparés, sinon à faire la guerre et à tenir leur rang. » Pour eux, rencontrer par hasard une jeune et jolie femme est « une aventure » qu'il faut « pousser au bout » (p. 49). D'ailleurs, à la fin du film, lorsque la princesse vient retrouver le duc qui l'a quittée pour une autre, il lui dit « vous étiez au milieu de nous comme une biche au temps du brame »
3. Guise et Anjou : des amants à l'attitude ambiguë : ils jouent tout en éprouvant des sentiments sincères.
• p. 52, « Le duc d'Anjou, qui était fort galant et fort bien fait, ne put voir une fortune1 si digne de lui sans la souhaiter ardemment. Il fut touché du même mal que M. De Guise » (p. 52) Il y a donc à la fois l'idée d'aventure, de jeu, et en même une passion sincère : au moment où Anjou décide de s'effacer, le narrateur dit « Le duc d'Anjou, qui était effectivement touché d'amour et de douleur, put à peine achever ces paroles » (p. 63)
• Face à la princesse, Guise et Anjou adoptent le langage et les attitudes de la préciosité : par exemple, Anjou « prit un soin extrême de lui faire connaître [ses sentiments] par toutes sortes de soins et de galanteries » (p. 55), puis, quand il s'efface, ses derniers mots sont : je ne veux pas vous importuner « plus longtemps de la plus fidèle passion qui fut jamais » p. 63. Guise, lorsqu'il déclare son amour à la princesse, parle à la fois le langage de la préciosité et de la passion en justifiant pourquoi il a l'audace de se déclarer : « je suis assez hardi pour vous adorer » (p. 56)
4. Entre eux, ce sont des rivaux qui se haïssent (Guise/M puis Anjou/Guise)
• La rivalité entre Guise et Montpensier est présente dès le début de la nouvelle du fait du manque de parole des parents de la princesse pour le mariage. « il en naquit entre eux une haine qui ne finit qu'avec leur vie » p. 41.
• Anjou et Guise sont d'abord amis (le film montre leur camaraderie lorsqu'ils logent chez Montpensier et partagent la même chambre), mais la rivalité amoureuse va conduire à la haine. Cette rivalité prend une forme particulière, car ils ne sont pas égaux : après la rencontre de la princesse, Anjou confie sincèrement son amour à Guise, mais celui-ci doit mentir pour se protéger d'un rival qui lui est supérieur. La haine qui va naître entre eux lors du quiproquo à la cour, conduit Anjou à menacer Guise de mort. Or, cette épisode fictif est présenté comme une cause secrète de l'assassinat de Guise en 1588 sur ordre d'Henri III.
• La rivalité des trois hommes est montrée dans le film : 1h28-1h31. Guise et Montpensier se battent en duel, quand intervient Anjou pour les séparer puis partir avec la princesse . Du fait de son rang supérieur, ce dernier peut se permettre de dire clairement sa concurrence.
B. Quelles différences entre eux ?
1. Anjou : un prince de sang
• futur roi Henri III, donc présenté comme exceptionnel, à travers le regard de la princesse de Montpensier : « sa bonne mine le lui fit distinguer des autres » (p. 48)
• la nouvelle insiste régulièrement sur le fait qu'il est « galant » (c'est-à-dire qu'il est courtois, en particulier avec les femmes)
• Madame de Lafayette souligne aussi qu'il est hypocrite : « la dissimulation qui lui était naturelle » (p. 61) ce qui explique le quiproquo, les menaces. Il n'hésite pas à calomnier son rival (p. 63)
1 Par « fortune », il faut entendre « bonne fortune », une opportunité amoureuse à ne pas laisser passer.
• Tavernier (film de 56 min à 1h01 : 1ère apparition) choisit de faire jouer le personnage par Raphaël Personnaz et de lui donner une apparence qui le distingue des autres : cheveux courts, moustache parfaitement taillée, maquillé et portant une boucle d'oreille. Il paraît extrêmement raffiné, sophistiqué, ce que soulignent sa diction et sa gestuelle. Son costume dans les tons rouges évoque son statut social (la pourpre des rois). Il est souvent dans le second degré et fait preuve d'esprit : « je crois que nous payons trop cher le privilège de notre naissance » : il est spirituel et fin, surtout comparé à Montpensier qui est terne et maladroit dans ses paroles. Tavernier dit de lui « il n'est pas seulement un cynique qui dissimule son goût du pouvoir derrière sa culture et son ironie, mais […] un homme capable de brusques élans de sincérité ».
2. Guise : impulsif, passionné (« violence » de sa passion) mais inconstant et ingrat
• La nouvelle souligne en permanence son impulsivité : c'est un personnage emporté, passionné. La « violence » de son « ressentiment » à l'égard de Montpensier est soulignée dès les premières pages (p. 41). Sa passion également est violente (le terme est employé p. 56) Dans le film, il est joué par Gaspard Ulliel, toujours mal rasé, les cheveux longs, séduisant de façon naturelle et non par recherche comme Anjou. Son costume noir est aussi une marque de simplicité. Son impulsivité est sensible au moment où il sollicite un entretien avec la princesse dans sa chambre : il sait qu'elle a beaucoup à perdre si son mari le découvre, « sans considérer ce qu'il hasardait pour elle comme pour lui » (p. 70) : il ne prend pas conscience des conséquences dramatiques que peuvent avoir ses actes, au contraire de Chabannes.
• Par ailleurs, son amour est sincère, mais inconstant. Il ne se soucie pas de la princesse après la scène dramatique qui conduira à la mort de celle-ci, et tombe amoureux de Mme de Noirmoutier. Madame de Lafayette parle de son « ingratitude » (p. 80) Au moment de la Saint-Barthélémy, Madame de Lafayette reprend une caractéristique avérée du personnage historique : son désir de venger la mort de son père, qui, selon elle, est à la source de son inconstance.
• Madame de Lafayette fait le portrait d'un futur ambitieux dès le début de la nouvelle (il « n'avait pas encore autant d'ambition qu'il en eut depuis » p. 40) ; le projet de mariage avec Madame le montre encore capable de renoncer à son ambition pour sa passion.
• Dans le film : Tavernier dit de son personnage : « ce n'est pas un simple prédateur. Je le crois sincère dans son amour, au moins par intermittence. » (p. 127). Son comportement est ambigu : lorsqu'il tue un chien pour retrouver la princesse, il ne se soucie pas des conséquences pour la princesse car le prince aurait compris à ce signe que sa femme l'avait trompé même s'il ne l'avait pas surprise. Ensuite, il laisse Chabannes se sacrifier pour lui, mais Tavernier prend soin de nous montrer Guise prenant une part active lors de la nuit de la Saint-Barthélémy : Guise est donc responsable de la mort de l'homme qui s'est sacrifié pour lui. Enfin, Tavernier ajoute une scène à la fin du film : la princesse abandonne tout pour retrouver Guise, mais il la reçoit très froidement et il la congédie avec des arguments maladroits, sur le temps qui passe. La lettre de Chabannes souligne l'inconstance de Guise : « Rien ne vous assure de la continuité de sa propre passion. S'il se présente une occasion plus favorable à ses intérêts, vous lui verrez tourner la tête ailleurs. »
3. Montpensier le mari jaloux
• Le narrateur dans la nouvelle souligne en permanence la « jalousie » qui lui est « naturelle » (p. 46) et l'amène à malmener sa femme « Le chagrin que tous ses soupçons lui causèrent donna de mauvaises heures à la princesse de Montpensier » (p. 54) Dans le film, on le voit hurler après sa femme, la malmener physiquement à plusieurs reprises (après la scène de la rivière, mais aussi après le bal à la cour où il la ramène de force chez elle).
• Ce personnage fait également preuve d'une forme de perspicacité, que lui donne sa jalousie (il sait observer les petits signes qui montrent que sa femme est attirée par Guise, puis lorsqu'il découvre Chabannes avec Guise, veut « éclaircir ce chaos où il venait de tomber » et comprend que son ami lui cache quelque chose. Dans le film, il découvrira effectivement la vérité avec la lettre de Chabannes. • C'est un homme fidèle en amitié, qui, jusqu'au bout, veut croire à la sincérité de Chabannes (« Que vois-je, est-ce une illusion ou une vérité ? »).
• C'est un personnage maladroit en amour : dans la nouvelle, il a besoin des conseils de Chabannes pour plaire à sa femme. Dans le film, Tavernier a choisi pour acteur Grégoire Leprince-Ringuet, qui a une apparence assez enfantine, un ton monocorde, une diction rapide et semble très maladroit. Par exemple, lorsqu'il amène sa femme à Montsurbrac pour la première fois, il essaie de lui dire des paroles agréables, tout en s'excusant sans cesse de sa maladresse (31 minutes)
• Cependant, le traitement du personnage dans la nouvelle et dans le film est différent. A la fin de la nouvelle, il n'est pas question d'amour : il feint d'être malade pour justifier de ne pas être au chevet de sa femme elle-même malade, puis il est appelé à Paris ce qui le tire d'embarras : « il s'en alla à Paris, ne sachant ce qu'il avait à souhaiter ou à craindre du mal de la princesse sa femme » (p. 78). Enfin, la conclusion p. 80 nous dit que la princesse a « perdu l'estime de son mari ». Tavernier dit que le personnage devient « moins un mari jaloux – cliché pesant – qu'un jeune homme démuni affectivement qui tombe peu à peu fou amoureux de sa femme mais se révèle incapable de trouver les mots et les gestes qui conviennent. » (p. 127). Cela se voit lorsqu'il revient à Montsurbrac en tuant deux chevaux pour donner la lettre de Chabannes à sa femme. Il pleure, son intonation est pleine d'émotion. Il est alors prêt à tout pardonner, mais il se montre maladroit en parlant de l'affront qu'elle lui ferait si elle allait à Blois rencontrer Guise.
II/ Entraînement sujet type bac
Pensez-vous que le livre et le film présentent un portrait complet des comportements amoureux masculins ?
Introduction
L'introduction sert à poser l'environnement du sujet, les éléments qui vont en constituer l'enjeu, et donc à expliquer et justifier la question posée.
Le livre et le film parlent de galanterie et d'amour. Cependant le livre de façon plus directe : Mme de La Fayette l'annonce explicitement dès l'incipit comme source de désordres. Le film traite de nombreux autres sujets, à travers le fil directeur de ces relations amoureuses.
La situation commune au livre et au film est la présence centrale de la Princesse de Montpensier, personnage éponyme, au centre du désir et de l'amour de plusieurs hommes : son mari le Prince, Monsieur de Chavannes, le Duc d'Anjou et le Duc de Guise, le seul qui soit aimé en retour. Chacun exprime et ressent cet amour à sa manière, nous sommes donc en présence d'un échantillonnage de comportements amoureux masculins qui, sans peut-être prétendre à l'exhaustivité, apparaît tout de même très varié.
il faut problématiser la question si ce n'est pas déjà fait
Ici, la question du comportement amoureux masculin sous entend une importance moindre accordée à la femme, ce qu'il faut faire remarquer.
On reformule donc la sujet avec sa problématique
Après avoir présenté ces différents comportements, et avoir montré comment amour et mariage sont souvent éloignés l'un de l'autre, nous verrons que ces portraits aboutissent pour le livre et le film à des discours différents.
Plan
Une grande variété des comportements amoureux propre à servir l'intrigue.
la parade amoureuse : réduite à son strict minimum
plus développée dans le film que dans le livre
mais relativement homogène : Montpensier, fort de son droit de mari, ne se donne pas de mal pour la séduire. Il reste néanmoins une victime de « l'ordre des pères » ne pouvant épouser celle qu'il choisit. Dans le livre, c'est une évidence. Dans le film, il tente de la séduire mais de façon extrêmement maladroite, il représente l'homme qui n'assume pas ses désirs, l'immaturité d'un éternel enfant.
Anjou dans le livre ne se pose pas la question de la réciprocité, son statut de frère du roi lui suffit à supposer qu'il est aimé en retour. Dans le film, il fait quelques efforts de galanterie appuyée, mais comme si le consentement de Marie allait de soi.
Guise est déjà aimé au début de l'histoire, on ne sait pas de quoi est né cet amour (de la complicité des enfants devenus adolescents ?), mais il ne fait rien d'autre que de le déclarer à la Princesse, que ce soit dans le livre ou dans le film. Dans le film c'est encore plus explicite, puisque cet amour est tactile, toujours confondu avec du désir ce qui est en accord avec le caractère impulsif du personnage.
Chabannes non plus ne semble pas chercher à séduire Marie, sauf peut-être en lui montrant par amour-propre combien son dévouement peut être total, il se laisse séduire au contraire (dans le film la prise de conscience de son intérêt pour elle est visible lorsque la princesse s'applique à tracer ses premières lettres sur un pupitre). Cependant il est le seul à agir pour son bonheur, jusqu'au sacrifice, donc à lui donner des preuves d'amour altruiste.
Le film ajoute encore un autre personnage à peine évoqué dans le livre : le prince de Montpensier père, qui épouse en secondes noces la jeune s½ur de Guise : on le voit littéralement « parader » comme un paon chez son tailleur avec un costume très coloré pour séduire sa jeune épouse.
la rivalité amoureuse, entre agressivité et jalousie
Dans la mesure où la plupart des personnages masculins sont épris de la princesse, ils adoptent des comportement de rivalité parfois extrêmes.
Montpensier incarne le jaloux impuissant : dans le livre sa jalousie est évoquée à plusieurs reprises mais ne peut jamais prendre forme autrement que dans des reproches faits à son épouse. Cette impuissance est encore exacerbée dans le film, il est systématiquement en infériorité de force devant Guise, et l'acteur est beaucoup plus petit que Chavannes. Sa jalousie se traduit en silences et en colères impuissantes.
Anjou et Chavannes dans une moindre mesure choisissent de ne pas rivaliser pour des raisons opposées : le premier parce qu'il est supérieur par le rang à tous les autres et ne doit pas s'abaisser à rivaliser avec plus petit que lui. Le second parce qu'il est justement inférieur par le rang à tous les autres et ne peut prétendre à la princesse.
Guise est celui qui a le comportement le plus attendu : se sachant aimé, il ne cherche pas à imposer sa supériorité dans le livre. Dans le film en revanche il ne perd pas une occasion de provoquer le Prince ou même le duc, sûr de sa supériorité.
la satisfaction amoureuse qui conduit à la lassitude
La plupart des amoureux de la princesse vont l'aimer sans faiblir : son mari, même après sa trahison, est mortellement touché par sa maladie, Anjou se retire avec une grande tristesse, Chabannes se laisse mourir. Seul Guise, satisfait en amour, finit par se lasser et se tourner vers une autre, la marquise de Noirmoutiers dans le livre, la princesse de Clèves (clin d'oeil à Mme de La Fayette) dans le film. Il faut cependant noter que le personnage du livre ne nous est pas présenté comme foncièrement volage puisqu'il est dit qu'il va aimer la marquise jusqu'à la mort. Le personnage du film est plus ambigu à cet égard.
Transition :
On a donc toutes les étapes traditionnelles des comportements amoureux masculins avec une grande diversité d'applications.
On remarque que ces comportements amoureux ne sont pas forcément reliés à l'union matrimoniale mais le fait de la « galanterie » sur fond de guerres religieuses.
le mariage des Montpensier
C'est un mariage de raison, le livre comme le film font de ce mariage l'introduction de l'½uvre. Il est le fruit de tractations et man½uvres politiques. Le film les détaille longuement en présentant la conversation des deux pères respectifs. Le mariage et l'amour sont donc bien deux domaines étrangers l'un à l'autre. Cependant, il y a amour : celui de la princesse pour un autre, Guise, et celui du prince pour sa femme. Mais cet amour est présenté dans le livre comme un dommage, une nuisance, un élément de discordance.
Dans le film : les parents Mézières et Montpensier
Développant cette idée, le film va plus loin et crée des personnages secondaires, notamment les parents des deux époux. La mère de la princesse, pour la faire approuver cette union avec Montpensier, explique à sa fille que l'amour est inapproprié et qu'elle est heureuse qu'il n'y ait pas eu d'amour dans le sien ; l'amour est alors qualifié d' « incommode ». Elle semble tenir les propos de Mme de la Fayette elle-même, ceux que l'on retrouve notamment dans la princesse de Clèves. Du côté du couple parental Montpensier, on voit que l'époux n'écoute pas sa femme qu'il l'oblige à voyager alors qu'elle est mourante, qu'il ne tient aucun compte de ses avis et surtout qu'il part en quête d'une jeune et jolie épouse très peu de temps après la mort de la première.
Le mariage d'ambition contre le mariage d'amour
Ainsi le modèle de l'homme marié est ici plutôt le modèle d'un homme ambitieux : le père de Montpensier lui fait épouser Mlle de Mézières qu'il appelle dans le film « l'héritière » montrant ainsi sa plus belle qualité à ses yeux. Il est également question d'un mariage pour Guise, avec Marguerite de France, qui n'est lié qu'à la fortune et jamais à l'amour. Il épouse d'ailleurs Mlle de Portien, dans le livre, sans que la Princesse en soi le moins du monde jalouse.
Transition :
Cet éventail de comportements développés de façon assez similaire dans les deux ½uvres, quoi que sans doute plus approfondi dans le film, donne cependant cours à des discours auctoriaux différents :
Interprétation de ces portraits masculins, souvent des personnages historiques issus de la haute noblesse.
dans le livre :
De façon explicite, Mme de la Fayette déclare vouloir nous prouver par cette histoire édifiante (en forme d'apologue) les dangers de l'amour, dans et hors mariage. Tous les personnages masculins ou féminins touchés par l'amour y finissent effectivement malheureux, morts, désespérés. Situer cette histoire pendant une période violente de guerres fratricides fait partie de son discours, explicitement présenté dans la première phrase : si la guerre a fait beaucoup de ravages, elle n'en a pas fait cependant autant que l'amour.
Dans le film :
Le discours est beaucoup plus développé.
La « morale » finale n'est pas le danger de l'amour mais une quête initiatique, celle de l'émancipation de la princesse, qui progressivement, à travers les tourments de son c½ur, ses rencontres, ses apprentissages, va devenir une femme libre. Tavernier ne la fait pas mourir et sa dernière phrase est pour tenir tête à son mari.
Conclusion
Elle reprend rapidement ce qui a été dit
+ idée supplémentaire : l'amitié ?
Remarque : il manque ici citations et développement d'exemples précis (par exemple la scène nocturne) et des éléments propres à l'analyse littéraire et filmique.
Complément sur les personnages masculins :
lepetitmondedevagabonde.wordpress.com
III/ Entraînement sujet type bac n°2
Comment les rivalités masculines sont-elles mises en place dans le récit de Madame de Lafayette et le film de Bertrand Tavernier ?
Vous répondrez à cette question en un développement structuré et argumenté.
La Princesse de Montpensier est une nouvelle écrite en 1662, dans laquelle Madame de Lafayette raconte les aventures tragiques d'une héroïne en proie aux tourments de la passion, aiguisée par la séduction de quatre hommes. Nous allons voir comment les rivalités masculines sont mise en place par les deux ½uvres. Tout d'abord, nous constaterons rons que ces rivalités sont liées aux maisons auxquelles ces hommes appartiennent ; puis nous montrerons qu'elles sont dues à la volonté de conquérir la princesse.
Tous les personnages masculins, à l'exception de Chabannes qui est un protagoniste inventé de toutes pièces par Mme de Lafayette, appartiennent à d'illustres familles françaises, qui sont en rivalités.
Le récit de Mme de Lafayette décrit avec subtilité ces rivalités. Rappelons que cette écrivaine évoluait à Paris, au plus près de la cour de Louis XIV, était de haute noblesse, elle connaissait donc parfaitement le fonctionnement des relations entre les maisons. La narration des tractations du mariage entre Mlle de Mézières, issue de la maison d'Anjou, que la narratrice présente comme « illustre » et la famille Montpensier, appartenant aux Bourbon, est parfaitement soulignée au début du récit : le mariage va en effet profiter à cette dernière, au détriment des Guise, car Mlle de Mézières devait épouser le duc de Mayenne, frère de Henri de Guise : « la maison des Bourbon, qui ne pouvait voir qu'avec envie l'élévation de celle des Guise, s'apercevant de l'avantage qu'elle recevrait de ce mariage, se résolut de le lui ôter et de se le procurer à elle-même, en faisant épouser cette grande héritière au jeune prince de Montpensier. ». Il ne faut pas oublier que la maison des Bourbon était la branche « cousine » avec les Valois, maison régnante à l'époque où se déroule le récit alors que les Guise appartiennent à la maison de Lorraine, longtemps attachée au Saint Empire romain germanique. Le rapprochement entre ces deux maisons était donc perçu comme suspect ou contrevenant aux intérêts du royaume (alors même que le grand-père d'Henri de Guise, Claude de Guise a épousé une femme issue de la maison des Bourbon, Antoinette de Bourbon). L'annulation des projets de mariage surprend l'ensemble de la maison des Guise, et est considérée comme « un affront insupportable » par le duc, Henri de Guise, secrètement amoureux de la princesse de Mézières. Cette rivalité est encore une fois soulignée dans le récit lorsque la narratrice raconte les exploits de Henri de Guise, et rappelle que le prince de Montpensier le haït « et comme son ennemi particulier et comme celui de sa maison. ». Cela aura bien entendu une incidence sur les relations entre les personnages. Une autre rivalité est exprimée, elle oppose les Valois, famille régnante, aux Guise. La narratrice rappelle en effet l'intérêt que portait Marguerite de Valois, jeune s½ur du roi, à Henri de Guise : « On découvrit… que Madame… avait quelque attachement pour le duc de Guise ». Or, cela dessert les intérêts du royaume, puisque la jeune femme était destinée à Henri de Navarre pour unifier la France et réconcilier le peuple. Ainsi le duc d'Anjou intervient-il auprès de son frère, le roi Charles IX et le persuade « que jamais Madame ne consentirait à son mariage qu'on lui proposait alors avec le roi de Navarre, tant que l'on souffrirait que le duc de Guise l'approchât, et qu'il était honteux que ce duc, pour satisfaire sa vanité, apportât de l'obstacle à une chose qui devait donner la paix à la France. ». Une fois encore, les intérêts des familles sont liés à leur place, aux intérêts qu'elles peuvent retirer de telle ou telle alliance.
Bertrand Tavernier a profité des développements que la durée de son film a permis pour présenter de façon très explicite ces rivalités. On découvre les tractations entre les deux pères (Mézières et Montpensier) au début du film. M. de Montpensier, joué par Michel Vuillermoz, rappelle à son interlocuteur l'origine étrangère de la maison de Lorraine : « il n'y a pas trente ans la maison de Lorraine penchait encore du côté du Saint Empire et des Habsbourg », cela fait d'eux des êtres intrigants et soupçonneux, dont il faut forcément se méfier, et le portrait dressé par M. de Montpensier ne laisse guère de doute quant à sa volonté de s'opposer à cette famille : « ils restent des ogres, des baffreurs, des goinfres d'argent de pouvoir et d'honneur ». Il oppose explicitement les maisons entre elles lorsque M. de Mézières rappelle qu'il a donné sa parole à propos du mariage : « Quelle parole ? Bourbon, Valois, Breuil, vous, moi, je respecte l'engagement… mais ces Guise, allant toujours au plus offrant, quelle valeur accorder à cette parole ? ». Cet argumentaire, associé à certaines promesses d'enrichissement, ont fini par satisfaire le père de Marie qui cède finalement sa fille à la famille Montpensier. Le mariage est donc, comme dans le récit originel, le moyen d'associer des familles et de mettre en place des influences entre maisons. Mais il était nécessaire de clarifier et d'expliciter les relations que madame de Lafayette soulignait de façon implicite, grâce au travail du scénariste Jean Cosmos et du conseiller historique Didier le Fur. Il est toutefois étonnant, voire savoureux, de voir que ce même M. de Montpensier, si prompt à critiquer et fustiger les Guise, se marie avec la fille cadette de la famille, Catherine. Bertrand Tavernier est respectueux de la nouvelle, où ce mariage est également noté, mais il est vrai que cela va profiter à la famille Montpensier, comme le mariage du fils avec Mlle de Mézières, et non pas aux Guise. De même, les tensions occasionnées par les liens entre Marguerite de Valois et Henri de Guise sont aussi soulignées dans le film lorsqu'Anjou annonce à Henri qu'il sera envoyé en garnison à Poitiers, après la scène du duel entre ce dernier et Montpensier. La toute-puissance des Valois s'abat sur le duc de Guise, obligé de s'exécuter. C'est également pour apaiser la famille royale que ce dernier épouse une autre femme, comme le rappelle la narratrice dans le récit : « sur le prétexte du mauvais traitement qu'il avait reçu du roi, il leur [ses oncles cardinaux] fit voir une si grande nécessité pour sa fortune à ôter la pensée qu'on avait qu'il prétendait épouser Madame, qu'il les obligea à conclure son mariage avec la princesse de Portien. », même si, dans le film, seul l'amour éprouvé pour Marie est noté, lors de la dernière entrevue à Blois, comme cause de ce mariage « de second ordre ». Ainsi les rivalités des maisons ouvrent-elles et concluent-elles l'adaptation cinématographique, elles semblent annoncer les rivalités des individus.
La princesse de Montpensier est convoitée par quatre hommes, cela va occasionner des nombreuses rivalités.
Le prince de Montpensier, époux légitime de la princesse, est évidemment au c½ur de ces rivalités. Il est décrit comme intrinsèquement jaloux par la narratrice dans le récit : « par le sentiment d'une jalousie qui lui était naturelle », mais cette jalousie va être exacerbée par l'intérêt que portent certains hommes à sa femme. Tout d'abord, après la rencontre entre la princesse et les deux ducs au bord de la rivière, cette dernière les invite à Champigny. Le prince est contrarié par cette venue, d'autant que cela accentue la rivalité existante avec le duc de Guise, ainsi que l'indique Madame de Lafayette : « La haine qu'il avait pour ce dernier [le duc de Guise] se joignant à sa jalousie naturelle lui fit trouver quelque chose de si désagréable à voir ces deux princes avec sa femme… qu'il ne put cacher le chagrin qu'il en avait. ». Tavernier propose une scène entre Marie et son époux, dans laquelle il explose de jalousie, tout particulièrement à l'encontre de Guise : « Il n'a cessé de vous regarder, de vous caresser du regard… vous avez souri ! ». Les reproches sont beaucoup plus incisifs, et la rivalité est elle aussi plus développée, grâce notamment à la scène de duel (située à la 90ème minute) qui oppose Montpensier à Guise. Le duc, dans le film, a souvent une attitude de défiance envers son cousin et provoque ce dernier alors que Montpensier vient de le surprendre en train de courtiser sa femme : « Ne vous inquiétez pas pour Marie, en votre absence, je saurai lui tenir compagnie. » Cette nouvelle provocation ulcère le prince qui, avant de prendre les armes, formule des menaces à peine voilées : « Votre impudence, Monsieur, vos sourires, vos grimaces, je n'en veux plus. ». S'ensuit la scène de duel, filmée à la steadycam et avec plusieurs plans en plongée pour montrer la violence de la lutte, révélatrice de leurs antagonismes. Cela est également notifié par de nombreux plans soulignant les regards que se portent ce « trio » lors de la scène de bal, le prince de Montpensier observant les faits et gestes de sa femme. De plus, Montpensier se découvre un autre rival à la fin du texte, lors de la nuit tragique, il s'agit du comte de Chabannes. En effet, ce dernier a choisi de se sacrifier en faisant disparaitre le duc de Guise, présent dans les appartements de la princesse alors que son mari, ayant entendu du bruit, cherchait à entrer. Il est d'abord stupéfait de voir son ami en si fâcheuse posture comme le relate la narratrice : « la surprise de trouver dans la chambre de sa femme l'homme qu'il aimait le mieux et qu'il aurait le moins cru y trouver le mis hors d'état de pouvoir parler. » Mais l'absence de cohérence dans les explications fournies par Chabannes modifie et altère son jugement, puisqu'il est « emporté par la rage » : « Ah ! c'est trop… il faut que je me venge, et puis je m'éclaircirai à loisir. ». On perçoit une certaine ironie tragique car Chabannes n'a jamais avoué qu'à la princesse ses sentiments, mais il passe ici pour l'amant de cette dernière. La scène est plus succincte dans le film et insiste sur cette rivalité naissante, puisque le prince ne cherche pas d'explication, mais veut rester digne face à ce qu'il croit être un affront de son mentor : « Si vous avez un peu d'honneur, Chabannes, battez-vous ! Je vous ordonne de saisir votre épée ! ». Devant le refus de Chabannes de s'exécuter, il lui ordonne de partir, en le menaçant : « Je ne vous épargnerai pas deux fois ! ». Ainsi les rivalités ont-elles souligné les passions que subissent ces personnages.
Les rivalités opposent également le comte de Chabannes au duc de Guise, mais de façon implicite. Il souffre en silence de voir la princesse irrésistiblement attirée par cet homme, comme le raconte la narratrice lorsque la princesse revient de la rivière en sa compagnie et celle du duc d'Anjou : « Le comte de Chabannes avait encore plus de chagrin de voir M. de Guise auprès de Mme de Montpensier ». Cette souffrance est d'autant plus perceptible dans le récit que la princesse l'utilise comme confident de sa passion pour le duc de Guise : « mais quel fut son étonnement et sa douleur quand il trouva que cette impatience n'allait qu'à lui conter qu'elle était passionnément aimée du duc de Guise et qu'elle ne l'aimait pas moins. Sa douleur ne lui permit pas de répondre. » puis comme messager, comme émissaire afin d'avoir des nouvelles de son amant lorsqu'elle est renvoyée à Champigny à cause de la jalousie de son époux. Lorsqu'il va trouver le duc, il lutte contre cette jalousie connue de lui seul : « le comte s'abandonnait à un désespoir et à une rage qui le poussa mille fois à donner de son épée au travers du corps de son rival. » Mais l'amour et la fidélité qu'il porte à la princesse le poussent à accepter cette situation, et à mener le duc auprès de celle qu'il aime. Dans le film, il organise la rencontre entre les amants, en indiquant le signal, le chandelier à la fenêtre, qui permettra aux jeunes gens de se rencontrer. Il accepte de se sacrifier pour cet homme puisque la narratrice raconte qu'« il se résolut, par une générosité sans exemple, de s'exposer pour sauver une maîtresse et un rival aimé… », ce que montre le film puisque Chabannes interrompt le baiser entre les deux amants pour que De Guise puisse échapper à son rival déclaré. Mais il ne connaîtra jamais les véritables sentiments de son sauveur, puisque, lorsqu'il énumère les rivaux qui se sont battus pour Marie lors de leur dernier entretien, il utilise cette analogie : « Vous étiez autour de nous comme une biche au temps du brame… Oui, Montpensier, Anjou, moi… ». Ainsi, qu'il s'agisse du récit ou du film, Chabannes semble subir cette rivalité, qui le fait tout autant souffrir que l'indifférence de la princesse.
Enfin, un dernier personnage est au c½ur de ces rivalités. Le duc d'Anjou tombe lui aussi amoureux de Mme de Montpensier et devient un concurrent des autres personnages masculins, mais de façon plus modérée (ou plus subtile). Tout d'abord, son coup de foudre pour la princesse le pousse à chercher si d'autres hommes sont attirés par cette dernière. Il questionne de Guise, qui comprend « qu'il serait infailliblement son rival, et qu'il lui était très important de ne pas découvrir son amour à ce prince. » Cette scène est retranscrite dans le film, et l'on voit les deux hommes chevaucher les routes en partant de Mont-sur-Brac. Le duc d'Anjou questionne le duc de Guise sur Marie ; il comprend que les négations de son interlocuteur cachent sans doute quelque chose et il n'hésite pas à le menacer : « Si tu m'as trompé sur mon c½ur et le sien, si tu m'as trompé, face à face, sans merci ! », avant de s'éloigner en lançant au galop son cheval. De plus, cette rivalité est explicite lors de la scène du bal. Le duc d'Anjou comprend qu'il a bien un rival lors de la scène du bal, puisque Marie confond les deux hommes étant donnés qu'ils ont revêtu le même déguisement. La narratrice souligne sa réaction : « il vit dans ce moment qu'il avait un rival aimé. ». Il profite de son statut pour essayer de séparer les deux amants, dans le seul discours qu'il adresse à Mme de Montpensier : « C'est votre intérêt plutôt que pour le mien… que je m'en vais vous prévenir que le duc de Guise ne mérite pas que vous l'ayez choisi à mon préjudice. ». On voit bien, par les détournements, comment le duc attise la jalousie et « espèr[e] les brouiller. ». Bertrand Tavernier a repris presque mot pour mot le discours imaginé par Madame de Lafayette dans son film, mais organise des circonstances qui montrent davantage ces rivalités puisque le duc envoie chercher Marie, qui attend de Guise dans un recoin du château et lui formule ses propos à la vue de tout le monde, et plus particulièrement de son mari. Ce dernier subit donc une humiliation publique, en même temps qu'il comprend que nombre d'hommes sont ses rivaux.
Les rivalités sont donc nombreuses et les tensions entre les familles se mélangent aux tensions pour conquérir la princesse. Elles mènent à l'échec des relations familiales, sociales, amicales ou amoureuses entre les différents personnages.
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