Nous sommes un petit groupe de douze vaillants pélerins à nous être rendus au théâtre Gérard Philippe de Saint Denis pour voir la mise en scène du Cid par Alain Ollivier. Nous étions placés au premier rang, et comme la scène n'était pas très haute, nous avions presque l'impression d'être sur scène, réceptionnant au passage pour certains les postillons de quelques comédiens...
Première surprise: une quasi absence de décor, à première vue. Il y avait pourtant deux niveaux de parquet, l'un peint en blanc, l'autre en noir (pour souligner l'aspect tragi-comique de la pièce?). Et l'aspect allongé de ces deux sufaces où les acteurs se rencontraient souvent face à face pouvait faire penser aussi à une salle d'armes, soulignant l'affrontement agressif et les défis des personnages.
En revanche, la splendeur incroyable des costumes suffisait à contextualiser la pièce: chacun a été impressionné par la magnificence des tissus, des brocards, des cols brodés à l'ampleur majestueuse. Dans cette mise en scène, ce sont bien les costumes qui servaient de décor. L'avantage, par rapport à un décor qui aurait multiplié les accessoires et les détails extérieurs au jeu, c'est que ces costumes mettaient en valeur le jeu des comédiens sur cette surface nue. Les costumes reflétaient la personnalité des personnages. L' effrayant et prétentieux Don Gormas était en rouge. Le roi dont le jeu s'est révélé assez comique à la fin, avait une tenue qui convenait à son rang, mais on pouvait voir dans les marguerites dorées qui ornaient sa chemise comme un rappel de ce côté souriant de sa personnalité. Le demi-deuil de Chimène était assorti à sa robe violette. Les regards pouvaient se perdre dans les détails de ces tenues incroyables.
Nous avons apprécié les comédiens. Le jeune Cid est un bien joli garçon, blond. La fraîcheur du couple qu'il forme avec Chimène peut nous faire penser à Roméo et Juliette. Nous nous sommes demandés si les larmes de Chimène et de l'infante étaient totalement naturelles: comment font-elles, s'il s'agit de pleurer si abondamment tous les soirs pour ne pas être épuisées nerveusement? Nous avons eu l'impression d'une telle intensité de jeu, que nous ne serions cependant pas surpris qu'il s'agisse de vraies larmes. Même les seconds rôles nous ont beaucoup plu. Le texte était vraiment bien mis en valeur: pas de déclamation grandiloquente, ni de minimalisme, mais une expressivité qui donne une impression de sincérité intense, avec plutôt une insistance sur le pathétique (d'où les larmes...). Et le roi, comme on l'a dit plus haut, a déclenché les rires par sa malicieuse mise en scène qui prenait Chimène à son propre piège. Le mélange des genres voulu par Corneille s'est bien retrouvé dans la mise en scène.
N'hésitez pas à donner votre avis sur les comédiens et la mise en scène en commentaire: merci!
