Sur les chemins de la Mémoire

Le voyage par Elise (corrigé par Aurélien)

Par 3eme - 16:58, mardi 29 janvier 2008 .. Déposé dans Nos textes .. commentaires : 0 .. Lien

 

Après trois jours ici, j'ai encore du mal à comprendre et à assimiler ce qui nous est arrivé, tout s'est passé dans une rage si intense que tout fuse et se mêle. L'agitation malsaine semble reprendre, on crie, on nous appelle. Dans un brouhaha de plaintes et de cris, les miliciens nous pressent à coup de matraques sur la place. On nous compte, dans une foule sans cesse  mouvante. Je vois un wagon, je comprends, c'est le départ vers l'est, l'est inconnu et mystérieux sur lequel plane un sentiment de peur. Dans la cohue générale, je m'efforce de tenir mon frère, je ne veux pas le perdre dans la masse, ma peur de cet inconnu est si grande que seul, je ne résisterai pas. On s'engouffre dans un de ces wagons imposants et froids, je le tiens toujours, sa présence m'apaise. On étouffe déjà, nous sommes au moins une centaine, une centaine d'âmes réduites au minimum. Le train se met en marche et une vague humaine m'écrase contre la paroi. Je vois défiler devant moi, la gare du Bourget puis une suite de zones inconnues

    Le voyage me semble infiniment long, j'ai tenté à de multiples reprises de compter, mais je n'y parviens pas : les jours, les nuits, les rêves et les cauchemars, tout s'emmêle. Il y a des morts, le doyen du wagon a succombé le premier, il a crié toute une nuit avant de s'éteindre dans un soupir. Dans ce train qui nous mène vers l'est, je discute avec mon frère, parler me permet de résister à mes songes macabres qui  ressassent mes pires cauchemars. J'ai aussi rencontré un jeune résistant, il nous donne son avis sur notre destination, source de maintes questions, d'après lui nous partons vers l'extermination, il soutient son idée jusqu'à s'attirer la haine de certains du convoi. Mais dans l'ensemble, le fait d'être tous dans la même situation, nous rapproche. Mon frère, prévoyant, avait réussi à emporter quelques pommes volées au camp. Le jeune résistant, lui aussi avait prévu quelques pains, on partage tout, on survit. On survit malgré les excréments et l'urine répandus sur le sol malgré tous nos efforts pour les concentrer dans un coin, le wagon en est rempli. Mais déjà il faut oser, se montrer, on s'est créé un isoloir de fortune. Et il y a la soif plus tranchante et douloureuse que la faim.

 Soudain les convois semblent ralentir ou bien est-ce moi qui faiblis? non, nous ralentissons bien, le cri strident de la locomotive se fait entendre. Puis l'on s'arrête complètement on entend au devant les aboiements des SS. Ils approchent, ils nous font sortir. Cette descente est pour moi  un soulagement même si je na sias pas si ce qui m'attend sera pire. On sort les cadavres. Devant nous, une porte énorme, monstrueusement uniforme et massive, une muraille en briques qui s'étend à perte de vue. Cassant une plaine trop verte pour cet austère décor. L'ensemble des voyageurs forcés forme une colonne gigantesque et grouillante, cette marche est ponctuée de cris et de coups de matraque ou pire de fusil. Je passe la porte et me retrouve dans une cour presque aussi immense que mon angoisse. Une fois que nous sommes tous là il nous demande de nous aligner. Des SS sortent du rang, et demandent de nous placer par âge,  les plus de 16 ans d'un côté, les autres en face; la masse bouge. Mon choix est fait, je reste avec mon frère, je suis assez grand pour paraître deux ans de plus. Ils choisissent, ils classent. Je vois les autres partir, il y a surtout des vieillards, des enfants, des mères. Je me doute qu'il ne vont pas travailler et que leur sort est déjà tracé.


 



voyage dans le wagon (pauline)

Par 3eme - 16:38, mardi 29 janvier 2008 .. Déposé dans Nos textes .. commentaires : 0 .. Lien

Je suis à Drancy depuis hier avec ma mère et mon frère qui s'y trouvait déjà depuis plus d'un mois. Il a affreusement maigri. Ici, nous faisons la queue pendant plusieurs heures pour avoir un bol de soupe et un quignon de pain. Il fait très chaud. Nous sommes en plein mois d'août. Mon frère ma mère et moi sommes en train de discuter quand des miliciens arrivent et nous apprennent que nous allons être transférés. Nous rassemblons le peu d'affaires que nous avons puis nous les suivons sans discuter. Dehors, il y a des wagons à bestiaux. Les gendarmes français nous y entassent. Je suis séparé de ma mère et de mon frère.

 

            Dans le wagon, nous sommes une centaine, tassés comme de vulgaires animaux à abattre. Il y fait une chaleur insoutenable. Au fur et à mesure que le temps s'écoule, mes yeux s'habituent à l'obscurité. j'aperçois maintenant le visage apeuré des autres enfants. Des adultes s'interrogent du regard, en silence. Une femme berce son bébé. Nous sommes trop nombreux pour pouvoir tous nous asseoir. Je compte les secondes, les minutes, les heures. Combien de temps cela va-t-il encore durer? De temps en temps, quelqu'un va uriner dans le seau que nous avons placé dans un coin. L'odeur commence à être insoutenable. Chacun raconte son histoire mais elles se ressemblent toutes. Soudain, le convoi s'arrête et des pas se rapprochent. Tout le monde reste tétanisé. Sommes-nous enfin arrivés? Tout à coup, un grincement sourd nous fait sursauter. Un homme de notre wagon monte sur les épaules d'un autre pour voir ce qui se passe. La porte du wagon voisin a été ouverte par les SS qui crient des ordres à ceux qui se trouvent à l'intérieur. Certains d'entre eux ont tenté de s'enfuir. Les nazis donnent des ordres en allemand. Ils menacent de fusiller tout le monde si les coupables ne se font pas connaître. Après un long silence de plomb, quelqu'un les dénonce. L'homme de mon wagon qui observe la scène chuchote. Je perçois des cris, des sanglots retenus, des pas qui semblent courir, des coups de feu, des rires. Ils ont rapporté les deux corps dans le wagon et j'entends le bruit sourd de la porte qui se referme. La peur me tiraille de plus en plus. Dans notre wagon, il y a déjà trois morts que nous avons entassés dans un coin. Je ne crois pas que je résisterai encore bien longtemps. Que sont devenus mon frère et ma mère? Sont-ils encore vivants? Je l'espère de tout mon cœur. Malgré la fatigue, la faim m'empêche de dormir. De toutes façons, nous sommes trop serrés pour pouvoir tous nous allonger et nous reposer. Je n'en peux plus. Ma peur grandit à chaque seconde. Allons nous vraiment dans un camp de travail? Mais alors pourquoi nous affaiblir à ce point? Toutes ces femmes, ces enfants, ces vieillards vont-ils travailler eux aussi? Je n'y crois plus.

 

           Soudain, le convoi s'arrête et la porte de notre wagon s'ouvre. La lumière du jour nous éblouit. Des SS nous font sortir. Je sens de l'air pur rentrer dans mes poumons pour la première fois depuis 3 jours. Au loin j'aperçois mon frère et ma mère. Je cours les rejoindre. Les SS crient aux femmes d'aller d'un côté, les enfants de moins de 16 ans d'un autre et les hommes et les enfants de plus de 16 ans de l'autre. Pour rester avec mon frère, je vais du côté des plus de 16 ans. Pourtant je n'en ai que 14...



le Bourget-Auschwitz Birkenau: le voyage en train

Par 3eme - 15:21, mardi 29 janvier 2008 .. Déposé dans Nos textes .. commentaires : 0 .. Lien

Jour 1: Vendredi 20 juin 1942: Cela fait 2 jours que nous sommes à Drancy, nous ne mangeons ni buvons, des miliciens engagés par les nazis empêchent toute tentative de fuite. Nous sommes à quelques exceptions près tous envoyés à la gare du Bourget. Un train nous attend, je monte sans hésiter pour avoir la meilleure place. Je ne demande pas où nous allons, on en a fusillé pour moins que ça. Le wagon se remplit, il y a un seau pour pisser! Ah! Ils veulent qu'on se ridiculise devant nos "camarades de combat"! Eh bien! Tout ce que j'espère c'est de ne pas être le premier à craquer! Bon pensons à autre chose....Tiens! Comment vais-je manger, ou même me procurer un brin de nourriture? Et pour me désaltérer? Je sais d'avance que ce voyage sera peut-être mon dernier voyage.


Jour 2: La faim monte en moi et je ne suis pas le seul, je me fais des "connaissances" à bord du wagon. Ils sont trois: Maurice, Albert et David. On peut à présent s'asseoir, enfin si on se trouve dans l'endroit opposé à mon coin du wagon. Sur les 120 personnes qui sont montées dans le train, 15 sont déjà mortes. Pour les petits besoins, personne n'a encore craqué bien que je sens que pour moi cela ne va pas tarder. Les gargouillements de ventre se font désagréables.


Jour 3: Mes trois amis sont morts ainsi que 40 autres personnes, déjà la moitié des survivants sont allés au seau(je fais partie de ceux-ci) et l'odeur se fait sentir, c'est horrible! Vais-je tenir? Saurai-je réussir à résister à ce supplice? Où vais-je? Je ne peux répondre à aucune de ces questions.


Jour 4: Je ne sais point si ma famille survit, je ne sais plus à quoi je sers, je sais que je ne tiendrai plus longtemps quand tout à coup, le train s'arrête, nous ne sommes plus qu'une trentaine de survivants dans mon wagon. Je vais voir si ma famille est en vie: oui! les deux sont vivants! On nous emmêne dans un camp et on nous demande de nous ranger:

-"les hommes d'un côté, les femmes de l'autre!"

puis:

-"les plus de 15 ans d'un côté et les moins de 15 ans de l'autre"

J'ai 14 ans mon frère en a 16, avec ma grande taille, je vais le rejoindre pour qu'on ne soit pas séparés.


                                                                Yann.



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