WebLettres

Le portail de l'enseignement des lettres

Groupe de travail Nouvelles pratiques pédagogiques

L'oral, on en parle ?


Par Véronique Guillaume | Mis en ligne le 15-04-2019

Mon propos était de discuter de nos façons de faire travailler l'oral en classe ou à la maison, en collège et en lycée : ce que l'on souhaite obtenir, ce qui a été expérimenté , ce qui marche et qui ne marche pas.
Je remercie Nathalie Ranc-Blouin, Liliane M-B, Isabelle, Gilles, Céline Moulin, Fabienne Thiel et Corinne Durand-Degranges.

I. LE PROBLÈME :
Dans ce qui marche peu ou pas ou mal, le cours dialogué à 35 arrive premier : ce sont toujours les mêmes qui animent le cours, qui osent proposer une idée ou une interprétation et dans l'idéal j'aimerais entendre les 35 à chaque séance.

II. LES SOLUTIONS EXPÉRIMENTÉES

1. Le dé du maître des cartes


Dans le cadre du cours à 35, pour faire participer tout le monde au cours dialogué, distribuer la parole et faire participer les timides, j'expérimente depuis une dizaine d'années un « dispositif» que j'appelle le maître des cartes. Voici ce que c'est :
J'ai un dé de jeu de rôles à 30 faces (donc maintenant que j'ai 35 élèves, il m'en faut un à 40, mais passons) que je prête pour une heure à un élève, souvent volontaire, qui devient le maître des cartes. Il possède donc un super pouvoir : donner et retirer la parole le temps de la séance.
Il donne la parole à qui il veut et comme il veut et personne, pas même moi, ne peut contester :
- ceux qui lèvent la main, dans l'ordre qu'il choisit : quand plusieurs élèves lèvent la main en même temps, il nomme dans l'ordre qu'il veut lesdits élèves et chacun prend la parole ; même si c'est un peu la même idée, il y a souvent quelque chose de personnel, un détail, qui s'y ajoute, et quand il y a de franches oppositions ça devient vraiment intéressant !
- ceux qui ne lèvent surtout pas la main, et ils doivent prendre la parole pour proposer une réponse
- en lançant le dé, le hasard fait apparaître un nombre qui correspond à un élève, dans l'ordre alphabétique : c'est lui qui est désigné par le dé pour participer ou passer à l'oral (alea jacta est)
Je délègue au maître des cartes mon autorité ; il a le droit de rappeler à l'ordre les bavards, c'est lui qui réinstalle le calme à ma place s'il y a du bruit. Il peut également proposer une punition en cas de non-respect de ses avertissements, dans ce cas-là, c'est moi qui tranche. C'est très rarement arrivé.

J'y trouve d'énormes avantages :
- personne ne rechigne à prendre la parole quand c'est un camarade de la classe qui sollicite, alors que quand c'est moi qui donne la parole, j'ai toujours un rebelle qui veut s'opposer à l'adulte. Donc davantage d'élèves participent, et quand je mets des notes d'oral, ça remonte forcément.
- les élèves très timides font souvent d'excellents maîtres des cartes : ils observent, connaissent les prénoms et c'est moins risqué pour eux de ne pas parler directement à l'adulte. Ils font également preuve d'une autorité qui m'a souvent étonnée, le genre « force tranquille ».
- les très bavards sont occupés à donner la parole
- ça introduit davantage de coopération en classe. Tous les élèves se sentent concernés et je trouve que ça améliore le climat de classe.
- tout le monde est maître des cartes un jour ou l'autre dans la classe. Ça m'évoque un peu les « services » que les collègues de primaire mettent en place au quotidien.
- ça repose ma voix
- la parole se régule vraiment mieux : les élèves n'interviennent quasiment plus de façon intempestive quand il n'y pas plus comme enjeu d'embêter le prof ou de se faire bien voir. Si c'est le cas, le maître des cartes les rappelle à l'ordre et ça marche !
- lors de la première semaine, ils sont contraints de se demander « comment tu t'appelles ? »
- ça met en valeur tout le monde un jour ou l'autre, c'est beaucoup plus équitable et ils expérimentent aussi le pouvoir
- ça évite le fayotage
- ça évite aussi les problèmes du type « c'est toujours/jamais moi que vous interrogez »
Pendant ce temps, en général, je note ce qui est dit sur traitement de texte et je dépose le fichier dans le cahier de textes.
Je n'ai pas vraiment inventé cette technique : j'ai lu il y a très longtemps un article des Cahiers pédagogiques qui l'évoquait.

2. Le cours dialogué après recherche


Je suis en collège.
J'évoquerai le cours dialogué. Je pratique une façon de faire qui consiste à ne donner la parole que lorsque tout le monde a cherché. Chacun lève puis baisse la main pour me montrer qu'il est prêt à participer et qu'il a quelque chose à me dire .. Je compte à haute voix (très drôle ! comme des enchères) ... si j'estime que le compte ne suffit pas et bien on attend et ...je compte de nouveau . Au début de la pratique évidemment c'était assez long !!
Mais ça marche !
Et peu à peu, on voit les timides et ceux qui ne prennent jamais le temps de chercher (puisque les rapides vont toujours très vite et que si je les interroge eux, ils n'ont pas eu le temps de chercher) commencer à lever la main de plus en plus souvent.
Désormais je n'y renonce plus car ça donne vraiment des miracles !

3. Après introspection


Le cours dialogué a ses limites que nous expérimentons tous. Pour favoriser l'émergence des idées à l'oral, je propose souvent un temps d'introspection au cours duquel chaque élève ordonne ses idées à l'écrit, va chercher ses éléments de réponse. Je passe le plus discrètement possible dans la classe pour accompagner si nécessaire ceux qui seraient « bloqués ». Puis c'est ostensiblement le hasard qui conduit l'ordre de la prise de parole. Au moins trois élèves pourront successivement s'exprimer sans que j'intervienne ( pas toujours facile ! ). C'est ensuite que les autres sont invités à s'exprimer... toujours sur le même principe. Les échanges s'enrichissent car on se donne le temps d'écouter. La parole de chacun est prise en compte visiblement car donne lieu à une trace au tableau... par exemple sous la forme d'une carte mentale qui s'élabore au fur et à mesure.

III. LES RESSOURCES

1.Papier


-Le numéro de mars de la revue Sciences Humaines (n°312) est intitulé "L'art de parler" et comporte un dossier fort intéressant sur l'oral et l'art oratoire.
- Le livre de Stéphane de Freitas (fondateur du concours Eloquentia), Porter sa voix

2.Disponible sur internet


-un documentaire intéressant a été diffusé sur France 2 : Infrarouge : je dis donc je suis
C'est un reportage dans une classe de français de seconde à Aulnay-sous-Bois.
Il est téléchargeable sur Captvty actuellement.- un padlet réalisé par des collègues documentalistes :
https://fr.padlet.com/bourrelly/i04i5fbblvyw
- Pour faire vraiment parler tous les élèves : des travaux de groupe sur le modèle du world café. Voir http://www.pedagoform-formation-professionnelle.com/2015/02/animer-un-world-cafe.html
- Les « cercles de lecture » préconisés par Anne Vibert. Ils sont définis ainsi par Serge Terwagne, Sabine Vanhulle et Annette Lafontaine : "Un cercle de lecture est un dispositif didactique structuré au sein duquel les élèves, rassemblés en petits groupes hétérogènes, apprennent à interpréter et à construire ensemble des connaissances à partir de textes littéraires ou d'idées. L'enseignant joue dans les cercles un rôle considérable : il organise, gère, anime, étaye les propositions des enfants et bien sûr, enseigne. Les éléments théoriques et les explications méthodologiques alternent tout au long de l'ouvrage avec une série de clefs, destinées tant aux enseignants qu'aux enfants, pour les aider à s'approprier ce dispositif.", in Les cercles de lecture. Interagir pour développer ensemble des compétences de lecteur, par Serge Terwagne, Sabine Vanhulle et Annette Lafontaine, 2006, De Boeck Éducation.
Voir également http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/lettres/litterature/public/Formation_sujet_lecteur_revue.pdf, intervention de l'IGEN Anne Vibert de mars 2012. A partir de la page 25 elle évoque les cercles de lecture.
Ce sont, je trouve, des situations très intéressantes à mettre en œuvre, mais qui se heurtent parfois au rythme exigé par les programmes... Parvenir à créer des rituels permet souvent d'être plus efficace.


> Autres contributions dans la rubrique « Méthodologie pour travailler autrement »

puce L'oral, on en parle ?
Par Véronique Guillaume, mis en ligne le 15-04-2019

puce Corriger avec plaisir/rapidité
Par Véronique Guillaume, mis en ligne le 10-03-2019

puce La classe inversée
Par Corinne Durand Degranges, mis en ligne le 13-02-2019



Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Adhérer à l'association - S'abonner au bulletin - Politique de confidentialité

© WebLettres 2002-2021 
Sécurisé par Positive SSL