Brevet interactif : Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d'hiver


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Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d'hiver

     Helen, interne dans un collège, a demandé à aller voir sa « consoleuse », Paula, une personne qui se trouve dans un village voisin et dont le rôle est d'entendre les confidences des jeunes élèves du pensionnat.
   

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   La pièce était à peine plus grande que la bibliothèque, mais, sur la droite, un escalier montait à l'étage, où se trouvait la chambre, et une porte s'ouvrait à l'arrière, sur la cuisine. C'est dans cet entrebâillement qu'apparut la monumentale silhouette de Paula.
   À l'une de ses premières visites, Helen s'était endormie, après avoir beaucoup pleuré, dans les bras de Paula. En se réveillant, elle avait bredouillé :
   - Combien tu pèses, Paula ?
   Elle n'avait que quatorze ans alors et le sans-gêne de sa question avait fait rire la grosse dame :
   - Je ne sais pas, ma petite fille... Je n'en ai aucune idée. Mais je pèse lourd...
   Quand elle vous prenait contre elle, on ne savait plus ce qui était bras, épaules, seins ou ventre. Tout se confondait dans une douce chaleur et on avait envie d'y rester toujours.
   Paula ouvrit les bras à Helen pour qu'elle vienne s'y blottir.
- Alors, ma toute belle... Ça faisait longtemps...
   Paula la complimentait souvent ainsi. «Ma toute belle», «ma jolie... ».
   Et elle prenait son visage entre ses mains pour mieux la regarder. Helen avait entendu dire des tas de choses sur son propre compte : qu'elle était têtue, passionnée, drôle ou garçon manqué, mais «toute belle» ou «jolie», non. Paula le lui disait, elle, et elle la croyait.
   - La dernière fois, c'était avant l'été, confirma Helen, j'aurais voulu attendre décembre au moins, mais je n'ai pas pu... [...]
   Paula cuisinait toujours. Pour elle, pour Octavo, pour les gens de passage. Il était impossible d'entrer chez elle sans manger quelque chose, ni d'en repartir sans emporter quelque chose à manger : une portion de pudding aux raisins, un morceau de gâteau au chocolat, une simple pomme... Elle avait un enfant, Octavo, mais pas de mari. À la question d'Helen sur le sujet, elle avait répondu qu'elle n'en avait pas besoin. Qu'ici, sur la colline, c'était le royaume des consoleuses. Il n'y avait pas de place pour les hommes, sauf pour ceux qui savent rester discrets. Comme celui qui alimente le poêle, avait pensé Helen. Sans doute faisait-il partie de ces hommes-ombres qui avaient le droit de vivre ici sur la colline. Les autres s'y sentaient mal à l'aise. Ils habitaient en ville et se montraient rarement.
   La plupart des consoleuses avaient un embonpoint considérable, et l'entretenaient. Comment serrer quelqu'un contre soi, comment consoler si on a les os qui pointent ? Certaines camarades d'Helen soutenaient le contraire : leur consoleuse était menue et fragile, mais elles ne l'auraient échangée contre aucune autre. Catharina Pancek par exemple répétait toujours que sa consoleuse était une petite souris trottinante et qu'elle l'adorait ainsi. Pour rien au monde elle n'aurait voulu disparaître noyée dans une masse de chair comme Paula.
   Helen n'avait pas choisi Paula. La surveillante qui l'avait conduite la toute première fois sur la colline, trois ans plus tôt, s'était arrêtée sans lui demander son avis devant le numéro 47 de la rue et avait énoncé sèchement :
   - Elle s'appelle Paula. Je reviens vous chercher dans deux heures.
   Helen avait descendu les trois marches et frappé à la porte. Paula avait ouvert et presque éclaté de rire en la découvrant :
   - Regardez-moi ce petit chat perdu ! Entre, tu veux manger quelque chose ? Tu as soif ? Un bol de chocolat, hein ? Oui, un bol de chocolat. Ça va te réchauffer.
   Depuis ce jour, Helen n'était venue que six fois chez Paula, c'est-à-dire autant de fois que l'autorisait le règlement. Une quinzaine d'heures en tout, pas davantage. Pourtant, il lui semblait connaître Paula depuis toujours. La grosse dame avait pris dans son cœur une place immense.

 

 

 

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