Brevet interactif : Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes


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ALAIN-FOURNIER, Le Grand Meaulnes
Troisième partie, chapitre II

 

François, le narrateur du roman, apprend qu’Yvonne de Galais, la jeune fille que son ami Augustin Meaulnes a rencontrée au cours d’une fête étrange, visite souvent le magasin de son oncle Florentin, au village du Vieux-Nançay. Il décide de l’attendre pour voir celle qui a tant troublé son ami.
   

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    Je n’attendis pas longtemps. Le lendemain, un peu avant le dîner, la nuit commençait à tomber ; une brume fraîche, plutôt de septembre que d’août, descendait avec la nuit. Firmin et moi, pressentant le magasin vide d’acheteurs un instant, nous étions venus voir Marie-Louise et Charlotte1. Je leur avais confié le secret qui m’amenait au Vieux-Nançay à cette date prématurée. Accoudés sur le comptoir ou assis les deux mains à plat sur le bois ciré, nous nous racontions mutuellement ce que nous savions de la mystérieuse jeune fille – et cela se réduisait à fort peu de chose – lorsqu’un bruit de roues nous fit tourner la tête.
    « La voici, c’est elle, » dirent-ils à voix basse.
    Quelques secondes après, devant la porte vitrée, s’arrêtait l'étrange équipage. Une vieille voiture de ferme, aux panneaux arrondis, avec de petites galeries moulées, comme nous n’en avions jamais vu dans cette contrée ; un vieux cheval blanc qui semblait toujours vouloir brouter quelque herbe sur la route, tant il baissait la tête pour marcher ; et sur le siège – je le dis dans la simplicité de mon cœur, mais sachant bien ce que je dis – la jeune fille la plus belle qu’il y ait peut-être jamais eu au monde.
    Jamais je ne vis tant de grâce s’unir à tant de gravité. Son costume lui faisait la taille si mince qu’elle semblait fragile. Un grand manteau marron, qu’elle enleva en entrant, était jeté sur ses épaules. C’était la plus grave des jeunes filles, la plus frêle des femmes. Une lourde chevelure blonde pesait sur son front et sur son visage délicatement dessiné, finement modelé. Sur son teint très pur, l’été avait posé deux taches de rousseur… Je ne remarquai qu’un défaut à tant de beauté : aux moments de tristesse, de découragement ou seulement de réflexion profonde, ce visage si pur se marbrait légèrement de rouge, comme il arrive chez certains malades gravement atteints sans qu’on le sache. Alors toute l’admiration de celui qui la regardait faisait place à une sorte de pitié d’autant plus déchirante qu’elle surprenait davantage.

 

1Firmin, Marie-Louise et Charlotte : cousins du narrateur.