Monplaisir Lettres

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Par Céline Roumégoux - publié le mercredi 14 mars 2018 à 11:09 dans Céline vous parle


La Belle Liseuse de Léon-François Comerre (vers 1916)


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Émeraude secrète

roman de Céline Roumégoux et Saliha Ragad

paru le 11 avril 2018


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Lourmarin, la dernière demeure de Albert Camus et Henri Bosco

Par Céline Roumégoux - publié le mardi 4 juillet 2017 à 04:10 dans Céline vous parle

Lourmarin (Lubéron, Vaucluse), village, château, tombe végétalisée d’Albert Camus (plaque presque illisible) et la tombe de Henri Bosco, sa stèle ornée de lettres grecques et la croix en cailloux et coquillages.




Dire l’amour en poésie de l’Antiquité à nos jours : "Mon coeur qui bat", Flammarion, auteur Céline Roumégoux

Par Céline Roumégoux - publié le mardi 6 septembre 2016 à 02:31 dans Anthologie de la poésie amoureuse
 A coeur battant tout est possible !


"Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,

Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain."


Rosemonde Gérard « L’éternelle chanson », in Les pipeaux (1889).
En 1907, Alphonse Augis, joaillier lyonnais grave la fameuse médaille d’amour (avec + et - )
inspirée des vers de Rosemonde Gérard

**********

L’amour, les poètes de tous les temps l’expriment si bien : en lais, virelais, rondeaux, sonnets et aussi en vers libres, en versets, en poèmes graphiques et en chansons.

L’amour courtois ou l’amour sage, la passion qui déchire et l’amour fou. Le coup de foudre et la nostalgie de l’âme soeur.

Pour l’amour, chacun de ces poètes, de l’Antiquité au XXIe siècle,
 a son coeur  qui bat :


Ovide, Anacréon, Marie de France, Charles d’Orléans, Louise Labé, Ronsard, Corneille, André Chénier, Aragon, Breton, Eluard, Edith Piaf, Stroamae, Christophe et tous les autres.

Découvrez-les dans "Mon coeur qui bat"
Edition Flammarion, auteure Céline Roumégoux.





Sommaire des auteurs et des peintres étudiés sur Monplaisir Lettres

Par Céline Roumégoux - publié le mercredi 12 mars 2014 à 07:32 dans 00wSommaire des auteurs sur Monplaisir Lettres
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Liste des articles classés par le nom de l’auteur

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z



Abbé PRÉVOST Manon Lescaut, "La mort de Manon"
Tiberge et Des Grieux : dialogue sur le bonheur
AMBLARD Paule Un pélerinage intérieur
APOLLINAIRE Guillaume Poèmes à Lou, "Tendres yeux éclatés"
APOLLINAIRE Guillaume Les Sept Épées, "La Chanson du Mal-aimé"


BALZAC Honoré (de) Le Chef-d’œuvre inconnu
BALZAC Honoré (de) Le Lys dans la Vallée, "La mort de madame de Mortsauf"
BAUDELAIRE Charles Les Fleurs du Mal, "À une passante"
BAUDELAIRE Charles Les Fleurs du Mal, "Spleen LXXVIII"
BAUDELAIRE Charles Petits poèmes en prose, "L’invitation au voyage"
BERNARDIN de SAINT-PIERRE Paul et Virginie, "La mort de Virginie"


CAZOTTE Jacques Le Diable amoureux, "La Sylphide"
CÉLINE Louis-Ferdinand Voyage au bout de la nuit, Incipit
CENDRARS Blaise La prose du Transsibérien
CHATEAUBRIAND François-René Atala, "La mort d’Atala"
CHATEAUBRIAND François-René René (extrait)
CHODERLOS DE LACLOS Pierre Les Liaisons dangereuses, Lettre CXLI
Christine de PISAN Rondeau "Je ne sais comment je dure"


DAVID Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard
DOMENACH-LALLICH Denise Demain il fera beau : Journal d’une adolescente


ERASME Traité de civilité puérile


FLAUBERT Gustave L’Education sentimentale, partie I, chapitre 2
FLAUBERT Gustave Madame Bovary, "La mort d’Emma" (1)
FLAUBERT Gustave Madame Bovary, "La mort d’Emma" (2)
FRIEDRICH Caspar David Deux hommes au bord de la mer, au coucher du soleil


GAUGUIN D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?


HUGO Victor Choses vues
HUGO Victor Les Contemplations, Livre 6, "Ce que dit la Bouche d’Ombre"
HUXLEY Aldous Le Meilleur des Mondes


I


JULIET Charles L’Année de l’éveil


KHADRA Yasmina Les Hirondelles de Kaboul et L’Attentat


LABÉ Louise Sonnet VIII, "Je vis, je meurs ..."
La BOÉTIE Étienne Discours de la servitude volontaire
La BRUYÈRE Jean Les Caractères, "De l’homme"
LAFAYETTE (Madame) La Princesse de Clèves, tome I
LAFAYETTE (Madame) La Princesse de Clèves, tome IV
La FONTAINE Jean La Jeune Veuve
LAUTRÉAMONT Les Chants de Maldoror, "Le Pou"


MALHERBE François Sonnet à Caliste
MARIVAUX Pierre
Les Fausses Confidences, acte I, scène 8
MAURIAC

MOLIÈRE
Thérèse Desqueyroux, l’excipit

La Critique de l’École des femmes, Scène 5
MOLIÈRE Tartuffe, acte I, scène 1, premier mouvement
MOLIÈRE Tartuffe, acte I, scène 1, deuxième mouvement
MONTAIGNE Michel Essais, "De l’amitié"
MORE Thomas L’Utopie, Livre II, "Des religions de l’Utopie"


N


O


PASCAL Blaise Pensées - Le Souverain bien
PERRAULT Charles Le Petit Chaperon Rouge
PLANTAGENET Anne Seule au rendez-vous
PRÉVERT Jacques Paroles, "La Grasse Matinée"


Q

   Racine Jean                         Andromaque
RIMBAUD Arthur Les Effarés
RONSARD Pierre Sonnets pour Hélène, Madrigal
ROUSSEAU Jean-Jacques Julie ou La Nouvelle Héloïse, "La mort de Julie"
ROUSSEAU Jean-Jacques Du contrat social, livre I, chapitre 6


SARTRE Jean-Paul Huis Clos - Scène 1, La scène d’exposition
SARTRE Jean-Paul Huis Clos - Scène 5, Les faux aveux
SARTRE Jean-Paul Huis Clos - Scène 5, Excipit
SEGALEN Victor Stèles, "Conseils au bon voyageur"

     TARDI illustre Voyage au bout de la nuit de Céline
TARDIEU Jean Le Sacre de la Nuit
TARDIEU Jean Oswald et Zénaïde


U


VASARI
Le massacre de la Saint-Barthélemy
VOLTAIRE Le Monde comme il va
VOLTAIRE Les Deux Consolés
VOLTAIRE Memnon ou la sagesse humaine, premier mouvement
VOLTAIRE Memnon ou la sagesse humaine, deuxième mouvement
VOLTAIRE L’Ingénu, chapitre I, partie 1
VOLTAIRE L’Ingénu, chapitre I, partie 2
VOLTAIRE L’Ingénu, chapitre I, partie 3
VOLTAIRE Candide, synthèse sur le conte


W


X


Y


Z

Quizz sur le théâtre

Par Céline Roumégoux - publié le mardi 4 février 2014 à 07:20 dans Jeux


Les menteurs au théâtre

Un quizz que j’ai conçu pour vous ! Jouez !




La douce France

Par Céline Roumégoux - publié le vendredi 5 juillet 2013 à 19:34 dans Céline vous parle
Les châteaux de la Loire et leurs jardins !



Chambord, Ussé, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Villandry :

reconnaissez-les et rêvez un peu ...

Je les ai photographiés pour vous : regardez et écoutez !



Commentaire de tableau : A.T. (1985) de Antoni Tàpies

Par Céline Roumégoux - publié le mercredi 21 novembre 2012 à 10:26 dans Commentaire de tableaux et outils techniques


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A.T. (1985) de Antoni Tàpies


Influencé par le Surréalisme suite à sa rencontre avec Miro puis par l’Abstraction et le Pop-art, Antoni Tàpies (1923-2012), peintre et sculpteur catalan, va surtout utiliser des matériaux non conventionnels dans ses tableaux comme la poudre de marbre, la résine, le latex, le goudron. Ses œuvres sont marquées par des symboles, des lacérations qui font signes. Ses tableaux sont autant de fragments du monde dans sa matérialité brute comme dans son sens métaphysique et politique. Le tableau A.T. (1985) illustre bien sa manière, entre graffiti et signature protestataire ou identitaire. En quoi ce tableau est-il à la fois signe et signature ? Nous l’examinerons d’abord comme un signe sur le mur puis comme une signature énigmatique.

A.T. (1985) de Tàpies


I - Un signe sur le mur


A - Le graffiti

  • Aspect brut, sans finition sur un fond sable avec rugosités et sillons apparents

→ paroi de caverne ou mur de cité

  • Peu de couleurs (moyens rudimentaires), superposition visible (beige/noir/rouge)

→ geste spontané, sans retouche

→ rage due à la violence et contraste des couleurs


  • Grossièreté des traits, représentation non figurative

→ sens énigmatique à priori

B - Des symboles

  • Les croix noires : diagonale + verticale amorçant un basculement vers la gauche (sens inverse des aiguilles d’une montre)

Croix = symbole religieux de souffrance, d’expiation

Noir = mort
→ déséquilibre, malaise


  • La masse rouge principale :

Rouge → violence, sang

Forme → cagoule connote le secret et le meurtre


  • Réseau de lignes sur le fond

→ réseau veineux ou palimpseste de parchemin ou plan urbain

Ce tableau, par son aspect simplifié et violent à cause des couleurs et des symboles, s’apparente à un graffiti et délivre un message mystérieux où on perçoit de la violence, du désordre et un certain malaise. Pourtant, en y regardant de plus près, on décèle des lettres qu’il nous appartient de décrypter à présent.

 

Tàpies dans son atelier


II - Une signature singulière


A - L’identité

  • La forme des motifs reprend les initiales du peintre Antoni Tàpies.
    Disproportion entre les lettres figurées, le A du prénom occupant tout l’espace central, en majuscule. L’initiale du nom de famille est en minuscule et encadre le A sauf si on imagine que le deuxième T correspond au T dans Antoni.
    → Egocentrisme sur le prénom d’autant plus que le A est la première lettre de l’alphabet. Mise en avant du "Moi".
    → Dévaluation de l’initiale du patronyme. Hypothèse : volonté de se détacher d’une lignée.


  • Pourtant, ce patronyme a un sens : Tàpies en catalan signifie mur, d’où la logique de la minuscule comme si son nom de famille était le support de son travail d’artiste

→ ici, don artistique inscrit dans le mur ≠ dévalorisation


  • Depuis la Renaissance, les œuvres artistiques sont signées, en général en bas à droite. Or, paradoxe, il fait de son paraphe son œuvre.

B - L’expression d’un malaise dans son identité

  • Une identité à la fois cachée derrière les symboles et affirmée

→ ambiguïté sur la perception de soi.

  • Les analphabètes signent avec une croix

→ signe d’existence mais aussi d’exclusion d’un monde initié à l’écriture
→ renvoie à une époque antérieure à la civilisation lettrée

  • Anonymat avec le X mais aussi X peut être expression d’un collectif (gang, groupe, ...). Le peintre met en valeur ses initiales tout en défaisant les conventions. Elles sont à la fois lisibles et illisibles, personnelles et anonymes. On peut se demander si le peintre se trouve bien dans son identité, s’il représente l’air du temps (air de violence avec la Guerre d’Espagne qui l’a marqué douloureusement).

Ce tableau fresque fait à la fois signe sur le mur délivrant un message inquiétant fait de symboles de mort et de violence, et signature métaphore du "Moi" de l’artiste qui semble osciller entre affirmation de son identité et camouflage. Ce tableau fait finalement le trait d’union entre les fresques primitives des cavernes et les tags urbains contemporains qui peuvent à la fois être perçus comme une pollution visuelle ou au contraire une œuvre d’art. En tout cas, cela pose la question de l’Art et ce qui peut être représenté.


Prise de notes de Marwa (1S1)

d’après le cours de Céline Roumégoux (novembre 2012)

 

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Question transversale poésie : vision du monde

Par Céline Roumégoux - publié le mercredi 14 novembre 2012 à 10:49 dans 11wsynthèse question d’ensemble


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Question transversale :

Comment les poètes du corpus considèrent-ils le monde ?

 

 

Victor Hugo, Baudelaire, Victor Segalen et Eugène Guillevic, poètes des XIXe et XXe siècles, se font tous une représentation du monde dans leurs œuvres respectives : Ce que dit la Bouche d’ombre in Les Contemplations, L’Invitation au voyage in Les Petits poèmes en prose, Conseils au bon voyageur in Stèles et Douceur in Terre à bonheur. Nous verrons en quoi, tous, à leur manière, sont en quête de bonheur et d’harmonie. Nous examinerons d’abord leur rapport à la nature puis les moyens préconisés pour atteindre le bonheur.

 

                                               ******************

La nature est célébrée dans les quatre poèmes mais selon des approches différentes. Hugo convoque tous les règnes et tous les éléments pour en montrer « le tumulte suprême » car « tout parle » dans l’univers et s’adresse à Dieu. Cette vision panthéiste du monde met en relation toute la création avec son Créateur et fait l’éloge de la vie. Segalen et Guillevic se rapprochent de cette perception. Si Segalen évite «  le marais des joies immortelles »  et donc le divin, il fait parcourir montagnes et plaines à son « bon voyageur » pour le diriger vers le « grand fleuve Diversité » où aboutissent et se mélangent toutes les différences dans une forme d’œcuménisme laïc.  Guillevic, lui, en appelle à la douceur de la nature pour régénérer le monde car « tout massacre nous vieillit ». Les trois poètes recherchent sens et harmonie dans la nature pour favoriser l’ouverture aux autres, pour pacifier et pour espérer en la vie

 

Si le titre du poème de Baudelaire contient bien le mot voyage, il ne s’agit en aucun cas d’un véritable parcours géographique mais d’un ailleurs fantasmé et construit « où tout est beau, riche, tranquille, honnête » et qui serait « un pays de Cocagne ». Nulle intention d’y entraîner les autres : c’est un « voyage privé » avec pour seule compagnie « une vieille amie ». Baudelaire n’est pas un philanthrope mais un esthète, plutôt individualiste et sophistiqué pour qui  la nature n’est concevable que dans de « savantes et délicates végétations ».

 

 

                                              

L’intention didactique est visible dans tous les poèmes mais, là encore, de façon différente. Dès son titre, Segalen insiste sur la notion de « conseil » et guide en quelque sorte, fort de son expérience du monde, celui qu’il désigne comme « un ami » au travers les « remous » de la vie. Son poème, à l’instar de la stèle chinoise, lui sert de borne de sagesse et l’invite à tenter librement toutes les expériences sans la limitation du préjugé culturel, sans croire « à la vertu d’une vertu durable ». C’est par la Bouche d’ombre, sorte de voix d’outre-tombe, que Hugo fait la leçon à l’homme en général dont le poète est le représentant et le passeur métaphysique. Il multiplie les questions oratoires comme « Crois-tu que la nature énorme balbutie ? » pour l’amener à comprendre son message : « Tout parle » parce que « Tout vit », même la mort ! C’est sans doute cet espoir d’une survivance qui motive le plus le poète endeuillé par la mort de sa fille. Guillevic croit, lui, au pouvoir incantatoire du mot « douceur » pour transformer le monde, aussi le répète-t-il à l’envi pour conjurer la violence et le vieillissement inexorable de l’humanité. Son destinataire est collectif même s’il emploie le tutoiement familier.

 

Encore une fois, Baudelaire se singularise dans ses intentions. Il n’en appelle pas au genre humain mais se fabrique un idéal, à partager avec son « cher ange ». C’est un rêve sensuel et silencieux « où la vie est douce à respirer » et où «  il faut aller vivre et mourir ». Il s’agit d’atteindre un état de félicité et de tranquillité, une sorte de béatitude.

 

                                                           ******************

 

Si la recherche du bonheur passe par la nature pour les quatre poètes, elle est perçue différemment. Hugo, Segalen et Guillevic l’évoquent de manière concrète tandis que Baudelaire la noie dans « les brumes de notre Nord » dans une vision floue et idéalisée. De même les trois premiers auteurs voudraient perfectionner la position de l’homme au sein de la création alors que Baudelaire imagine une sorte de rêve éveillé, presque un tableau impressionniste. Tous, en tout cas, croient en la valeur du mot, de l’art poétique, pour s’approcher de la félicité et pour embellir la perception du monde et du destin de l’homme.

 

Céline Roumégoux

 

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Douceur dans Terre à bonheur de Guillevic

Par Céline Roumégoux - publié le lundi 22 octobre 2012 à 10:01 dans 05wcommentaires de poésies classe de 1ière


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Douceur in Terre à bonheur (1952) de Eugène Guillevic

 

Eugène Guillevic

 

Guillevic est un poète breton du XXe siècle qui entretient avec les mots comme avec le monde un contact simple, direct et chaleureux. Dans le poème Douceur extrait de Terre à bonheur (1952), il célèbre le pouvoir d’un mot pour transformer le monde. On verra en quoi le poème est incantation pour atteindre le bonheur. Après avoir observé le pouvoir créateur et pacificateur des mots, on analysera l’importance du temps et de la nature dans cette quête du bonheur.

 

I) Quand dire crée et transforme

 

A) le pouvoir créateur et transformateur du mot

 

- Quatre vers de ce poème de 18 vers commencent par : « Je dis : douceur ». Ces anaphores, qui reprennent le titre du poème, s’apparentent à des litanies à visée incantatoire. Le mot « douceur » ainsi répété et augmenté de compléments comme « douceur des mots » ou « Le temps de la douceur » et associé au verbe de parole « Je dis » est ainsi prononcé comme un mot magique susceptible de changer le monde.

- Le rythme du poème est lui aussi significatif : les quatre premiers vers augmentent progressivement selon un rythme : 2 / 2+2 / 2+2+2 / 6+6. Du premier vers dissyllabique au quatrième en alexandrin en passant par le quadrisyllabe et l’hexasyllabe, la voix du poète prend de l’ampleur comme si le mot formulé se développait, prenait corps, espace et donc existence.

- Ce pouvoir transformateur du mot est visible quand le poète évoque la violence du réel : « travail harassant » ou « on tue dans le monde / et tout massacre nous vieillit »  et qu’il la guérit par des paroles : « des mots t’accueillent qui te donnent du temps » et « Je dis douceur ».

 

B) Le thème de la jouvence, de la vie et de l’amitié

 

- Dans les quatrième et sixième strophes, le mot douceur est associé au renouveau de la nature : « des feuilles en voie de sortir du bourgeon » ou « cet air tout neuf » ainsi qu’à des éléments naturels : « des cieux, de l’eau ». Le mot a le pouvoir de rajeunir le monde.

- L’éclosion de la vie se fait sentir dans les allitérations en sifflantes : « pensant aussi à des feuilles en voie de sortir » qui miment le souffle créateur et régénérateur de la voix.

- Le mot « douceur » crée aussi du lien affectif : « heures d’amitié » ou « poignées de main » apaise la peine et conserve la jeunesse car : « tout massacre nous vieillit ».

 

Ce poème aux strophes et aux vers irréguliers trouve son unité par la magie d’un mot qui transforme le monde comme le mot Liberté dans le célèbre poème d’Eluard. Le thème du temps est au cœur de ce processus.

 

 

II) Le temps du bonheur

 

A) Le temps donné

- Le lexique du temps associé à la douceur est bien présent dans le poème : « des mots […] qui te donnent du temps » ou « des heures d’amitié » ou « A des moments qui disent / le temps de la douceur ». Le mot a le pouvoir de changer l’écoulement du temps pour prolonger les moments de bonheur.

- Le dernier vers du poème utilise un verbe au futur simple (« s’installera ») en association avec le verbe « durer » : « Cet air tout neuf / Qui pour durer s’installera ». Cette perspective optimiste ressemble à une forme de prophétie d’un âge d’or à venir.

- Le thème de la vieillesse est associé au négatif : « Et tout massacre nous vieillit » alors que la douceur va de pair avec le thème du renouveau, de la jeunesse : « Cet air tout neuf ».

 

B) Le bonheur retrouvé dans la plénitude de la nature

 

- Dans la communion avec le végétal : « feuilles, bourgeon ».

- Dans l’évocation des saisons de renouveau et de plénitude comme le printemps qui fait éclater le bourgeon ou « les journées d’été ».

- Dans le choix des éléments doux comme l’air et l’eau : « A des cieux, à de l’eau » : ou à « Cet air tout neuf ».

 

Ce poème est incantation car le mot douceur fait fonction de parole magique pour créer un effet de transformation du monde. Les thèmes de renouveau, de l’amitié et de la nature s’en trouvent reliés et accordés avec le temps du bonheur. Avec des mots simples, sans effet lyrique, le poète fait confiance à l’humanité et à la nature pour atteindre un état de plénitude et d’harmonie. Victor Hugo dans Ce que dit le Bouche d’ombre à la fin des Contemplations donnait un souffle fantastique à sa vision panthéiste du monde, tandis que Baudelaire dans L’Invitation au voyage dans Les petits poèmes en prose, présentait un rêve composite d’un monde imaginé. Victor Segalen dans Conseils au bon voyageur se rapproche plus de Guillevic par l’évocation d’un monde plus concret et plus familier.

 

Voir ICI la question transversale contenant ce poème

 

 

Céline Roumégoux



 

L’Invitation au voyage in Petits poèmes en prose de Baudelaire

Par Céline Roumégoux - publié le vendredi 5 octobre 2012 à 06:37 dans 05wcommentaires de poésies classe de 1ière


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L’Invitation au voyage (extrait)

in Petits poèmes en prose de Baudelaire (1869)

Voir le texte intégral ICI

 

Photo de Baudelaire par Etienne Carjat

 

« J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. » Ainsi, Baudelaire se réclame-t-il de Aloysius Bertrand pour écrire ses Petits poèmes en prose (1869) qui reprennent pour certains d’entre eux les mêmes thématiques que les poèmes de son recueil Les Fleurs du mal (1857). C’est ainsi qu’on peut parler de réécriture pour le poème en prose intitulé L’Invitation au voyage. On verra en quoi ce texte est plus un monde rêvé qu’un véritable pays à visiter. D’abord, on s’attachera à caractériser la construction d’un paysage mental et mythique, puis on considérera l’analogie entre cette vision du « pays de Cocagne » et la femme idéale pour le poète.

 

I) Un paysage mental et mythique

 

A) Un pays de synthèse : une construction de l’esprit

 

Le pays imaginé par Baudelaire est fait de savants mélanges.

- Ce serait un amalgame des lieux entre l’Orient et l’Occident : « l’Orient de notre Occident, la Chine de l’Europe […] une Chine occidentale ».

- Il serait  le contraire du froid et du Nord mais « noyé dans les brumes de notre Nord » et ce serait « une maladie fiévreuse qui s’empare de nous dans les froides misères ». Il est clair alors qu’il s’agit d’une rêverie immobile (« que je rêve de visiter ») : être ailleurs sans bouger d’endroit, une construction mentale qui s’appuie sur l’alliance des contraires comme le chaud et le froid.

- C’est aussi un composé de sensations essentiellement gustatives, olfactives et tactiles : « chaude fantaisie […] la vie grasse et douce à respirer […] où la cuisine est grasse et excitante ». Curieusement les sons ne sont pas évoqués et même exclus de manière insistante : « où le bonheur est marié au silence ». La vue est à peine évoquée : « noyé dans les brumes […] le luxe a plaisir à se mirer dans l’ordre ». « Les brumes » et le verbe « se mirer » appliqué à des termes abstraits renvoient à du flou et à un effet de miroir entre le réel et le rêvé.

 

B) Un paysage mythique : le pays de Cocagne

 

- C’est dès la première phrase un pays qui relève du mythe, à cause du pronom impersonnel « il » qui rappelle le « il était une fois » des contes de fées et par l’évocation du « pays de Cocagne » : « Il est un pays superbe, un pays de Cocagne ». Le pays de Cocagne fait référence à une sorte de paradis d’abondance et de délices, un âge d’or mythique.

- « La fantaisie » (du latin phantasia : fantôme, apparition) y règne : « la chaude et capricieuse fantaisie s’y est donnée carrière […] où la fantaisie a bâti et décoré … ». Cette fantaisie est le pouvoir de l’imagination mais une imagination dirigée qui refuse « le désordre, la turbulence et l’imprévu » et recherche la sophistication et la délicatesse, l’honnêteté et l’excitation des sens !

- Ce pays est surtout celui des sentiments : « cette nostalgie du pays qu’on ignore, cette angoisse de la curiosité ». « La nostalgie » logiquement ne peut être appliquée qu’à ce que l’on connaît. Baudelaire fait donc sans doute allusion soit à un âge d’or révolu de l’humanité, soit à de possibles vies antérieures. La curiosité et l’angoisse sont les maîtres mots de la poétique baudelairienne et Le Voyage qui clôture Les Fleurs du mal se termine ainsi :

« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »

Ce dernier voyage est attendu avec impatience et curiosité pour trouver du nouveau et échapper à l’ennui. Le voyage rêvé, lui, est plus apaisant car il est composé au goût du poète.

 

Ainsi Baudelaire a construit « son pays de Cocagne » en mêlant les lieux, les sensations, en réduisant les contraires et en faisant de son fantasme un lieu mythique et poétique. Mais ce lieu est un paysage intérieur et se confond avec la conception de la femme idéale.

 

Un ciel du peintre anglais Turner qui ressemble "au pays singulier, noyé dans les brumes

de notre Nord, et qu’on pourrait appeler l’Orient de notre Occident" cher à Baudelaire.

 

II) Une femme-paysage-poème

 

A) Un message personnel

 

- Dès le titre « l’invitation au voyage », le texte est destiné à quelqu’un puisqu’il s’agit d’une invitation.

- A la fin du deuxième paragraphe, ce destinataire est nommé et vouvoyé : « où tout vous ressemble, mon cher ange ». Dans cette expression, le pays rêvé est explicitement comparé au « cher ange ». Cette désignation, même si elle appartient au langage galant, fait référence à un être idéal et parfait et le vouvoiement montre de la déférence.

- En revanche, dans le troisième paragraphe, l’interlocutrice est tutoyée : « Tu connais cette maladie fiévreuse ». Cette familiarité qui rapproche le poète de la femme aimée renvoie à « une vieille amie » évoquée dans le premier paragraphe, avec laquelle il aimerait visiter « son pays de Cocagne ». Le lien qu’il entretient avec elle est donc épuré, amical et presque platonique.

 

B) La magie du verbe

 

-  Un pays où « la cuisine est poétique » dit le poète, comme son message l’est aussi grâce aux anaphores (« où tout est beau, riche, tranquille et honnête […] où le bonheur est marié au silence »), aux énumérations nombreuses d’adjectifs de qualité et de noms (« le désordre, la turbulence et l’imprévu sont exclus ») qui, par leur effet d’écho, font penser à une psalmodie (prière). La présentation en courts paragraphes peut d’ailleurs être assimilée à des versets d’un livre sacré.

- Les phrases longues avec les reprises de relatives (« où ») et  d’adverbes (« tant ») ralentissent le propos et miment la longueur du voyage pour atteindre ce pays merveilleux ou peut-être cet état surnaturel.

- Le choix des sonorités contribue à la suavité de ce parcours, ainsi les allitérations en « v » dans : « je rêve de visiter avec une vieille amie » ou les assonances en « i » dans les deux phrases finales de forme emphatique en symétrie de construction : « C’est là qu’il faut aller vivre, c’est là qu’il faut aller mourir ! ». A cette opposition entre vivre et mourir, on s’aperçoit bien qu’il s’agit d’un voyage mystique et poétique à la fois. La femme invitée  à faire ce voyage est donc l’âme sœur tout autant que la muse du poète.

 

 

Ce pays rêvé et ce voyage immobile prennent tout leur sens quand on comprend qu’il s’agit d’un parcours initiatique avec une compagne à la fois ange et modèle pour trouver l’harmonie au-delà des mots, même si la poésie sert de canal pour atteindre ce lieu ou cet état de bonheur absolu. Comme dans A une passante ou La mort des amants, on retrouve dans ce poème en prose la tendance de Baudelaire à idéaliser la femme et à faire de l’amour un passage vers un ailleurs paradisiaque, vers un Inconnu de révélation.

 

Voir ICI la question transversale contenant ce poème

 

Céline Roumégoux



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