Elèves créateurs

Témoigner de la souffrance au travail

Par Mme Otsmane - 10:18, jeudi 1 mars 2018 .. Rubrique : 4ème .. commentaires : 0 .. Lien
Chaque année, en classe de troisième, les collégiens réalisent leur "stage en entreprise", première immersion dans le monde du travail.
Les élèves de quatrième se sont documentés sur un métier de leur choix et ont été sensibilisés cette année sur les souffrances physiques et/ou morales engendrées par certaines conditions de travail. Dans les récits qui suivent, ils témoignent à quel point on peut "perdre sa vie à la gagner".



   C’était vraiment triste. J’étais triste de la voir, ma collègue Zoé. Elle tremblait, fatiguée de tout porter sans jamais s’asseoir. Elle avait les pieds enflés. Elle n’en pouvait vraiment plus. Ses épaules lui faisaient mal. Elle soulevait les poubelles tous les matins et ce, dès cinq heures du matin.
Abasourdi depuis mon premier jour de stage, je la regardais dans le rétroviseur sans relâche. Je m’inquiétais affreusement pour elle. Tous les bruits que faisaient les voitures pour nous klaxonner lui causaient des migraines intenses. J’étais épaté de la voir aussi forte malgré ses douleurs mentales et physiques. C’était une dame très humble et impressionnante qui n’abandonne jamais. Elle me racontait pendant la pause qu’elle ne réussissait pas à dormir tellement elle était courbaturée des épaules et des bras.
Un jour, je m’étais emporté contre notre hiérarchie pour la défendre mais cela n’avait rien changé. Elle avait parfois des coupures aux mains dues aux seringues et aux bouts de verre. Avec la fatigue qui s’accumulait, cela devenait de plus en plus compliqué de rester attentif lorsqu’il fallait traverser la route sans se faire renverser par un vélo ou une voiture. Elle devait aussi se faire à la température. Lorsqu’il faisait chaud ou froid il y avait très souvent des risques d’engelures, de déshydratation, de coup de chaleur ou encore de glissade.
Et un jour, plus de nouvelles, elle n’était plus là. Je me demandais où était-elle passée. Était-elle malade ? Avait-elle changé de métier ? Je n’en savais rien mais je ne l’ai plus jamais revue. Mais je me souviendrai toujours de cette dame qui se battait comme un animal acharné à ne rien lâcher, infranchissable comme un mur.


Arnaud M’P, 4e Gauguin




       Complètement terrifiée par mon premier jour de stage, j’étais arrivée en avance et patientait nerveusement. J’avais choisi un stage dans une entreprise informatique. Travailler sur un ordinateur, en tapant sur le clavier comme un pianiste joue avec les touches d’un piano ne devait pas être bien compliqué, du moins, je l’espérais. Finalement après ce qu’il me semblait être une éternité, un employé vint me chercher et m’expliquer qu’il était responsable de moi pour la semaine. J’acquiesçai en silence et le suivit. Il me fit visiter le premier étage et j’étais époustouflée par l’étalage de technologie ! Les petits bureaux semblaient froids mais confortables et pratiques, en somme ce dont on a besoin. Mais, en pleine visite, un cri résonna dans le bâtiment et je me figeai sur place telle une statue. Les hurlements de colère résonnant comme le cri bestial d’un monstre enragé m’avait affolée et je demandai à mon guide ce qu’il se passait. Il me répondit qu’en ce moment, tout le monde était sur les nerfs à cause d’un projet qui ne voyait toujours pas le jour à cause des maladresses d’un certain Tom. Je continuais de le suivre alors qu’on se rapprochait de plus en plus de la source de bruit. Lorsque nous passâmes devant le bureau, je ne pus m’empêcher de jeter un ½il et ce que je vis me frappa. Un homme, sûrement le fameux Tom, en larmes face à ses collègues qui lui hurlaient des horreurs sans nom, qui lui crachaient tout leur stress accumulé pendant des semaines, peut-être même des mois. Attristée et troublée par cette scène, je continuai mon chemin, intimidée par la tournure de ma vision de ce stage, et suivit l’homme en face de moi jusqu’à mon poste où il me laissa m’installer.
 J’étais désormais assise sur une chaise, réfléchissant à ce que j’avais aperçu. J’avais trouvé cela injuste et je devenais de plus en plus scandalisée à mesure que j’y repensais. De quel droit l’insultaient-ils? De quel droit l’accusaient-ils? Tom ne pouvait pas être le seul à faire des erreurs, et quand bien même, il devait être capable de se corriger. C’était injuste.
Et j’ai démarré mon stage, excédée par des personnes dans le même bâtiment que moi à qui je n’avais même pas encore adressé la parole.


 Luna M., 4e Cezanne


    

       Durant mon stage en entreprise, je devais durant une journée suivre une assistante de direction dans son travail de bras droit. Je la voyais courir d’un bout à l’autre du bâtiment comme une enfant perdue dans la capitale. J’étais stupéfaite par sa capacité à pouvoir accumuler les reproches de ses supérieurs, sa capacité à pouvoir porter des kilos de documents entassés les uns sur les autres.
Elle me regardait avec des yeux attristés et fatigués. À l’heure de la pause, elle s’installait à table avec difficulté car tout le poids porté lui causait des lourdes douleurs aux épaules et ses petits pieds aussi souffraient des allers et venues sans arrêt. J’essayais de l’aider mais j’étais si intimidée par la situation. Quand elle me regardait avec ses yeux aux bord des larmes, je tournais le regard pour ne pas regarder au fond de son âme qui souffrait le martyr.
J’étais excédée par toutes les moqueries que certains autres employés lui jetaient. Pourtant si menue, si fragile, elle paraissait à mes yeux émerveillés si grande, si épatante, si imposante. Ma vie fut marquée par ce que je vivais à travers cette courageuse femme.

Ismat I, 4e Cezanne




       Ce matin, j’arrive au restaurant, c’est ici que je fais mon stage. J’entre. Mon tuteur me reçoit avec amabilité. Pendant ses explications, mon regard est attiré par une jeune femme qui nettoie le sol. Je vois cette fille, agenouillée sur le sol, en train de pleurer à chaudes larmes. Elle essaie tant bien que mal de s’arrêter de pleurer mais elle n’y arrive pas.
Mon tuteur, la voyant ainsi, est scandalisé par ce qu’il interprète comme de la fainéantise de la part de sa serveuse. Mais moi, je vois bien que dans son regard elle le supplie de faire une minuscule pause. Celui-ci refuse et lui dit de reprendre son service. Elle s’exécute.
J’ai de la peine pour elle. Je la vois prendre plusieurs plateaux immenses. Elle défaille sous la fatigue, se reprend, les plateaux ont failli tomber, ses petits bras tremblent. Elle est à bout de forces.
On lui reproche de ne pas aller assez vite. On lui donne un milliard de choses à faire : dresser les tables, prendre les commandes des personnes qui s’impatientent, rester aimable durant le service, débarrasser les tables sales et, avant de les nettoyer, ranger les assiettes, les fourchettes, les cuillères et les couteaux. Telle une Danaïde, sa tâche ne prend jamais fin, c’est l’enfer.

Gabrielle J., 4ème Cézanne






Déposer un commentaire

{ Page précédente } { Page 2 sur 279 } { Page suivante }

Le projet

Que le plaisir d'écrire perdure.

«  Juin 2018  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930 

Naviguer

Entrée
Archives
Zone de gestion
Besoin d'aide ?

Liens

Collège Willy Ronis
Défi Papiers

Rubriques

Edito
Merci!
4ème
5ème
6ème
Sorties, voyages
Electrons libres

Derniers articles

Visite de l’exposition "Vent de révolte" aux Archives départementales
Témoigner de la souffrance au travail
Poèmes sur la ville
Visite de l’exposition "Liberté, j’écris ton nom!"
Ajouter une scène dans une nouvelle pour en modifier la chute

Derniers commentaires

Beau discours (par Visiteur non enregistré)
éléction réussie (par Visiteur non enregistré)
Discours délégué de classe (par Visiteur non enregistré)
Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement



Hit-parade