Voyage au bout de la première L

Bilan de notre explication de la scène 1 du Prince travesti

Par fcahen - publié le vendredi 25 mars 2016 à 15:01

Bilan de notre explication de l'extrait de la scène 1 du Prince travesti

Intro : Marivaux = dramaturge du début XVIIIème siècle, qui a écrit une quarantaine de pièces de théâtre ( Le jeu de l'amour et du hasard, La double inconstance, etc…) , et quelques romans (La vie de Marianne, Le Paysan parvenu). Il est une sorte de précurseur des Lumières. Son nom a donné le mot « marivaudage » qu'on associe à un dialogue amoureux léger et inconsistant, alors que ses pièces, dont le contenu est souvent sentimental, sont loin d'être sans profondeur ni tensions.  Voltaire disait de lui qu'il « pesait des ½ufs de mouche dans des balances en toile d'araignée » pour critiquer son goût du détail et de la nuance. Ici, c'est le début de la pièce, donc son EXPOSITION, et nous découvrons les deux personnages principaux féminins : la Princesse et Hortense. Ce qui nous étonne à première vue, c'est qu'Hortense semble déjà prendre plus d'importance que la Princesse.

I.                    En quoi est-ce une scène d'exposition ?

  1. L'identité des personnages, leur passé

    La Princesse : elle aime Lélio, dont elle a favorisé la carrière militaire, mais ne se pense pas autorisée à l'épouser

    Hortense : elle est veuve, jeune, son mari ne l'a aimée qu'un mois, elle est tombée amoureuse d'un inconnu qui l'a sauvée après une agression

    Lélio : il n'est pas noble, il fait une carrière brillante de militaire et joue un rôle politique : ses mérites sont grands. Voc mélioratif : « sages conseils » « sa valeur » « l'âme la plus généreuse » (hyperbole), repris par l'énumération d'Hortense « jeune, aimable, vaillant, généreux et sage » (répété dans deux répliques) « Amant, Ministre, Général, Mari »(remarquer les majuscules qui donnent de l'importance)

  2. Des données implicites sur l'intrigue de la pièce : la valeur programmatique de l'exposition

    Ce début crée pour le spectateur un horizon d'attente. Deux femmes jeunes sans amoureux en début d'une pièce : cela laisse entendre qu'à la fin elles auront rencontré l'amour. Ce sera une quête sentimentale : chacune des deux femmes souhaite que l'autre trouve l'amour. Il y aura donc une double intrigue qui contrevient un peu à l'unité d'action (deux héroïnes se disputant la vedette). Plusieurs élèves de la classe pensent que forcément, Hortense va rencontrer le jeune inconnu dont elle est tombée amoureuse, et certains subodorent qu'il s'agit de Lélio parce qu'elle dit « à moins que de trouver un autre Lélio ».  On peut remarquer aussi que l'identité de Lélio est un peu mystérieuse ; désigné par son prénom, on sait que c'est « un illustre étranger » : la pièce permettra peut-être d'en savoir plus à son sujet.

  3. Les thèmes, le registre de la pièce

    Le personnage de la Princesse fait penser à la tragédie (dont les personnages sont nobles, souvent régnant) mais sa familiarité avec Hortense (qui a un prénom bourgeois réaliste) et le sujet sentimental font penser davantage encore à la comédie. Il y a un mystère à résoudre (qui est l'inconnu aimé par Hortense ?) Un thème important de la pièce sera donc l'amour mais on peut aussi penser que la pièce sera aussi traversée par le problème des inégalités sociales, car elle pose de façon assez frappante la question de l'importance relative des deux héroïnes

II.                  Entre la Princesse et Hortense, quel est le personnage le plus important ?

  1. L'importance de la Princesse

    Elle parle en premier et Hortense est sa subordonnée, elle l'appelle car elle est à son service (dame de compagnie) pour répondre à ses questions. La princesse exerce une vraie autorité politique car elle commande au chef de l'armée, comme elle le dit. »Celui qui commandait l'armée l'engagea par mon ordre ». Conscience forte de ses devoirs « il ne sied pas toujours de se servir de ses privilèges » : elle est digne.

  2. Faiblesses de la Princesse

    Elle avoue « ses faiblesses » et pour elle l'amour est présenté comme un chagrin d'emblée « j'aime, voilà ma peine ». Conflit c½ur/devoir « il me faut un Prince »= dilemme assez traditionnel au théâtre. Elle parle moins qu'Hortense au total, qui prend de plus en plus d'importance, et son profil apparaît davantage comme un cliché du théâtre traditionnel (on l'imagine dans une robe empesée…)

  3. Hortense : un personnage en apparence plus modeste

    Elle est désignée par un prénom ordinaire, peu donné au théâtre, un prénom réaliste de la société de l'époque (alors que l'identité de la princesse se dissout derrière son rang, elle n'est qu'une princesse). C'est une veuve : pas évident de vivre seule dans la société d'alors, elle a besoin de protection, ce que lui offre la princesse dont elle dépend. Son rôle : distraire la Princesse avec son humour, ce à quoi elle parvient « vous êtes toujours badine » « quel fonds de gaîté ! » et lui offrir de la compagnie pour ses confidences.

  4.  Hortense un personnage qui semble plus important que la princesse finalement

    Elle n'est pas conventionnelle. Alors que la princesse semble venir du théâtre du XVIIème, Hortense est moderne et semble appartenir au genre romanesque ( mésaventure des brigands, du mariage qui n'a pas marché, etc… elle a toute une vie déjà derrière elle) Elle prend plus la parole, elle est brillante, comme le montrent les figures de style qu'elle emploie dans ses tirades . Par exemple pour décrire son mariage, accumulations : «  sentiments, langueurs, soupirs, transports, délicatesses, douce impatience » antithèse : pleurs de joie/ torrents de larmes » et gradation ascendante « m'adorant/m'idolâtrant/ plus qu'idolâtre » à laquelle répond une gradation descendante après le mariage « le 1er mois elle fut violente », le seconde = plus calme », le troisième « elle baissa », le 4ème « il n'y en avait plus ». Alors que le personnage de la jeune première au théâtre est traditionnellement celui de l'ingénue, elle est l'inverse, complètement désillusionnée par rapport à l'amour.  Cela la rend touchante et pathétique. Nombreux points communs avec Marianne, du roman « La vie de Marianne » de Marivaux : agression du carrosse par des voleurs, désillusion amoureuse, solitude, intelligence.

     

     

 

 


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Blog de la première littéraire du lycée Maximilien Perret, qui démarre autour d'un projet de lecture du roman de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit... notamment avec la création de diverses "vraies-fausses" archives imaginaires du roman, par les élèves.
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