Voyage au bout de la première L

correction du devoir en classe à compléter sur Framapad

Par fcahen - publié le lundi 12 octobre 2015 à 22:49

Corrigé du devoir en classe n°1

Rabelais et Montaigne au XVIème siècle et Céline au XXème dénoncent chacun à leur manière la guerre, mais par des moyens différents.

Tout d'abord, les genres littéraires de leurs textes sont distincts : alors que Rabelais choisit d'évoquer la guerre dans un roman comique irréaliste, Montaigne livre directement ses pensées dans un essai sérieux et à la première personne (« Il me semble… » l.5), tandis que Céline passe aussi par le roman, mais celui-ci a des accents autobiographiques, et semble exprimer une opinion personnelle (« je ne savais pas »)

La violence de la guerre  et des combats est racontée surtout par Rabelais, qui accumule les actes barbares de frère Jean à partir de la ligne 32, dans une longue liste impressionnante de verbes d'action destructeurs. Montaigne, plus sobrement, utilise une métaphore « cette tempête de sons et de cris »  (l.20) et des termes qui nous renvoient également à un sentiment de démesure : « tant de milliers d'hommes armés, de tant de fureur, d'ardeur et de courage ».  Le texte de Céline en revanche, comme son héros, semble éviter la violence de la guerre, on n'a que quelques évocations  des combats : « Tirer depuis un bon quart d'heure », « ces longs fils d'acier tentants que tracent les balles qui veulent vous tuer » « quand il prenait une balle en plein bidon ». Cette sorte d'ellipse qui met à distance les réalités du champ de bataille accentue la nécessité de les éviter.

Les auteurs semblent insister sur l'absurdité de la guerre : les attaquants de Rabelais sont des fabriquants de fromage et l'enjeu du combat qui tue des milliers de gens est une simple vigne, Montaigne démontre que même les animaux sont plus raisonnables que les hommes en citant Juvénal, parlant de la « sottise et la vanité humaine » ( l.19), et il met aussi en évidence la légèreté des motifs qui déclenchent les guerres  « vaines raisons » (l.22) « toutes choses qui ne devraient pas conduire deux harengères à s'égratigner » (l.28). Mais c'est le texte de Céline qui est le plus empreint de ce sentiment d'absurdité : « je ne leur avais rien fait, aux Allemands », assimilant la guerre à « une formidable erreur » ou une « immense, universelle moquerie ». Rabelais montre que Frère Jean tue ses anciens amis : (« Si une vieille connaissance lui criait : « Ah ! frère Jean, mon ami » l.38)  et Céline, petit garçon, a vécu en Allemagne : il raconte sa camaraderie avec les garçons allemands (« On allait toucher les filles ensemble »).

Chacun des trois auteurs met en évidence la démesure et l'absurdité de la guerre, démontrant sa foi en la fraternité humaine : ils font donc tous preuve d'humanisme,  et Céline dans Voyage au bout de la nuit, peut être qualifié d'Humaniste du XXème siècle-  ce qu'il ne sera plus du tout quand lui-même légitimera les persécutions des Juifs.

Commentaire :

François Rabelais est un des auteurs humanistes français du XVIème siècle les plus célèbres. Médecin et religieux de formation, il a écrit des romans comiques qui mettent en scène des géants, comme Gargantua et Pantagruel. Dans le chapitre 27 de Gargantua, il met en scène frère Jean des Entommeures, un moine plus motivé par la boisson que par les prières,  qui se défend seul  face à l'invasion de son abbaye par les fouaciers : il les tue tous, armé d'une croix. Cet extrait fait de lui un héros extraordinaire alors qu'il est l'auteur d'un vrai massacre dans la vigne du monastère. Comment le registre héroï-comique est-t-il au service d'une dénonciation de la guerre ? Nous étudierons dans un premier temps la parodie comique du style épique, avant de nous demander en quoi ce texte constitue aussi une forme de réflexion humaniste.

 

Tout d'abord, Rabelais raconte le combat de frère Jean de façon complètement irréaliste, ce qui fait penser aux épopées antiques mais de façon comique. Comme Frère Jean est un modeste moine, on peut parler de tonalité héroï-comique.

Frère Jean est le sujet de quasiment toutes les actions, ce qui donne l'impression qu'il se démultiplie pour combattre partout en même temps. Il a un équipement qui fait penser à celui d'un guerrier, mais il adapte de façon provocante la tenue du moine en tenue de combat : le bâton de la croix devient une arme « comme une lance », ce qui est une forme de sacrilège.  Il a « une belle casaque » mais la façon dont il adapte sa robe de moine au combat, en l'enroulant autour de son cou, est visuellement comique : il « mit son froc en écharpe ». Il y a une sorte de dégradation du héros mythique, perceptible notamment aux « fleurs de lys » (symbole royal noble), « toutes presque effacées ». De même les accessoires des guerriers, porte-drapeaux et enseignes, qui concourent dans la littérature épique à la magnificence du combat, sont ici détournés en outils de vignerons : « tambours » remplis « de raisins », « trompettes » « chargées de pampres ».  Cette logique de détournement contribue au comique du texte.

Les accumulations hyperboliques du second paragraphe impressionnent le lecteur, elles veulent montrer la démesure du combat, comme dans les épopées. Les verbes évoquent  tous des actions destructrices (« écrabouillait », « démettait », « cassait », « disloquait », « pochait », « fendait » enfonçait », « défonçait », « meurtrissait », «déboîtait »…)  alors que les COD constituent une énumération de parties du corps, qui montre d'ailleurs les connaissances de Rabelais en matière de physiologie, puisqu'on retrouve même du vocabulaire scientifique dans ce paragraphe « suture occipito-pariétale ».  Le comique tient beaucoup à l'utilisation d'un vocabulaire fantaisiste et coloré.

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Blog de la première littéraire du lycée Maximilien Perret, qui démarre autour d'un projet de lecture du roman de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit... notamment avec la création de diverses "vraies-fausses" archives imaginaires du roman, par les élèves.
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