Voyage au bout de la première L

L'honneur bafoué de l'indigène vendeur de caoutchouc

Par fcahen - publié le dimanche 27 septembre 2015 à 09:58

Témoignage inédit!    Le père indigène qui a récolté le caoutchouc raconte, de retour à son village, la scène des pages 137-138


Ces Blancs, quelle bande d'idiots puérils , mesquins, sadiques et arriérés! Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Cinq mois, cinq longs mois de travail avec les enfants et les femmes. Tout ceci pour un vulgaire mouchoir. Comment allons nous faire ce mois-ci ? Ceux là , ils m'ont humilié, ils nous ont humiliés , tous , tout notre pays, toute l'Afrique! Oser me frapper , moi ?!

J'ai dû attendre près d'une demi heure avec les enfants dehors sous la canicule, sous un soleil ardent . On m'appelle, même pas par mon et même pas un bonjour. J'entre et on me fait avancer jusqu'au comptoir. Les regards malveillants et moqueurs ; je les voyais sans même les regarder... L'un des hommes me tend quelques pièces dans le creux de ma main. Là , le même "homme"-si je peux appeler ça un homme- me crie dessus et me vire de la pièce comme si j'étais un animal. Moi, pris de peur et de panique, je suis resté figé mais j'aurais dû réagir . On m'a parlé comme si j'étais un sauvage, comme si je n'étais pas civilisé. Ils m'ont retiré mon argent . Tout l'argent que j'avais et que nous avions dument gagné.

Ils ont pris un mouchoir vert et l'ont mis autour du cou de l'enfant . N'ont-ils pas honte ? Nous avons décidé de nous en aller. Le pire, après le retrait de nos sous, allait arriver. L'un des commis m'a frappé avec son pied devant tout le monde ! Je n'ai jamais été autant humilié. On a déshonoré nos fils et nos femmes. Ils nous pillent, nous traitent comme des moins que rien , et par-dessus le marché ils nous humilient et ne nous respectent pas .Travailler pour eux en espérant gagner un peu d'argent, voilà ce qui nous retient ! Ils salissent leur images, pauvres hommes. J'espère et je jure que leur avenir ici ne sera que misère!


Katia



Mes chers frères, si vous doutiez de la folie des hommes face à l'argent et à la petitesse d'esprit du colonisateur, laissez mon histoire parler d'elle même.

Ce matin, comme vous le savez tous, je suis parti avec l'ensemble de ma famille troquer la rcolte de la semaine du village à la ville. après une marche de quatre jours, je sais que nous touchons au but car les personnes que nous croisons nous lancent des regards hostiles et dédaigneux. Nous sommes vêtus de pagnes traditionnels pourtant. Nous dénichons enfin après une demi-heure de déambulation dans cette ville puante et bruyante, la case atypique d'où s'échappe un flot continu de clients et, à mon grand damne, des blancs se trouvent parmi eux.

Nous attendons, fidèles à la tradition, que le propriétaire vienne nous chercher pour nous inciter à pénétrer dans la case. Quelques minutes s'écoulent, nous restons parfaitement immobiles, lorsqu'une voix nous apostrophe de la pire manière qui soit et nous ordonne de rentrer. D'un reard, je somme mes enfants de rester à l'extérieur, cet endroit suinte la folie et la transpiration du blanc.

On ne nous propose pas d'eau, nous ne serrons pas de main, seule la marchandise les intéresse. Ma femme est pétrifiée, la vision de l'homme blanc la terrorise depuis qu'ils ont détruit son village natal au profit d'une caserne. Le marchand saisit la boule de caotchouc dont nous sommes si fiers et la dispose sur un appareil dont une aiguille indique des chiffres qui ont l'air d'avoir une omportance particulière, vu la moue satisfaite qu'il affiche. Sa voix grasse ordonne à mes enfants de nous rejoindre. Je n'aime pas ça, cet homme est mauvais, et les blanc affichent des sourires douteux. Je voudrais essayer de palabrer pour savoir combien de riz et de viande nous pouvons tirer de la récolte. Mais on ne me laisse pas le temps d'articuler quoi que ce soit, que déjà le marchand me fourre des morceaux de ferraille dans la main, qu'ils appellent "argent". Il me dit à présent de m'en aller, les hommes blancs se tordent d'un rire gras et monstrueux. Je reste statique, je suis outré de cette incorrection et veux repartir avec de quoi nourrir mon vollage. Le marchand perçoit mon trouble et saisit un morceau d'étoffe verte qu'il fait danser sous mes yeux. Je m'apprête enfin à déverser toute mon indignation lorsqu'il saisit l'un de mes enfants et lui noue la toile verte autour de la taille. C'est un rusé qui connaî donc bien nos traditions, puisqu'il sait que tout présent qui honore un enfant ne peut être refusé. Ma haine se transforme en pein pour ces hommes aveuglés par le désir de s'enrichir.

Je gagne la sortie de cet enfer le plus dignement possible, mais je me retrouve le nez dans la poussière. Pour que mon humiliation soit complète, ils m'ont fait avancer comme un chien, en me donnant un coup de pied aux fesses.


Lucile


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Blog de la première littéraire du lycée Maximilien Perret, qui démarre autour d'un projet de lecture du roman de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit... notamment avec la création de diverses "vraies-fausses" archives imaginaires du roman, par les élèves.
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